Festival 2002 Chants de Hué d’une rive à l’autre

De la lagune aux broderies parfumées de nudités  

Le magazine Tuôi Tre du 5 mai parle du festival 2002 « Môt dai tiêc nghê thuât » (festin des arts ). Que d’émotions et de turbulences autour de ce festival !

Le terrain était presque vierge quand en 2000 « les Français » ont proposé la première édition internationale d’un festival à Hué. D’après les organisateurs le second Festival est supérieur au premier.

Comment reconnaître aujourd’hui cette nouvelle présence française à Hué ? Il faut faire un retour 20 ans en arrière quand Le Huy Can et Song Suan en 1983, poussés par je ne sais quels démons vietnamiens retournent sur leur terre natale. Déjà Monsieur Nguyen Van Mé qui était maire adjoint de Hué sera complice de l’aventure. Dès lors il faut reconnaître le rôle original et fondateur de Le Huy Can qui en 1989 introduit à Hué le codev. Hué s’inscrit peu à peu dans les mémoires comme ville associée à la culture française : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » pourrait illustrer cette amitié persévérante. Monsieur Mé est devenu Président et député de la Province Thiên Huê et Le Huy Can et madame Song Suan toujours fidèles à leur idéal poursuivent par vents et typhons leur idéal et leur Association
Aujourd’hui, il est plus difficile de percevoir, la continuité et l’efficacité de cette entente que ces amis ont su capter, mobilisant leur énergie pour en dynamiser d’autres ; on peut parler de persévérance. Je suis témoin du désintéressement et des motivations simples de Le Huy Can.
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Des noms connus au Vietnam, d’autres venus d’ailleurs : 
Le Royal de Luxe spectacle qui n’est plus tout à fait un spectacle de rue plein de finesses et sympathique attire même sous une pluie battante un public nombreux qui attend pour rire.
Laurent Garnier (principalement subventionné par Foster’s, les bières non alcoolisées australiennes), du côté des organisateurs et du sponsor, le pari est gagné : il s’agissait de « réveiller » la jeunesse vietnamienne en lui proposant un spectacle après 22h. Au sein de la cité interdite, à cette heure l’entrée est gratuite et la participation a été grandissante au cours des spectacles.
Epoustouflant de force et de création pour aujourd’hui les Coréens, Samul Nori Hanullim, sans décors sur fond de nuit.. Les corps chantent, donnent à voir et à aimer.
L’Opéra théâtral de la Chine, très professionnel, séduit un public connaisseur.
Et bien-sûr les troupes de danses et chants traditionnels de cette partie du monde dont les prestations restent « envoûtant » pour la plupart : jeux étonnants de la mondialisation. Reflets dans nos yeux fascinés par un certain exotisme redonne sans doute vie à des traditions qui là aussi s’essouffleraient. Le public éprouve de la curiosité pour les troupes Thaï ou la simplicité des danses laotiennes ; la danse de la moisson à l’époque même de la moisson à Hué a quelque chose de particulièrement émouvant.

Surprenante la soirée dans la pure tradition du cirque ambulant : baladins, trapézistes et acrobates sans filet, cerceaux de feu encerclant dangereusement une jeune experte. Clowns, jongleurs attirent par leur adresse et leur performance sans artifices. Les jeunes, les vieux, les moyens se pressent, l’espace est plein jusqu’à la scène.
Un succès ; le défilé de mode de Minh Hanh, cadencé aux rythmes de Laurent Garnier. Des broderies qui dévoilent. Des broderies splendides dont la richesse et la minutie jouent avec les transparences de matières qui s’opacifient jusqu’à la rigidité des jeans. Des gros cotons souvent tailladés façonnent des corps lianes.
Les mannequins fluides glissent sous des regards sidérés ou admiratifs. D’aucuns racontent que « les maris » y retournent en cachette ! La chorégraphie des chauves-souris.
La calligraphie redécouverte est largement diffusée et exposée à titre, sans doute, identitaire.
Papillons et cerf-volants accompagnent le festival, les chauves-souris aussi

