Bouddhisme et bouddhisme par Lê Kim Chi

Dernier ajout : 20 juillet 2009.

Au-delà des apparences rituelles contemporaines, l’enseignement « mis en branle » il y a vingt-cinq siècles par l’homme-bouddha Sakyamouni repose fondamentalement sur les concepts de lucidité et de compassion.
La lucidité commande au bouddhiste de prendre conscience des réalités « telles qu’elles sont », sans parti pris ni concession (surtout à l’égard de soi-même), et d’adopter la rationalité comme critère essentiel de tout jugement, ce qui rend ses relations avec la science parfaitement aisées, n’ayant par ailleurs aucun dogme surnaturel ou irrationnel à respecter. Comme la science, le bouddhisme croit dans la transformation dialectique des choses et dans leur inter¬dépendance sans limites. Il soutient que ces deux lois naturelles soumettent toute chose existante et tout être vivant à une évolution impulsée par un déséquilibre constant, le-quel produit sur les êtres vivants des états d’insatisfaction et de souffrance.

La compassion entre alors en jeu et oblige le bouddhiste à soulager les peines et à « éradiquer les soucis » pour lui-même comme pour autrui. Sur le plan du karma (enchaîne-ment des causes et des effets, y compris au-delà de la mort du corps et de l’esprit), si un com-portement guidé par la lucidité peut contribuer à l’extinction progressive des germes de la souffrance (leur extinction totale s’appelle le « nirvana »), une accumulation d’actes de com-passion (qu’on nomme le « mérite ») pourra également aider à cette délivrance.

Dans ces conditions, les voies d’accès au nirvana sont innombrables, pour ne pas dire réductibles au niveau individuel. D’où le témoignage d’une extrême tolérance des bouddhistes entre eux et vis-à-vis des non-bouddhistes (on conçoit facilement qu’un être puisse devenir bouddha par ses propres efforts de méditation et de vécu adéquat sans jamais passer par la case d’« adepte déclaré du bouddhisme »). Il en résulte une coexistence pacifique entre les diverses écoles qui s’étaient édifiées sur le socle commun ; réparties en trois grandes branches – le Theravada (bouddhisme originel ou petit véhicule), le Mahayana (« un grand véhicule pour transporter un maximum de monde ») et le Vajrayana (bouddhisme dit tibétain) –, elles sont aujourd’hui une dizaine à mettre l’accent chacune sur des aspects particuliers de la doc-trine et de la pratique.

Le bouddhisme vietnamien existait depuis au moins le 2e siècle (à cette époque, des moines vietnamiens accompagnèrent même des missionnaires indiens en Chine). Son apogée fut atteinte entre le 11e et le 14 e siècles (statut de religion nationale, fondation de l’école zen vietnamienne Truc Lâm en 1299). Battu en brèche par le confucianisme à partir du 15 e siècle, il sombra progressivement dans la superstition et les formes populaires du « bouddhisme de la foi ». Depuis le milieu du 20 e siècle, on assiste à sa résurrection puis à sa modernisation, avec par exemple l’enseignement religieux destiné aux moines, la constitution de structures fédéra-tives et humanitaires et le développement récent de groupes de méditation zen parmi les je-unes et les intellectuels.
Une particularité du bouddhisme vietnamien tient du rôle actif et reconnu des laïcs tout au long de son histoire : il s’agit là peut-être d’une chance, ceux-ci étant à même de mieux traduire la vision bouddhiste dans les mécanismes complexes de la vie moderne.

Lê Kim Chi
secrétaire général de l’Association des Bouddhistes Vietnamiens en France - Institut Bouddhique Truc Lâm (de Villebon-sur-Yvette)