Alain Teissonnière

Dernier ajout : 12 mai 2009.

Comme ses nombreux amis, nous avons appris avec tristesse et regret le décès d’Alain Teissonnière, le 20 avril 2009

CCSTVN (Comité scientifique et technique de coopération avec le Vietnam)
http://www.ccstvn.org

Alain Teissonnière est mort le 20 avril 2009 de ce que l’on appelle une longue maladie. Sa disparition afflige tous ceux qui, au sein de l’Association d’Amitié franco-vietnamienne, dont il était un militant fidèle, l’ont connu et ont eu le privilège de travailler avec lui. Membre du comité national de l’AAFV jusqu’à ce que le mal le contraigne à limiter ses activités, il faisait le pont avec le Comité de coopération scientifique et technique avec le Vietnam (CCSTVN) dont il avait été continûment la cheville ouvrière, aux côtés d’Henri Van Regemorter, et ainsi nous faisait bénéficier de sa grande connaissance des enjeux, des programmes et des acteurs de la modernisation d’un pays qu’il aimait d’un amour profond et exigeant.
L’essentiel de son action était consacrée au CCSTVN et d’autres pourraient en parler mieux que moi. Pour apprécier la démarche proprement remarquable que suivait le comité, rien n’est plus nécessaire que de se reporter au livre qu’Alain avait édité chez « L’Harmattan », avec Nicole Simon-Cortes, sous le titre « Vietnam, une coopération exemplaire ». Hommage à Henri Van Regemorter, en même temps que récit et analyse de vingt années de coopération.

Pour ma part, j’ai eu le bonheur de travailler avec Henri et Alain, deux personnalités aux tempéraments différents et complémentaires, pendant les quatre années (1983-1987) durant lesquelles les responsabilités de Conseiller culturel, scientifique et de coopération technique de l’ambassade de France à Hanoi m’avaient été confiées. Le Vietnam traversait alors une période difficile. Si la guerre américaine était terminée, le pays était soumis à une vaste campagne internationale de dénigrement et d’embargo. On manquait de tout, les infrastructures étaient chancelantes, l’économie précaire et le dénuement de la population extrême. Certes, la France était l’un des rares pays occidentaux à entretenir des relations de coopération avec lui, mais les difficultés étaient nombreuses : crédits modestes et parfois amputés en cours d’année pour abonder ceux, pourtant bien plus conséquents, accordés aux pays africains ; lourdeurs administratives d’un côté comme de l’autre ; réticences et incompréhensions réciproques.

Il y avait pourtant dans mon travail quelque chose d’exaltant qui tenait, pour une part essentielle, au contenu et au déroulement des programmes de coopération scientifique et technique. Or, c’est dans la définition et le suivi « professionnel » de ces derniers, en partenariat direct et permanent avec le Comité d’Etat des sciences et des techniques, d’une part, et les services du ministère français des Affaires étrangères, d’autre part, que le CCSTVN jouait un rôle éminent. Henri et Alain coordonnaient l’ensemble et Alain avait, en plus, la responsabilité du programme consacré à l’informatique. Aussi est-ce lui qui, lors de ses missions à Hanoi, m’aida à réduire mon ignorance crasse en ce domaine. C’est grâce à lui que j’ai fait la connaissance du groupe, alors réduit et fort juvénile, des informaticiens de l’Institut des sciences du Vietnam, qui travaillaient avec enthousiasme dans des conditions pour le moins rustiques. La relation qu’ils entretenaient avec Alain Teissonnière était un exemple de confiance et d’amitié, elle m’a inspiré pour le reste de mon travail.

A vrai dire, qui ne pouvait avoir confiance en Alain et éprouver une profonde amitié à son égard ? Sa simplicité et son calme, mais aussi la constance et la ténacité dont il faisait preuve, ne pouvaient qu’emporte l’adhésion. Le désintéressement qui l’habitait était manifeste. Ce n’était ni pour la gloire ni pour l’argent qu’il oeuvrait. Il avait limité son activité professionnelle, et donc ses revenus, de façon à consacrer plus de temps au Vietnam. Il accueillait de nombreux stagiaires et boursiers vietnamiens, qu’il promenait dans Paris, quand il ne les hébergeait pas. Sa modestie était telle qu’il se révélait trop peu. Ce n’est que très tardivement, en voyant certains documentaires sur la guerre d’Algérie, que j’ai appris à quel point celle-ci avait été, pour lui, une terrible épreuve morale, et comment il était cependant parvenu à rester fidèle à ses conceptions humanistes et internationalistes. Je n’ai jamais su, jusqu’à ses obsèques, qu’il avait été également un militant actif de l’Union rationaliste et que celle-ci lui avait décerné son prix en 2005. Avec Alain Teissonnière, on touchait en quelque sorte du doigt ce qu’est l’honnêteté intellectuelle et la dignité d’un homme. A ce titre, il inspirait confiance en l’avenir.

Patrice Jorland

"le Ministère de la Santé du Vietnam m’avait remis, dans une cérémonie à Hanoi le 25 février 2009, sa “Médaille de mérite pour contributions à la santé de la population”. J’ai évidemment pensé que cela pourrait intéresser les lecteurs des “Perspectives” ...". Klaus KRICEBERG

- Alain Teissonnière
Le Comité pour la coopération scientifi que et technique
avec le Vietnam (CCSTVN) rendait, samedi
30 mars, au campus Curie-Ulm de Paris, un hommage
à Alain Teissonnière qui fut, si longtemps, son
secrétaire général, en même temps qu’un membre actif
du Comité national de l’AAFV, et qui est décédé le
20 avril 2009.
Après avoir cherché à cerner une personnalité discrète,
mais profondément humaine, cultivée – amour
du théâtre et de la scénographie, voyageur érudit – et
fermement attachée aux idéaux d’indépendance des
peuples et de dignité des hommes, la rencontre s’est
attachée au domaine de coopération auquel Alain
Teissonnière s’était personnellement consacré, avec
le souci du concret et une grande perspicacité stratégique,
celui de l’informatique. Nul ne pouvait mieux
le dire que Nguyen Chi Cong, qui avait été son alter
ego à l’Institut d’informatique et de cybernétique de
Hanoi.
- Au cours de la dernière séquence de l’hommage,
Annick Suzor-Wiener, présidente, et Jean-Luc Guesdon,
trésorier, ont montré que le CCSTVN poursuivait
le combat d’Alain Teissonnière et d’Henri van
Regemorter dans le contexte actuel, bien plus large et
diversifi é, dont ceux-ci avaient été en quelque sorte
les pionniers. Patrice Jorland