Jacques Maître est décédé

vendredi 8 mars 2013

A l’Attention de monsieur Patrice Jorland,
Président de l’Association d’amité franco-vietnmienne (AAFV)

. Monsieur le Président et très cher ami,
Nous avons appris avec une douloureuse émotion le décès de Jacques
Maitre le 6 mars dernier, à Paris, à l’âge de 88 ans.
. Un des fondateurs de l’Intersyndicale Vietnam-Laos-Cambodge au plus
fort moment de la guerre américaine et Président de l’Association d’amitié
franco-vietnamienne, Jacques Maitre reste dans le cœur des Vietnamiens
l’image exemplaire du soutien et de la solidarité indéfectibles que réservait
sans relâche le peuple de France à la lutte du peuple vietnamien naguère
pour son droit à disposer de lui-même et à son nouveau combat pour la
reconstruction et le développement nationaux d’aujourd’hui.

. Jacques Maitre a quitté ce monde. Cependant notre reconnaissance pour
l’attachement qu’il éprouvait lui-même jusqu’aux ses derniers souffles de
vie pour le sort des plus démunis et des victimes vietnamiennes de l’Agent
orange accompagne toujours sa mémoire.
Recevez, chers amis de l’ AAFV et tous celles et ceux qui lui sont
proches, nos condoléances les plus attristées pour cette perte commune si
pénible et notre sympathie et amitié les plus profondes et chaleureuses.

Pour le comité national de l’AACVF
le Président
Nguyen Huy Quang


Chère Madame Lavallard,

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons lu votre message annonçant le décès de Jacques Maître.
Nous avons sous les yeux sa photo publiée dans "Perspectives France Vietnam" n°74 de juillet 2010 (page 9) où il a publié un article intitulé "Solidarité" qui commence ainsi :
"Les actions de solidarité avec le peuple vietnamien ont toujours tenu une place centrale dans la vie de l’AAFV".
Le mieux que nous pourrions faire pour honorer sa mémoire serait, je pense, de contribuer aux actions de solidarité, par exemple avec les habitants de la vallée d’A Luoi ou toute autre collectivité avec laquelle il était en contact.
Si nous vous rencontrons le 28 prochain, nous vous demanderons comment passer concrètement à l’action dans ce sens.
Veuillez recevoir, au nom de l’AAFV, nos plus sincères condoléances,

Pour l’Association Belgique Vietnam,
Edouard Jason

- Odile Maître, son épouse,

- François et Hélène,
- Élisabeth et Patrice, - Sophie (†), - Claire et Philippe, ses enfants,
- Marie et Micka, Adam, Margot, Ulysse, Lou, ses petits-enfants,
- Zoé et Éva, ses arrière-petites-filles,

ont la tristesse de faire part de la mort de
Jacques MAîTRE, sociologue, directeur de recherches au CNRS,
dit « Charles » dans la Résistance,
survenue le 6 mars 2013.
L’inhumation aura lieu dans l’intimité
familiale auprès de sa fille,
Sophie.
Un hommage lui sera rendu
prochainement à Paris.

Maître,
11, boulevard du Temple,
75003 Paris.

JACQUES MAITRE 24 octobre 1925 EST DÉCÉDÉ le 6 mars 2013
à Paris, à l’âge de 88 ans

« Au fil des décennies, l’objet, la problématique et le chercheur ne cessent de muter.  »
J.M.

C’est en effet un parcours hors du commun que celui de Jacques Maître. Voici comment il le résume, dans Mon itinéraire de chercheur :

Entré au CNRS dès 1953, j’ai commencé ma carrière de chercheur comme membre fondateur du « Groupe de Sociologie des Religions », au sein d’un laboratoire du CNRS, le « Centre d’Études Sociologiques ». Puis j’ai quitté le GSR pour entrer à l’Unité 158 de l’INSERM, « Savoirs et pratiques dans le champ médical : histoire, sociologie, psychanalyse », localisée à l’hôpital parisien des Enfants Malades.
En prenant ma retraite, j’ai cessé d’appartenir au CNRS, mais j’ai poursuivi mes activités de chercheur.
L’ensemble de cet itinéraire a comporté successivement trois orientations dominantes très différenciées :
1) Une orientation vers la mathématique sociale appliquée au champ religieux, notamment à travers l’algèbre et les statistiques. Le matériel était constitué par des données recueillies au cours d’enquêtes ou enregistrées administrativement.
2) Une orientation vers ce que j’ai appelé « psychanalyse socio-historique », c’est-à-dire une démarche psychanalytique aussi clinique que possible mise en œuvre sur la base de dossiers historiques fortement documentés et replacés dans leur contexte social. Le matériel provenait pour l’essentiel de textes ou propos émanant de femmes qui ont rendu compte de leurs expériences mystiques en contexte catholique du treizième au vingtième siècle.
3) Une orientation vers l’anthropologie avec une enquête au long cours menée à partir de 2002 dans une société de chasseurs-essarteurs vietnamiens victime d’une catastrophe environnementale et sanitaire apocalyptique : l’épandage par l’armée américaine, entre 1961 et 1973, de défoliants qui comportaient une haute teneur de dioxine. Les données proviennent des observations directes et des récits de vie recueillis parmi trois minorités ethnolinguistiques montagnardes vivant dans la cordillère de Truong Son (la « cordillère annamitique »).

On reviendra sur les étapes de cette vie scientifique marquée par une fermeté souriante dans le franchissement des obstacles, qu’il s’agisse de prôner un usage « éclairé » de la mathématisation des Sciences humaines, des démêlés avec une hiérarchie catholique mécontente de voir l’Eglise traitée en objet d’étude sociologique ou des traquenards des traductions de ses interprètes à A Luoi par exemple.

Ici, et maintenant, c’est sa vie de militant qui retient l’attention. Engagé à 16 ans dans la Résistance, il est resté fidèle à son esprit et n’a cessé de lutter pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie, comme étudiant à la Sorbonne puis comme syndicaliste au CNRS. Il a été des fondateurs de l’Intersyndicale Vietnam-Laos-Cambodge (SNESUP-SNCS-CNTRS) et a participé activement au soutien au Vietnam pendant la guerre américaine. En 1968 il a rencontré certains des négociateurs vietnamiens venus à Paris et s’est lié avec madame Nguyen Thi Binh d’une amitié attentive. De 2006 à 2008, il a accepté avec une grande générosité la présidence de l’AAFV, alors en difficulté, malgré les travaux ethnologiques qu’il brûlait de mener à bien avec des collègues vietnamiens. Il s’est attaché à ramener la sérénité et soulignait a nécessité de maintenir la solidarité avec les plus démunis du Vietnam. Il laisse un ouvrage inachevé sur la situation des populations de la vallée de A Luoi, au sud-ouest de Hué, victimes de l’Agent orange.
La reconnaissance des amis du Vietnam, en particulier de l’AAFV, accompagne sa mémoire. Marie-Hélène Lavallard
http://www.jacquesmaitre.net où l’on trouvera de nombreux textes dont des inédits et une bibliographie. Quelques liens internes n’étant pas encore installés, le plus aisé est de passer par le Plan du site.

Voir en ligne : Jacques maître