Chances et défis de l’ouverture

Dernier ajout : 22 juillet 2008.

La levée de l’embargo a été déterminante. Tous les espoirs étaient permis à l’intérieur du pays et à l’extérieur les souhaits des étrangers étaient au-delà des possibilités du Vietnam. La confusion a été totale entre l’aspiration des lettrés à une ouverture et une fausse analyse de l’état du pays : marché, mieux vivre et recherche artistique… Dans leur souci de progrès les vietnamiens, souvent poussés par les Viet kieus, se sont introduits sur le marché de l’art international. En jetant un regard en arrière on peut considérer le chemin parcouru et le revisiter en discernant ceux qui en ont été les maîtres d’œuvre.

Effectivement la vente à bas prix ou la spéculation sont un moyen de vivre pour des artistes qui dans la foulée de la politique socialiste bénéficiaient, dans leur majorité, d’un vrai statut social et d’une aide. Les moyens d’exposer et de vendre étaient organisés par l’Association des artistes vietnamiens entre autres. Mais cette conception élaborée par la politique se lézarde face à une économie à tous vents qui n’est pas sans séduction.
Le Vietnam n’a pas encore atteint le niveau de développement suffisant pour satisfaire ses besoins. Là où il n’y avait que quelques échoppes plus ou moins achalandées, nous assistons depuis peu à une débauche de lieux de vente qui va en s’accélérant. Il y a plusieurs vernissages à Hanoi chaque jour.
La maison des Expositions, sous l’égide de l’Association des Beaux Arts du Vietnam, affiche complet avec plus de quarante-six expositions dans l’année.

Mais aussi, les apprentis artistes ne partagent plus : on suit son rêve celui du succès. Un souci pédagogique fait l’objet de toutes les attentions des anciens mais qu’en est-il vraiment ? Nous assistons alors à un débordement de couleurs. « La peinture vietnamienne se porte très bien. » Est-ce à dire qu’elle se vend très bien ? Certes oui quand on compte le nombre de Galeries qui présentent souvent les mêmes peintres, aux mêmes prix !
Les rues du centre ville de Hanoi sont pleines de galeries chamarrées… Les couleurs giclent à tout va. Galeries ou boutiques de sous-vêtements semblent suivrent la même trajectoire. Le Vietnam se déshabille doucement. En ce qui concerne l’habillement, pratiquement plus un Ao Daï dans les rues, seuls les enfants des écoles revêtent encore l’uniforme et le ruban rouge.
Nombreux sont les joggings qui ont sans doute remplacé les pyjamas délavés et pratiques d’il y a quelques années. Et évidemment le jean est partout, uniforme planétaire !

Quelques exemples anecdotiques

Un phénomène, Lê Thiêt Cuong, un peintre qui semblait d’exception, il y a quelques années, déclare « je suis le produit de la société ». Il a sa galerie privée au 39A Ly Quôc Su, tout près de la cathédrale. Son style élégant n’évolue plus vraiment.
Thang Long Gallery. Là ce sont d’anciens stagiaires d’URSS à la technique traditionnelle affirmée qui se sont rassemblés autour de Tuman, le russe de Saint Pétersbourg. Ils ont exposés ensemble du 29 mars au 9 avril, recherchant la période faste en fonction du calendrier lunaire.

De nombreux cafés exposent des œuvres, même si les motos voisinent maintenant avec les tables, le trottoir ne pouvant plus servir de garage.

Des Artistes dits pour touristes ! Duy Thai Duy Thai né en 1955 à Hai Phong en fait parti : ses petites œuvres sur papier Do sont plus qu’abordables et pleines de charme. Duy Thai est visiblement un professionnel qui cherche à survivre. Il a bénéficié en son temps de 1974 à 1980 de l’entente avec l’Europe de l’Est et a fait une partie de ses études en Allemagne. Ses attaches lui ont permis d’enseigner et d’exposer à Leipzig, au centre culturel de 1980 à 84. En 1987 il a exposé en Pologne, en Hollande et à Ho Chi Minh Ville

A la Maison des Exposition, 16 Ngo Quyen, les expositions se succèdent au premier et second niveau. Une Indienne pour la première fois est exposée au Vietnam ; son mérite ce n’est pas la création mais un regard encore simple et ému devant la nature. Les œuvres à l’huile de Mme Bhavani, « les murmures du bois », sont traitées comme des aquarelles Elle a le mérite d’un regard sensible sur la nature, ce qui devient rare dans les galeries vietnamiennes.

Dès lors se pose la question : qu’est ce qu’un artiste ?
Est-ce vraiment une profession ?
Est-ce un regard partagé ou proposé ?

DdM