Des « Divas » : Ea Sola et Régine Chopinot, subtilement inaccessibles.
Régine Chopinot avec la musique radieuse de Ravi Prasad, crée avec les siens sous les yeux des passants ou spectateurs, dans l’enceinte du Temple des Générations, Thai Mieu. L’herbe est verte, d’un côté des planches instables reliant des tables récupérées ici et là par des amis de l’autre un « imbroglio » de néons blancs comme unique décor. Une petite dizaine de silhouettes blanches, funambules graciles créent devant nos yeux la prochaine chorégraphie de Régine Chopinot à Avignon.
Papillons et cerf-volants accompagnent la fête, les chauves-souris aussi

Ea Sola, silhouette furtive présente avec Requiem, un spectacle plein de charme dont les trouvailles surprennent au regard d’un parti pris qui se veut nu. Ea signe sa « chorégraphie » frénétiquement convulsive et pathétique. Mais pourquoi, diable as-tu si peur Ea du regard des autres alors que tu ne cesses d’en quêter les analyses et les impressions pour mieux les dérober. Je suis impatiente du jour où enfin Ea cessera de s’envelopper dans un mystère trompeur pour nous révéler un regard réconcilié de vie.
Papillons et cerf-volants accompagnent le festival, les chauves-souris aussi

Des électriciens comme François Gilles de La Rochelle qui vient pour la seconde fois au Festival arpentent les sites, à motos, de jour comme de nuit.
Papillons et cerf-volants s’étonnent, les chauves-souris aussi

OFF
Papillons et cerf-volants planent, des chauves-souris tracent vertigineuses

Den Trang, des photos en noir et blanc au 26 Lê Loï- Hué : 9 artistes, 61 photos de belles facture.

L’exquis défilé des 350 mannequins en Ao Dai présenté par 14 stylistes, a habillé le pont Trang Tien. A moins d’aimer les bains de foule, on voyait mieux ce spectacle à la télévision ! Les chaises des invités et des festivaliers bordaient chaleureusement le pont plus que jamais en fête.
le ballet nerveux des chauves-souris trace des signes de joies

Les stridulations des grillons et le concert en holà des cigales
Ecoutez ! les coassements des crapauds et des grenouilles

le pont Trang Tien plus qu’illuminé aux 6 couleurs de Hué est sans conteste l’attraction grandiose de ces journées. Chorégraphies de lumières, musiques lumineuses.
le ballet des chauves-souris aussi, merveilleux papillons de la nuit

Les Lettrés : Hoang Phu Ngoc Tuong habite l’appartement de son Trinh Cong Son. Il raconte sa ville : le violet entre le froid et le chaud… originaire de Quang-Tri comme Lê Ba Dang.
Lê Ba Dang au Musée Ho chi-Minh, une exposition à l’occidentale qui intéresse. Deux visages un chaud, un froid, celui de My Shu crée du lien, réchauffe l’œuvre de son mari Les autorités ont offert au peintre, une colline. L’artiste toujours soutenu par My Shu, propose de construire au sommet de la colline un grand Bouddha-grotte avec autour une activité du grain de riz artistico commerciale ; soucieux de ses amis vietnamiens et de sa terre natale.
Belle perspective pour un octogénaire !
Pierre Labille ses livres sous le bras diffuse, Photographies de Loi Nguyen Khoa Huê 1930-1960, nouvelles éditions. Caché sous son chapeau P. Labille tire de l’oubli un photographe qui vient de mourir à 96 ans. Les photos symboles sauvées des eaux révèlent Hué telle qu’elle nous émeut et telle que qu’on peut encore la figer sur des clichés.

