Ce VietNam qu’ils aimeront…. nos touristes de demain ?

Dernier ajout : 23 juillet 2008.

Au cours des récentes assises de la coopération décentralisée, un certain nombre d’ateliers ont fait état des actions menées par divers conseils régionaux pour préserver le patrimoine culturel du Viet Nam. Mais, pour la plupart de ces coopérants, « patrimoine culturel » signifie « ville historique » ; la protection des sites, celle des richesses végétales et de la diversité animale, si importantes pourtant quand la tourmente de la mondialisation s’abat sur le pays sont quasiment oubliées. De rares initiatives par ci, par là : par exemple, la région Rhône -Alpes a financé la création d’un éco -musée sur les bambous à Phu An et autour du musée, c’est tout un village qui profite du site.
Le Nord -Pas de Calais qui fournit un très gros effort dans la région de Hué avec le développement de l’aquaculture et l’aménagement de la lagune croit aussi au développement de l’écotourisme et tente de promouvoir des cultures respectueuses de l’environnement (comme des espèces non protégées de rotin), tout en entreprenant la restauration des jardins potagers de la citadelle. La restauration des maisons jardin se poursuit, au rythme de quatre par an environ.
Toulouse travaille sur le vieux quartier de Hanoi. Pierre Cambon (directeur de l’esthétique et patrimoine urbain à Toulouse) décrypte les effets sociologiques de la rénovation des centres urbains anciens dans les grandes métropoles : migration des classes moyennes et constitution de centres ne réunissant plus que population très pauvre et commerces ; le « patrimoine immatériel » -l’âme du quartier- s’est dilué au profit d’un ghetto touristique.
Les autres sites d’intervention des coopérants français sont Hoi An, où la restauration des maisons en bois s’effectue avec de nombreuses difficultés dues à leurs propriétaires privés, au peu d’engagement de la population, au manque de bois précieux disponibles… et My Son où, compte tenu de la connaissance limitée que l’on a sur la civilisation cham, ce sont les experts qui manquent.
Les Vietnamiens attendent essentiellement des fonds (ils semblent par contre se passer assez bien de conseils…) Investissez, disent-ils. Pourquoi pas dans une école hôtelière ! Pour quoi faire, sinon implanter des hôtels de luxe dans quelques grands spots touristiques, Hanoi, Hué, Along…. Tout le contraire de ce pour quoi nous militons dans cette rubrique : permettre aux visiteurs de découvrir que, montagne et plages, forêts et arroyos, pagodes et hameaux, le Vietnam regorge de sites harmonieux, poétiques, surprenants, mais au bout de tout… desservis par une route improbable et offrant au visiteur fatigué un hôtel des trois canards où il pourra faire la connaissance d’une étonnante diversité de cafards.
Constat affligeant : 80 % des touristes après un premier voyage au VietNam, ne souhaiteraient pas y retourner (entre parenthèses, la France ne pointe qu’au 7eme rang du quota de visiteurs ce qui, compte tenu de notre passé commun, n’est pas très glorieux). Comment s’en étonner, puisque les voyagistes ne leur offrent que la sempiternelle tournée delta du Mékong /Hué /Hanoi pour le grand tour en une semaine, Hoi An, My Son avec les Champas et Sapa représentant le non moins habituel complément des voyages de quinze jours. La coopération ne fait qu’entériner cet état de fait !

Anne Hugot-Le Goff