Carnets de voyage au Nord Vietnam-Comité Gard-Cévennes

Dernier ajout : 4 janvier 2012.

CARNETS DE VOYAGE DANS LE NORD


Aux portes du ciel

Dans cet extrême nord du pays vers Dong Van, le paysage est époustouflant et sans conteste le plus beau du Vietnam.
Une véritable forêt de pains de sucre en calcaire s’enchevêtrent, se superposent et donnent l’impression de se multiplier à l’infini.
À voir quelques hameaux H’mongs complètement isolés : comment peut-on vivre ici ?

L’étroitesse des routes nous a contraints à utiliser un petit bus et une camionnette pour les bagages ; elle rend difficile les arrêts-photos qui pourtant mériteraient d’être plus nombreux malgré la présence de la brume.
Nous rencontrons des enfants souvent très jeunes se rendant ou venant de l’école à pied en alternance : matin et après midi.

Dans ce paysage rocailleux et lunaire, la moindre parcelle de terrain est utilisée pour la culture de haricots ou de maïs, plat de base de la population H’mong majoritaire dans la région.
Les H’mongs bleus ou noirs cultivent aussi de grands champs de roses dont les pétales sont curieusement protégés par du papier pour éviter une éclosion précoce.
L’apiculture a pris de l’essor ; le miel est délicieux et agrémentera les petits-déjeuners à l’occidentale.

Cette région est pauvre. Le climat est rude (pour les autochtones). Consolation : de nombreux toits de chaume ont été remplacés par des tuiles, signe d’une amélioration du niveau de vie.
Dans le village de Lung Cam, occasion nous est donnée de visiter une coopérative qui fabrique du batik. Elle emploie des femmes H‘mongs victimes de violences conjugales ou rescapées de rapt réalisés par des chinois.

Plus au sud les magnifiques rizières en escalier de Mung Can Chai, nouvellement classées site protégé, nous ravissent. Hélas le riz a été récolté depuis une semaine.
Mais ça vaut quand même largement le détour.


À propos des « cousins désagréables »

Cette région de l’extrême Nord est un passage obligé du trafic sans cesse croissant avec la Chine.
D’un côté on constate un développement énorme du trafic routier dans les deux sens. Des camions tirant d’énormes containers empruntent une petite route complètement défoncée. Le plaisir de se rendre aux magnifiques cascades de Ban Gioc, frontière avec la Chine, sera en partie gâché par les conditions du voyage.

D’un autre côté un sentiment anti-chinois croissant dans la population qui se plait à dénigrer, souvent à juste titre, la qualité des produits chinois qui ont envahi les marchés vietnamiens.
L’affaire des mines de bauxite des Hauts-Plateaux du Centre cédées aux Chinois a laissé des traces après avoir engendré une immense contestation jusqu’au plus haut niveau et isolé les dirigeants du pays.
Les actes de piraterie à l’encontre de chalutiers vietnamiens, le refus de leur porter secours en cas de typhon ont encore aggravé la situation. Aujourd’hui encore, selon notre guide, on assiste à des manifestations sporadiques contre le trop grand laxisme des autorités vis-à-vis des « cousins désagréables ». Ces micro-manifestations ne sont pas du goût des dirigeants vietnamiens. Les relations avec la Chine restent un sujet tabou et réservé.
Les touristes « cousins » sont en nombre croissant ; ils sont bien accueillis.

Hanoi d’hier et d’aujourd’hui

Notre périple a prévu plusieurs jours à Hanoi.
Là encore se pose le problème de la circulation se pose accompagné de celui de la pollution auquel s’ajoute la « klacsonomanie » des automobilistes de plus en plus nombreux. Vivement le métro dont les travaux sont entamés ;
Berceau historique du Vietnam, les bâtiments et monuments bien entretenus, témoins de mille ans d’histoire sont nombreux. Les lacs également. De nombreux musées valent le détour : celui d’Histoire, le musée des Beaux Arts, de la Révolution.
La balade autour du petit lac Hoan Kiem est une merveille. Le matin de très bonne heure, sur les rives, on peut assister au taï chi voire à la gym tonic davantage prisée par les jeunes. Le soir, signe des changements, les jeunes amoureux n’hésitent plus à se tenir enlacés…
Le musée d’ethnographie construit en 1997 avec l’aide de la France est une merveille.
Cerise sur le gâteau : C’est dimanche, une foire y est organisée avec de nombreux stands de produits ethniques et costumes. Nous pourrons enfin voir des Lolos dans leurs magnifiques costumes bigarrés, entièrement réalisés à la main.
La pagode au pilier unique, le mausolée de l’oncle Ho, la place Ba Dinh où il déclara l’indépendance du pays le 2 septembre 1945 attirent toujours autant de monde. Anciens combattants médaillés, gens de la campagne, touristes se succèdent en files énormes. La ridicule priorité donnée auparavant aux visiteurs étrangers pour l’accès au mausolée a heureusement fait long feu.
Le culte de l’oncle Ho semble s’être amplifié, ce qui aurait fortement déplu à l’intéressé, comme il aurait sans doute critiqué le comportement peu avenant des policiers du secteur et les inégalités qui se développent dans le pays. Le recours au culte de la personnalité n’est jamais bon signe pour la situation d’un pays.