Les rencontres d’artistes dont Buu-Y « C’est pour moi un réel plaisir de vous retrouver sur mon courriel. J’ai déjà écrit deux articles sur le Festival dans des revues vietnamiennes et répondu à des interviews de chaînes françaises.
Je souhaite que des personnes comme vous ne cessent, en dépit de toutes les contrariétés possibles, de s’exprimer et de travailler pour maintenir à notre ville son statut de ville festivalière du pays, et cela grâce au support efficace de la France. Dans l’avenir, pour que les résultats soient meilleurs ; il faudra surtout veiller aux préparatifs et aux conventions établies à l’avance entre les parties intéressées » Buu-Y.
Le livre de Phan Thi Anh Nga Hué dans les yeux de…,
Sur les rives du Festival un jardin de sculptures achevées sur place au jour le jour.
Les stridulations des grillons et le concert en holà des cigales
Ecoutez ! les coassements des crapauds et des grenouilles
La ballade écologique gratuite organisée par le conseil Régional Nord Pas de Calais « impressions d’une Hué verte » propose chaque jour une promenade à bicyclette dans la citadelle.

DES REGRETS

Une magnifique plaquette réalisée et distribuée par l’Alliance Française que je n’ai eu en main que les 3 derniers jours grâce à Claudine Auriault Directrice du Centre Français de Hué.

Regret d’avoir manqué l’orchestre philharmonique de Hanoï sous la direction de Xavier Rist ou l’ensemble de percussions Phao hoa avec des œuvres de Maurice Ohana, Jonh Cage… !
Martèlements sourds du concert des cigales, les chauves-souris écrivent la partition.

Regret de n’avoir pu me rendre à la présentation de Médéa, dans son adaptation japonaise de Médée d’Euripide !
Regret d’avoir été au Morin pendant la course des sampans, le dimanche matin !
Sur les rives du Festival un jardin de sculptures achevées sur place au jour le jour.
Les stridulations des grillons et le concert en holà des cigales
Écoutez ! les coassements des crapauds et des grenouilles
(Un partenariat entre la France et le Vietnam doit se poursuivre pendant les 3 prochaines années ) ! Le rodage est cahotant mais le ferment est dans la pâte. Dans quelques années les Vietnamiens se seront complètement appropriés l’espace et le temps du Festival et nous découvrirons une fois encore leur puissance de création.
C’est fini mais au dernier moment 2 belles rencontres, celle de Madame Ninh, Ambassadeur du Vietnam auprès de la communauté européenne et la célèbre photographe Dao Hoa Nu.

La Cérémonie de Fermeture, splendides les embarcations illuminées, les chants, les danses…
Ils dérivent lentement ponctuant la rivière des parfums les lampions qui coulent doucement vers la mer.
Le Festival d’Hué s’est éteint mercredi 15 mai sur cette image.

Hué, une ville de contrastes au centre du pays, la ville aux 52 pagodes vivantes, avec des bonzes qui sont le plus souvent d’authentiques mystiques.
Des havres de paix et d’esthétiques, en plus des visites bien connues des Palais, Tombeaux il y a les remarquables Maisons-jardins.
On m’a parlé d’une journaliste française connaissant bien Hué : Mailan Vidal.

Le prochain Festival se prépare déjà pour 2004
« la journaliste » ! Comme j’ai été présentée ! Dominique de Miscault

Autour du festival
les rencontres, les livres (Etudes vietnamiennes, spécial Hué II, 13 (83), nouvelle série),
les visites des sites et des projets.
Participation de la Région Poitou-Charentes : une grosse délégation de participants et de stagiaires, plus de 40 personnes.
Au Morin, une semaine gastronomique et une série d’activités autour de l’hôtellerie. Un certain nombre de stagiaires des 4 lycées hôteliers de la Région étaient dispersés dans les Hôtels les plus prestigieux, parfois un peu moins. On ne peut pas parler de cette implantation hôtelière à Hué sans évoquer l’école Hoa Sua crée à Hanoï en 1995.

