Notre amie Lê Thị Nhâm Tuyết vient de mourir

samedi 1er septembre 2012

Notre amie Lê Thị Nhâm Tuyết vient de mourir à Hanoi, où elle dirigeait un laboratoire d’anthropologie attaché à la cause des femmes, le CGFED (Centre de recherche pour le Genre, Famille et de l’environnement dans le développement ; site : www.cgfed.org.vn). Professeure d’anthropologie sociale, Tuyết avait fondé ce laboratoire dans le contexte de l’élan qui porte aujourd’hui à l’échelle mondiale l’émancipation des femmes, parallèlement à la lutte pour liquider les préjugés racistes des colonisateurs.

Francophone, Tuyết appartenait à la génération de Georges Condominas (1921-2011), pionnier de l’anthropologie vietnamienne post-coloniale ; parmi les problèmes du Vietnam nouveau, elle s’était particulièrement consacrée à l’étude d’une des principales catastrophes causées par la guerre américaine : le malheur des mères qui mettent au monde des enfants malformés parce qu’elles ou leurs conjoints ont été intoxiqués par les défoliants de Monsanto et autres firmes chimiques sinistrement célèbres. Il y a dix ans, Tuyet a demandé à Bernard Doray, président du CEDRATE (Centre d’étude de recherche et d’action sur les traumatisme et l’exclusion), et à Jacques Maître, de travailler avec le CGFED dans le cadre d’une recherche anthropologique sur le thème de l’Agent orange auprès d’ethnies montagnardes dans la vallée d’A Lưới (province de Thừa Thiên-Huế). Cette collaboration fraternelle vietnamo-française a été menée jusqu’au bout et Tuyet eut même le temps de rédiger le chapitre qui ouvre le livre (actuellement sous presse) où les résultats sont exposés pour le public français.

Avec une longévité remarquable, Tuyet aura ainsi travaillé durant toute sa vie de chercheuse et de professeure au service de la population vietnamienne et des sciences sociales en s’appuyant sur l’amitié entre nos peuples. JM