Bouddha est dans le Coeur par Dam Thu

Dernier ajout : 20 juillet 2009.

Dans mon enfance, chaque dimanche, je devais accompagner ma grand-mère paternelle dans les pagodes. Elle a beaucoup souffert après les morts de mon père qui n’avait que 33 ans, puis celle de mon oncle deux ans plus tard. Chaque soir elle récitait les prières en égrenant son chapelet. Elle lisait des textes bouddhiques en Nom (caractères idéographiques). À mon avis, elle connaissait le bouddhisme d’une façon plutôt dogmatique, car elle était très exigeante envers ma mère et nous.

En ce temps-là, je ne voyais que des vieilles dames et des enfants pour les suivrent dans les pagodes. Ce qui m’impressionnait le plus c’était les tableaux en relief qui se trouvaient sur les murs de certaines pagodes. On pouvait y voir les enfers bouddhiques où toutes sortes de châtiments cruels étaient exécutés par des démons aux figures horribles pour effrayer les gens qui dans leur vie étaient immoraux ou faisaient du mal aux autres. Par exemple, ceux qui faisaient du tort aux autres en mentant ou en les trompant, les démons leur coupaient la langue et leurs arrachaient les dents ; les gens perfides ou les voleurs étaient jetés dans des marmites remplies de l’huile en ébullition ; les criminels étaient forcés de marcher sur un pont très glissant pour tomber sur des bêtes féroces qui les dévoraient et déchiraient leur chair de leurs dents pointues etc. On m’expliquait que c’était la loi implacable de la cause et l’effet. Ces images m’ont hantées pendant des années. Nous, qui avions regardé ces scènes dans l’enfance, nous sommes sûrs que ce sont des leçons de morale très efficaces, car nous avions très peur d’être punis, non en ce monde mais dans l’autre monde. Encore maintenant, quelques fois des vieilles commerçantes ambulantes m’ont avouée qu’elles ne fraudent pas et ne mentent pas car même si la famille peut en profiter, elles seules seront châtiées !

De son vivant, ma mère n’allait à la pagode que le 1er jour du Nouvel An. Elle m’a dit qu’elle considérait le bouddhisme non comme une religion mais une voie à suivre dans la vie. Elle appliquait cet adage : mieux vaut pratiquer les enseignements du Bouddha dans la vie quotidienne, la première place est à la maison, ensuite au marché, la troisième à la pagode. Ce que je retiens d’elle sur le bouddhisme c’est que la plupart de nos souffrances proviennent de la cupidité, la colère et l’ignorance. Et elle nous a donné l’exemple par son ardeur au travail, l’effort intellectuel, la compassion, l’empathie et l’aide apportée à ceux qui en ont besoin ou qui sont dans la détresse. Mais je savais bien que pour venir en aide aux autres elle a dû vivre chichement, bien gérer le budget familial. Elle est restée sereine et vaillante sans se plaindre de ses douleurs jusqu’au dernier moment de sa vie, elle était atteinte d’un cancer du foie incurable.

Elle nous a dit qu’elle nous quittait tranquillement car elle avait tenu ses promesses envers mon père avant sa mort, étant chargée de trois enfants en bas âge à élever et à éduquer toute seule, à l’âge de 29 ans. Peut-être qu’elle a retrouvé mon père dans l’autre monde. Je sais qu’elle n’avait pas imaginé qu’elle aurait à s’occuper encore de ses deux petits-enfants encore nourrisson et à les protéger des bombardements durant la guerre tandis que je donnais des cours. Elle a été leur première éducatrice en leur donnant de bonnes bases culturelles pour la formation de la personnalité. En pensant à ma mère, je me demande toujours quelle force lui est venue pour remplir tant de tâches et les mener à bien, surtout en temps de guerres après un veuvage précoce, avec beaucoup de soucis et en temps de pénurie. Je pense qu’elle a su rassembler son énergie et cultiver une vie intérieure pour surmonter les épreuves d’une vie pleine de tourments mais aussi de joies.

Maintenant, dans le monde les changements sont rapides et l’on assiste à beaucoup de violence. La société de consommation est en vogue, je vois nombre de gens qui vont dans des pagodes avec des motivations différentes. Beaucoup y viennent pour demander au Bouddha des faveurs temporelles énormes. D’autres pour soulager leurs remords, consoler leur chagrin ou alléger un karma négatif. Il y a des personnes qui ne rendent pas souvent à la pagode mais qui méditent les enseignements de Bouddha et qui trouvent la paix dans le message de Bouddha, la non-violence, la compréhension mutuelles et la sagesse, le respect d’autrui, la fraternité et l’entraide entre les peuples sans distinction de race, de langue, de croyance et d’opinions.

TRANG THANH
(Dam Thu)
Mars 2009