La broderie : c’est un Partenariat Franco-vietnamien qui a 4 ans d’existence, entre le Lycée Gilles Jamain de Rochefort (550 élèves, 70 enseignants) et une école équivalente vietnamienne de broderies et de couture. Isabelle Charbonnier, Proviseur-Adjoint a veillé avec passion pendant 15 jours a l’efficacité des échanges. Il s’agit surtout d’un échange de savoir-faire ; une spécialité charentaise la broderie or doublée d’un échange de stagiaires. La première convention est arrivée à son terme et la seconde doit être signée.

l’humanitaire, lieu des basculements, des confrontations et des ferments.

Quelques O N G visitées à Hué :

« Les écoles » Participation de l’AAFV

Création d’une Association vietnamienne »privée à Lai An ou Linh
Ha Van Lâu, propose à son village natal 2 projets : d’une part la reconstruction de l’école primaire, à l’intérieur du village, délaissées depuis de nombreuses années et d’autre part la création d’une Association d’entraide pour les bons élèves du village qui en compte 30 sur 250. Ce dernier projet sera présenté à la population le 1er septembre prochain. L’association sera composé d’un Bureau de 5 personnes, le chef du village en étant le Président. Le Conseil est composé par les Anciens.

Le Projet DIPECHO ( photos et légendes)

La Boulangerie « Aide à l’enfance au Vietnam » dont le président Tran Than Van Ngoc originaire de Dong-Hoï est avant tout une école qui s’autofinance avec la boulangerie. Depuis 3 ans des étudiants français viennent y passer à tour de rôle 3 à 5 mois ; aujourd’hui, nous rencontrons une étudiante de HEC et une autre en Histoire. Un étudiant vietnamien a fondé sa boulangerie.
La même association a fondé un village SOS.dont l’efficacité est beaucoup plus contestée. Sur le modèle français les maisons ont une cave mais aussi une Mère est responsable des enfants d’une maison. En tout 30 enfants sont pris en charge.

Par contre la Pagode Duc-Son avec sa leader charismatique la bonzesse Minh Tu originaire de Quang-Tri remporte les suffrages et l’admiration de tous. Cette œuvre qui abrite maintenant plus de 175 enfants s’est construite depuis 1987 pas à pas répondant aux besoins, la construction en témoigne. Minh-Thu rayonne quand elle raconte les premières constructions de classes maternelles. Elle a toujours suivi les formalités administratives, calmement à la façon des bouddhistes. Certaines fois pressées, elle s’est lançée dans des constructions sans assurances.
Le Dr Rioux et sa femme ont aidé récemment à la création d’un Atelier de fabrication de jouets.
La bonzesse tient à dire qu’elle ne fait pas de prosélytisme, mais elle enseigne aux enfants à être honnêtes et sincères.
D’autres Chantiers, comme l’école de Thuy Bieu sera en partie prise en charge cet été par des jeunes de Croissy sur Seine pour la démolition d’un mur dans le but d’agrandir une salle de classe. Construction de toilettes et réfection d’une dalle de béton qui a été trop hâtivement coulée après l’inondation de 1999. Il faudra aussi aménager la cour. Un bon chantier de vacances pour ces jeunes.
l’Association des Amis de Hué a crée des ludothèques à Hué et à Hoi An. Cet été l’Association TUONGLAI (étudiants de l’ESSEC) prévoit la création d’une ludothèque mobile pour la campagne.
La Fondation japonaise datant de 1995 abrite 60 enfants de 5 à 17 ans. Les enfants sont admis à la demande des parents pour des difficultés éducationnelles. Les enfants vont à l’école à l’extérieur. La fondation emploie 14 personnes.

L’Association des sampanniers à Hué.
ENDA, environnement et développement en action pour les pays du tiers-monde.

La presse vietnamienne est heureuse de faire remarquer que « La saison des Goyaves » est le premier film vietnamien présenté commercialement à Paris.
Dominique de Miscault

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