Le nouvel Hanoi s’érige, les quartiers neufs, de multiples immeubles poussent en lieu et place des rizières. Ce phénomène n’est pas propre à Hanoï et va poser rapidement un vrai problème pour le devenir de l’agriculture.
À plusieurs reprises nous passons au milieu de zones industrielles neuves souvent « franches », symboles des délocalisations jusque là favorables aux Vietnamiens.


L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ;

L’emblématique rue Hang Gai, faussement appelée rue de la soie, dans la vieille ville, regorge de touristes. Elle a bien changé.
Beaucoup de boutiques de luxe présentent des produits de qualité, les prix ont très très largement suivi, amplifiés par une inflation officielle de 23% pour l’année. Tant pis pour ceux qui, mal informés, ne cherchent pas à négocier et se contentent de comparer en monnaie de leur propre pays. Les prix proposés peuvent varier de 1 à 8 pour le même article. Les produits étiquetés sont rares. Les touristes avertis ne manquent pas de négocier.
C’est ainsi que nous étant rendus de très bonne heure dans un magasin de luxe, nous avons pu très facilement acquérir une chemise au meilleur prix.
Explication : nous étions les premiers clients et le commerçant devait vendre à tout prix sous peine de faire de mauvaises affaires le reste de la journée !
Superstition quand tu nous tiens !

Dure est la vie

L’augmentation des prix est très difficile à supporter pour la population, même si des salaires ont été augmentés.
Le kilo de riz sur les marchés est passé de 12 000 dongs à 16 000 dongs et de 26 000 à 32 000 dongs selon la qualité.
Le prix d’un litre d’essence coûte 21 000 dongs (0,7€) : c’est énorme pour des salaires moyens de 100 € ; ce qui n’empêche pas les embouteillages énormes de motos et… de grosses voitures. Les véhicules de petite taille n’existent pas.

Dans les campagnes, la vie est très difficile. D’une façon générale, les écarts se creusent entre riches et pauvres, entre ville et campagne.
Le recours au double emploi reste très courant comme les dépassements d’horaires ;


L’école : un exemple

Dans le Nord-est, à Bao Lac que je visite pour la première fois, rencontre impromptue dans un groupe scolaire comprenant une crèche, une maternelle et primaire.
Les locaux sont propres, lumineux et avenants ; l’ensemble des enseignants est rémunéré par l’État.
Concernant les maternelles ça ne date que de quelques années.
Pour la crèche, la famille paie 15 000 dongs par mois, + 10 000 dongs si les enfants prennent 2 repas par jour. Salaire des enseignants : 4 Millions de dongs à partir de la titularisation ( 3 ans d’ancienneté). Jusque là, les vacataires percevront 1,8 M de dongs, ce qui provoque le mécontentement des intéressés.
Deux éducateurs pour un effectif de 18 à 30 enfants et 3 au-delà ; ils ont en charge le nettoyage des locaux.
En maternelle : 1 instituteur pour 15 élèves. Niveau des instituteurs : bac + 2.
Nos interlocutrices sont heureuses de converser, via notre amie Ha, avec des « Phàp ». Elles nous sollicitent pour du matériel pédagogique. Notre amie Enna, directrice d’école maternelle en retraite, élue à Tarascon, va s’efforcer de répondre à cette attente.
Noter qu’à Tam Coc, lors de la visite de l’école, les sollicitations sont identiques.
Un des enseignements de ce voyage : les écoles construites en dur sont très nombreuses en ville comme dans les coins les plus reculés du pays.

Bon appétit !

