26 septembre à 13h30 - une projection de Vietnam paradiso suivie d’une discussion avec l’auteur Julien Lahmi

dimanche 1er septembre 2013

Spéciale AAFV
26 septembre à 13h30 au Saint-André-des-Arts
30 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris +33143264818
métro Saint Michel
une projection de
Vietnam paradiso

suivie d’une discussion avec l’auteur Julien Lahmi

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/17/vietnam-paradiso-en-route-vers-soi-trouver-les-autres_3478416_3246.htmlhttp://www.lemonde.fr/culture/artic...

Faire parler les fantômes
Ma mère est née à Hanoï. Ma grand-mère a passé vingt ans de sa vie là-bas. Elle est quarteronne, petite- fille de métisse. Ma famille maternelle a vécu au Viêt- Nam pendant cinq générations.
Je suis né à Paris. Enfant, je ne m’intéressais pas à mes origines vietnamiennes, trop lointaines. Mes ancêtres n’étaient pour moi que des figures romanesques, des êtres d’un autre temps. Un aïeul mort en duel, une arrière-grand-mère succombant aux va- peurs de l’opium.
À 20 ans, j’ai soudain ressenti le besoin d’aller voir de l’autre côté du miroir. Je ne souhaitais pas faire revivre le passé en fouillant dans des caves poussiéreuses. Je voulais rencontrer les vivants, le Viêt Nam d’aujourd’hui. C’est alors qu’a germé l’idée du projet Cyclo-ciné : monter un cinéma ambulant qui traversera le Viêt Nam, de Hochiminh ville à Hanoi
Mais quels films choisir pour initier un dialogue qui traverserait la culture vietnamienne et la culture française ? Je ne voulais pas de barrière de la langue. Lors des projections, je désirais montrer des films qui, tout en transportant les spectateurs vers un ailleurs, les touchent au coeur. Des histoires à la fois oniriques et familières. J’en suis donc tout naturellement venu à choisir des films d’animation, sans parole. Des court- métrages dont les qualités émotionnelles et esthétiques m’avaient sauté à la figure, comme des mines « propersonnelles ». Le personnel est pour moi un beau chemin qui mène à l’universel.
Le Viêt Nam est vaste et ses habitants nombreux. À qui m’adresser en particulier ... moi qui ai eu la chance d’avoir des parents à mes côtés ? Les projections se dérouleront dans des orphelinats.
Et pour prolonger la discussion à travers le cinéma, nous avons organisé des ateliers permettant aux enfants d’apprendre les bases techniques et réaliser leur propre film d’animation.
Caroline Frydlender et Vang Xiong leur ont trans- mis des enseignements des Gobelins, école réputée, spécialisée dans le cinéma d’animation. Cela grâce notamment à Huynh Thi Hieu, Nguyen Manh Duy et d’autres étudiants vietnamiens qui traduisaient nos échanges avec les enfants.
Avec toute une équipe franco-vietnamienne, nous avons donc parcouru le Viêt Nam du Sud au Nord en camionnette, afin d’organiser des projections et des ateliers de réalisation de film d’animation dans trois orphelinats et deux foyers d’enfants des rues.
Cette aventure est la toile de fond du « film-je » docu- mentaire intitulé Viêt Nam Paradiso. Coréalisé avec Ali Benkirane en 2001, ce journal de bord intime raconte les rencontres, les joies et les peines durant ce périple.
Ce film a été sélectionné dans de nombreux festivals prestigieux, notamment à La Rochelle, à Biarritz et à Thessalonique. Il a été diffusé sur France Ô et sur différentes chaînes hertziennes nationales européennes et vietnamiennes. Aujourd’hui, une salle art et essai située en plein quartier latin à Paris, le Saint-André- des-Arts, souhaite le programmer en septembre.
Mon amour pour le Viêt Nam est né durant le tour- nage de Viêt Nam Paradiso et le projet Cyclo-ciné. J’ai alors apporté un petit bout de cinéma français au Viêt Nam. Mais j’ignorais qu’en retour, un peu de cinéma vietnamien allait m’être donné à tout jamais, au plus profond de moi.
En effet, depuis je creuse sans relâche le sillon de ce que j’appelle « cinéma de recyclage ». Je fabrique des films de fiction à partir de films de famille dénichés à droite et à gauche chez des particuliers ou dans les cinémathèques. À cette matière brute et muette de bobines Super 8 ou 9,5 mm, je redonne de la chair et du sang, notamment par la bande son avec des acteurs dont je ne conserve que la voix. Pour cela, je cherche à lire sur les lèvres les mots exacts des personnes qui, dans ces bobines, parlent devant la caméra mais qui n’ont, à l’époque, pas été enregistrées. Ces personnes qui ont vécu il y a plus de cinquante ans se voient ainsi donner une nouvelle vie. Les morts parlent à travers les vivants (les comédiens qui les interprètent). Ou bien serait-ce l’inverse ? Quoi qu’il en soit, je fais « parler les fantômes qui hantent la pellicule ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Pour ma part, je ne m’étais jamais aperçu de cette connexion ... jusqu’à ce que Dominique de Miscault me demande d’écrire un article pour la revue Perspectives : j’ai fait miennes les croyances animistes si chères aux Vietnamiens ! Je ne mets pas de faux billets de banque sur l’autel de l’ancêtre décédé pour qu’il s’achète un petit quelque chose. Mais je cherche à élucider les mystères de ces défunts en redonnant vie à leurs images oubliées. Cela en prêtant un pouvoir quasi magique à ces vieilles bobines.
Je me reconnais peu dans le cinéma français tendance « film de chambre de bonne ». Vous savez, celui où Arnaud aime Amandine mais Amandine aime Jean, tout cela entre quatre murs, sans échappatoire. Mes goûts de spectateur se sont toujours portés sur les uni- vers plus fantasques et imaginaires, là où le toit est ouvert et où l’on voit le ciel. Il y a d’abord ce que les enfants vietnamiens appellent les « Ma Phim », ces « films de fantômes » qu’ils adorent. Le bon cinéma fantastique me fait voir des choses auxquelles je suis aveugle dans la vie de tous les jours. Quand une véri- té ne peut se montrer, elle se « monstre ». Il y a aussi cette poésie visuelle qui irrigue une grande partie du
cinéma vietnamien. Dans La saison des goyaves, le
réalisateur vietnamien Dang Nhat Minh raconte l’histoire d’un homme quelque peu hors du temps, un homme que l’on pourrait dire « attardé mental » mais
qui n’a finalement pour seul défaut que d’aimer flâner dans le passé. Plutôt que de s’attarder sur le cas clinique, Dang Nhat Minh exprime le trouble de cet
homme par une métaphore visuelle : son irrépressible attachement au goyavier de son ancienne maison d’enfance. La maison n’appartient plus à sa famille, L mais lui qui d’ordinaire est d’un naturel si paisible et discret, n’en a que faire : il s’accroche aux branches de l’arbre. Tout est exprimé et fait sens grâce à cette image de l’arbre enraciné qui donne de nouveaux fruits chaque saison. Julien Lahmi

Voir en ligne : Julien Lahmi