Bi, n’ai pas peur

Dernier ajout : 23 avril 2012.

Bi, n’ai pas peur !


Le premier film de Phan Dang Di, primé un peu partout,
à Cannes en 2010, ainsi qu’à Vancouver, Stockolm,
et en 2011 au California International Film festival
décrit une famille vietnamienne d’aujourd’hui,
vue par l’oeil d’un petit garçon d’une dizaine d’années.
Ça, il n’a pas peur, Bi ! (Phan Thanh Minh). Il court
partout, libre comme l’air ; sa famille vit dans un quartier
d’Hanoi près du Fleuve Rouge, quand subitement
la ville laisse la place à la campagne ; Bi joue là, il se
cache dans les roselières où, apparemment, les hommes
vont s’enduire de boue. Il joue aussi dans une usine de
glace, espèce de cathédrale du froid dans une ville surchauffée,
en pleine saison des pluies… Les images
sont toujours surprenantes et travaillées.
Bi vit dans une belle maison, meublée à l’occidentale ;
c’est une famille bourgeoise, avec une cuisinière à demeure.
Dans cette maison, le grand père (Tran Tien),
qui a passé toute sa vie à l’étranger pour ses affaires, se
désintéressant de sa famille, revient pour mourir. Distant,
élégant, il fait peur à tout le monde, sauf à Bi qui
passe beaucoup de temps avec ce mystérieux vieillard.
Bi est encore un coeur simple ! Mais Phong (Nguyen
Ha Phong), son fils (le père de Bi donc) le déteste et
s’applique à ne pas le rencontrer, ne pas le croiser, ne
pas le voir. Phong rentre fort tard à la maison, ses soirées
se passant à s’imbiber de bière avec ses copains
dans un bouge assez lugubre, et chez une jeune masseuse
dont il est amoureux. Ce qui semble laisser la
très jolie maman (Nguyen Thi Kieu Trinh) assez indifférente.
Elle soigne son beau-père avec beaucoup de
dévouement et de tendresse. Il y a enfin la très, très
jolie tante (Hoa Thuy), presque vieille fille, tourmentée
par ses pulsions sexuelles, qui se résout à un mariage
de convenance tout en rêvant à un jeune lycéen
rencontré dans le bus…

Le charme très vietnamien du fi lm tient à ses non-dits,
à l’ambiance de mystère qui enrobe chaque personnage.
Son côté moins vietnamien, c’est qu’il contient
des scènes de sexe extrêmement explicites… ce qui
explique qu’il n’ait été projeté au pays qu’en version
censurée. Et puis, cette vision assez peu idyllique de la
famille choque les Vietnamiens ; un grand père, surtout
malade, reste un objet de respect, et il semble inadmissible
que son propre fi ls le rejette… Le fi lm ne propose
pas de morale. Il n’exalte pas les beaux sentiments.
Il montre, c’est tout…

Tel quel, c’est un beau film, qui, comme Vertiges présenté
il y a un an grâce au même producteur et distributeur
français, Acrobates films, nous décrit la société
vietnamienne d’aujourd’hui. Mais, est ce que le scénario
ne sera pas jugé un peu mince pour intéresser le
spectateur « non-vietnamophile » français ? Je m’interroge.
Anne Hugot-Le Goff