Loin des restos à touristes, suivant les caprices de la circulation et des contraintes horaires, nous prenons très souvent les repas dans les restaurants populaires.
Nous aurons ainsi le loisir de goûter aux plats traditionnels.
Le « pho » du petit déjeuner ne fait pas l’unanimité contrairement à celui de midi. Fort heureusement œufs, beurre, confiture voire le miel acheté sur la route feront consensus sans compter quelques buffets variés particulièrement appréciés.
Le « my xao », ( pâtes sautées, légumes et viande) et le trop rare « bun cha », (vermicelles, viande grillée et nems arrosés d’une sauce délicieuse), nous régalent, comme les deux repas pris en bord de mer et négociés par notre amie Ha.
Le traditionnel « Banh cuon » (crêpe de riz farcie à la viande) resteront du domaine des connaisseurs, voire des curieux. Tant pis pour les autres.
Le café est particulièrement goûteux et servi très serré. Dommage qu’au petit déjeuner il faille souvent faire le forcing pour obtenir du thé vietnamien (Lipton go home).
Une découverte : les yaourts nature fabriqués dans la région d’élevage de Moc Chau sont succulents.
Ajoutons que l’hygiène dans les restaurants s’est bien améliorée, notamment en ce qui concerne l’eau.

Tam Coc : musique et chaleur d’un soir

À la baie d’Halong terrestre à côté de Hoa Lu, nous dégustons une délicieuse fondue à la viande de chèvre.
Après quelques échanges avec des voyageurs gardois, nous allons assister à une soirée consacrée à la musique traditionnelle. La famille du jeune Hieu, filleul de Maguy qui sera la reine de la soirée, nous accueille chaleureusement. Tout le voisinage est rassemblé. Soirée émouvante. C’est la cinquième fois que nous sommes reçus.
L’ensemble de musiciens et chanteurs du village nous fait (re)découvrir les divers instruments à cordes et chansons populaires.
La soirée se serait clôturée sur un « Frère Jacques » aux consonances vietnamiennes succédant au traditionnel « Vietnam Ho Chi Minh ». Heureusement notre groupe sauvera l’honneur sous la férule de Nicole par deux retentissants « À l’eau de la claire fontaine » et « mon amant de St Jean ».


Baie d’Halong
 : Soyez rétros
La visite de la baie d’Halong reste incontournable.
Mais un conseil, au risque de paraitre « vieux jeux », évitez les grandes jonques dites « modernes » transformées en restaurant flottant de type Club Med tel que le Victoria. Outre le traitement hors d’âge infligé au personnel, tout est organisé aux dépends de la sérénité nécessaire pour apprécier pleinement ce site magnifique.
Connaissant le problème, nous avons bataillé ferme et finalement nous avons obtenu la jonque promise, plus modeste mais parfaitement équipée avec chambres très propres. Les trois repas de la mer ont été excellents.
Si l’on excepte le temps perdu à la grotte des « Surprises » (à cause de l’affluence mal évaluée), le périple a fait l’unanimité.
Attention, la baie va bientôt être victime de son succès, surtout si prochainement elle est officiellement classée 8° merveille du monde.

La femme est l’avenir du Vietnam

À trois reprises, en partenariat avec la CCAS, notre Comité a mené à bien des projets d’élevage de vaches. Les bénéficiaires du projet 2008 nous accueillent au village de Dien Hoi dans la province de Nghi An, une des plus pauvres du pays où sécheresse et typhons se succèdent.
Toutes ces femmes ont participé soit aux combats, soit à la reconstruction de la piste Ho Chi Minh en dépit des bombardements incessants de l’aviation US. Leur héroïsme a fortement contribué à la libération du pays.
Entre deux chansons de nos hôtes magnifiques, Martine notre porte parole se fera un plaisir de rappeler les paroles d’Aragon « La femme est l’avenir de l’homme ». Jamais ce ne fut plus vrai que ce jour-là.
Au retour de la guerre, ces femmes sont restées sans maris pour la plupart. Certaines sont devenues volontairement mères célibataires : une façon comme une autre de préparer ses vieux jours dans les campagnes vietnamiennes.

Beaucoup ne perçoivent pas la pension destinée aux anciens combattants ; même si certaines perçoivent à ce titre 600 000 dongs, toutes sont pauvres.
L’attribution d’une vache reproductrice représente un véritable trésor. Après avoir mis bas, l’animal sera cédé à une autre femme « ancienne de la Piste Ho Chi Minh » ; la première bénéficiaire pourra alors sans limite « profiter » des progénitures successives, s’assurant ainsi au fil des ans une rente appréciable.

Chez une des trois femmes visitées, l’étable de la solidarité est en meilleur état que la maison !!! Notre hôtesse est si heureuse de nous accueillir que lors d’une prochaine visite, elle nous promet de tuer un veau en notre honneur ! Peut-on imaginer meilleure leçon de générosité.
Il est des moments où l’on est satisfait de donner un peu de son temps à la solidarité. Gérard Terrier

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

16 participants
25 jours
3200 kms en bus du 26-10 au 21-11-2011

Ha noi- Mai Chau- Son La- Dien Bien Bien- Lai Chau- Mu Can Chai- Sapa- Bac Ha- Ha giang- Dong Van- Bao lac- Ba bé- Cao bang- Lang son- Ha long-