Cinéma, L’empire du milieu du sud

mardi 30 novembre 2010

Cinéma : L’Arlequin 76 rue de Rennes 75006 Paris Métro Saint-Sulpice


* mardi 30, mercredi 01, jeudi 02, vendredi 03, samedi 04
* dimanche 05, lundi 06, mardi 07, mercredi 08, jeudi 09, vendredi 10
* samedi 11, dimanche 12, lundi 13, mardi 14, mercredi 15, jeudi 16
* vendredi 17, samedi 18, dimanche 19, lundi 20, mardi 21

* 14:15, 16:15, 18:15, 20:20, 22:15

PDF - 2.1 Mo

L’empire du milieu du sud

Ce que ce n’est pas : un film historique. Un film politique. Ce que c’est : un film humaniste. Un film sur les hommes, ce peuple vietnamien qui ne demande qu’a vivre libre, qui après s’être défendu contre l’expansionnisme chinois, a du subir l’invasion coloniale, puis l’agression américaine.... C’est un film contre le colonialisme, contre l’impérialisme, mais aussi contre le marxisme. Sans tout à fait renvoyer dos a dos tous ces systèmes, Perrin n’est pas tendre avec l’oncle Ho, dont on voit d’ailleurs des images assez rares, une réunion de gouvernement dans une grotte, par exemple. Perrin nous montre la débâcle des catholiques, fuyant le Nord. Il nous montre des mégères communistes dénonçant quelque ennemi de classe, à grand renfort de gestes et de vitupérations, devant un tribunal populaire. Le malheureux, tête baissée, n’ignore rien du sort qui l’attend, et cela nous rappelle des scènes de tonte de femmes a la libération, que l’on préfère oublier.

C’est un film qui a un côté opératique. Il juxtapose des images d’archive, vraiment étonnantes, et des textes : poésies traduites du vietnamien, témoignages coloniaux, lettres de soldats. Les unes et les autres n’ayant pas de rapport direct, ce qui donne un objet quelque peu "over sophisticated", mais fascinant. Mahler et Schubert sont parfois un peu envahissants..... Perrin use et abuse des superpositions d’images.

Mais quelles images ! De celles qu’on ne voit jamais. Images heureuses. Jeunes filles Moi, aux petits seins nus et fermes, dansant avec une innocente sensualité. Coloniaux épanouis, nourrices annamites serrant tendrement contre elles un petit blanc. Images de travail, jaunies, rayées. Puis, très vite, images de guerre, images terribles qu’on n’ose jamais montrer aux actualités, agonie d’un soldat, ou cette famille, deux petits enfants endormis pour toujours dans les bras de leur mère sous leur linceul de cendres. En contrepoint, en couleurs liquides, quelques vues fugitives et poétiques, prises sans doute du côté de Hoa Lu.

La relation de Perrin, cinéaste rare qui aime la nature et les hommes avec la guerre du Vietnam, elle vient de loin. Qui a oublie le jeune lieutenant désemparé de la "317 ème section" ? La philosophie du film, c’est peut être que tous ces gens, coloniaux, militaires, qui ont imposé leur présence à un pays qui ne voulait pas d’eux ne l’ont pas réellement violé, dans la mesure ou dans leur acte il y avait de l’amour. Tous ont laissé un peu de leur cœur là bas. Ce que Perrin appelle le mal jaune......

Une remarque pratique : préparez vous a faire la queue. Eh oui, les exploitants qui ont distribué ce film chichement n’ont pas prévu qu’il aurait tant de succès..... Anne Hugot Le Goff