Albert Clavier, une vie au singulier pluriel

Dernier ajout : 26 mai 2011.

ALBERT CLAVIER, UNE VIE AU SINGULIER PLURIEL


Né le 9 mars 1927 dans une famille pauvre, dont les
idées entretenaient le soupçon des bonnes gens du village,
orphelin de père à cinq ans, Albert Clavier n’avait
pas pu entreprendre d’études secondaires en dépit de
ses bons résultats scolaires. Il dut donc se contenter de
petits emplois. Pourtant, il terminera sa vie professionnelle
comme entrepreneur, ou plus exactement comme
« vertical », ce qui veut dire qu’il était responsable des
échanges entre la Hongrie et des entreprises françaises
de négoce. Réussite personnelle ? Dans un certain
sens, oui, à ceci près que ces entreprises relevaient du
groupe Interagra et qu’Albert Clavier est resté, jusqu’à
son dernier souffle Albert en juillet 2010, un militant attaché aux idéaux de
sa jeunesse. Il partageait ces dernières avec son frère
aîné, jeune résistant communiste, qui devait être déporté
à Buchenwald. Dans l’euphorie de la libération
et pour ne pas être un poids pour sa famille, Albert
s’engage dans l’artillerie coloniale, choix qu’il regrette
très vite, ce qui lui valut deux passages devant le tribunal
militaire et des mois de cellule.
Au début de 1947, il est envoyé en « Indo », et c’est
alors que sa vie se décide. Avec son unité, il se retrouve
à Lang Son où il est affecté à des travaux de comptabilité.
Il ne combat pas, mais ses fonctions le conduisent
de poste en poste et il prend conscience des méthodes
déployées par l’armée française et ses supplétifs. Il se
lie d’amitié avec des Vietnamiens, qui se révélèrent
être des militants vietminh. Ses convictions et le risque
d’être traîné devant une cour martiale, ou exécuté froidement,
le poussent à se rallier aux patriotes vietnamiens
dans lesquels il voit des frères. Il sera affecté
au service de la propagande, puis aura la charge d’un
camp de « ralliés » originaires d’Europe et d’Afrique
subsaharienne, dont il assure la survie alimentaire et
sanitaire. Les accords de Genève conclus, il reste à
Hanoi, où il est rédacteur de la revue « le Vietnam en
marche », se marie et a deux enfants. Mais la rupture
sino-soviétique et ses effets au Vietnam lui rendent le
séjour de plus en plus difficile et, en 1963, il part pour
Budapest où il travaille à la Fédération mondiale de
la jeunesse démocratique. Ayant été condamné à mort
par contumace pour cause de désertion, il ne peut retourner
en France qu’après l’amnistie de 1966, mais
c’est pour repartir à Budapest comme « vertical ».