Au revoir Vietnam

Dernier ajout : 27 janvier 2009.

Au REVOIR Vietnam

Nous étions quinze amis (parfois seize, parfois dix-sept) à débarquer sur l’aéroport de Hanoi le 23 janvier 2007 (calendrier lunaire). Nous venions voir le Vietnam et les Vietnamiens.

Il y avait là Simone, Maya, Gisèle, Allan, Guy, Monique, Eliane, Denis, Yves… Il y avait Mme Tho qui connaissait tout sur le Vietnam, Pierre qui connaissait tout sur Mme Tho, Michel passionné de ce pays, Charles dont c’était le deuxième séjour et Henri qui n’en connaissait rien, ne se souvenait de rien. Pourtant il y avait vécu ses six premières années, né à Hanoï, il habita un moment Nha Trang, un moment Dalat et un long moment dans les camps de concentration japonais. (Où il avait si faim qu’il s’était juré de ne pas cesser de manger jusqu’à la fin des temps. Sa très ample silhouette prouve qu’il a tenu parole.)


Le pays de l’art de vivre

Nous fûmes accueillis par Monsieur Hoang, le guide qui ne nous quitterait pas pendant les quarante jours suivants. C’était un homme de grande culture, parlant un français impeccable, avec un accent savoureux, plein d’humour et d’indulgence amusée vis-à-vis de nos maladresses d’Ocidentaux. Avec lui nous comprîmes immédiatement que nous étions arrivés au pays de l’élégance, de la courtoisie et de l’art de vivre.
Nous étions venus rendre visite aux Vietnamiens. Première surprise, dans le bus qui nous conduisait dans Hanoi, nous vîmes qu’ils étaient tous venus nous accueillir. Ils étaient au moins cent millions dans les rues. Tous sur deux roues. Nous nous demandâmes un moment si les enfants vietnamiens ne naissaient pas sur un vélo ? Nous nous demandâmes aussi comment on allait traverser les rues à pied ?
Première visite à la banque pour se familiariser avec les Dongs, puis tour de ville, les vieux quartiers, les pagodes, les temples, le lac. Les noms défilent encore dans ma mémoire : Ngoc Son, Bach Ma, Quân Thân, temple de la Littérature, spectacle de marionnettes sur l’eau…Une respectueuse visite au mausolée d’Ho Chi Minh.


Des étoiles plein les yeux

Puis ce fut la nuit sur la baie d’Ha Long, la part de rêve. Le ciel était plein d’étoiles, la mer était pleine d’étoiles, et il y avait plein d’étoiles dans les yeux pétillants des jeunes filles qui nous servaient. C’était si romantique qu’au moins un d’entre nous pensait qu’avec trente ans de moins il aurait volontiers épousé tout l’équipage féminin. Nous partîmes ensuite vers la haute région en suivant une route que nos livres d’Histoire d’écoliers appellent la route sanglante (la RC 4). Langson, That Khé, Coa Bang. Mais que faisait la France avec des fusils dans ce pays ? A Cao Bang nous fûmes abordés par une douzaine de collégiennes (de 12 à 14 ans) qui voulaient tout savoir sur nous, tout savoir sur Paris. Elles apprenaient l’anglais depuis deux ans, nous nous l’avions désappris depuis des siècles. Mais nous nous comprîmes avec plein de gestes, de sourires et de rires. Les collégiennes de Cao Bang restent le plus beau souvenir de notre voyage.

Le pays de la beauté

Nous allions de villages en villages, de marchés en marchés, de petits hôtels à petits restaurants du bord de la route. Quel étonnement pour nous de voir une telle abondance de fruits et de légumes, la plupart inconnus ! A Sapa, quelles couleurs chatoyantes chez les femmes des minorités, et quelle grâce ! Quelle élégance ! Quand une Vietnamienne marche avec une palanche sur l’épaule, on dirait qu’elle danse, quand elle moissonne le riz ou travaille dans une briqueterie on dirait que ses mains dansent, quand elle est assise sur son petit tabouret près de son étal de sacs ou de vêtements on dirait que ses yeux dansent. Nous étions tous unanimes : toutes les femmes vietnamiennes ressemblent à des princesses et tous les enfants à des soleils. Nous n’étions pas seulement au pays de la courtoisie, nous étions au pays de la beauté et de la poésie. Beauté des gens, beauté des paysages.

Le pays du courage

Puis ce fut Lao Cai, Laï Chau, Dien Bien Phu, Son La. Quel sourire fabuleux et qu’elle était belle la jeune femme qui nous a promenés en canot sur la Ngo Dong à Tam Coc ! Puis ce fut Vinh, Dong Hoi, Hué, sa citadelle, sa cité impériale. Danang, le musée Cham et la montagne de marbre, Hoi An, la perle des villes du Vietnam. En direction de Kontum nous allâmes nous recueillir à My Laï, le village martyr, puis Pleiku, Ban Me Thuoc, les villages Bana et Edé. A Nha Trang visite des tours Cham de Po Nagar, du musée et de la tombe du Dr Yersin. Et toujours le long de notre route des villages sereins sous les bananiers avec des milliers de fleurs qui s’épanouissent, partout ; toujours des rizières, des ponts et des canaux, toujours au bord des routes ces petits restaurants qui nous préparent un repas en quelques minutes, et toujours des hommes et des femmes (surtout des femmes) qui travaillent dans les rizières. Ce pays déborde de vitalité, de courage et de plaisir de vivre malgré les difficultés. Puis Dalat, Ho Chi Minh-Ville, Tay Ninh et sa curieuse religion caodaïste, le marché de Cholon qui déborde de produits et d’animation, Can Tho et son insolite marché flottant.

Nous sommes partis les bras chargés de cadeaux pour nos amis et nos familles, chacun avec le secret regret de ne pas revoir Ha Long, Sapa ou Hoi An, mais avec deux certitudes : on reviendra car on aime les Vietnamiens. Ce sont des gens courageux, fiers et courtois.
Nous avons été magnifiquement reçus.

Raymond Serre