Claude Perrin et l’AAFV

Dernier ajout : 26 mai 2011.

« Qui n’avait pas d’affection pour Charles ? D’autant plus d’affection que j’avais le sentiment qu’il m’aimait bien aussi. Le ton de ma conversation
concernant Charles, montre mon attachement. Je lui suis reconnaissant de moments d’intense communion, on peut employer ce mot. Il y avait une sympathie qui était très profonde en dehors de nos analyses communes à la fois sur les personnes que nous côtoyions ; à travers des commentaires, je sentais que nous avions les mêmes analyses.

En ce qui concerne Charles, je dois expliquer comment je l’ai rencontré ; il se trouve que j’ai pris ma retraite un an avant Laure, ma femme qui était juge après avoir été avocate pendant de nombreuses années et très impliquée dans de nombreux mouvements politiques. Bien sûr en tant qu’avocate elle était très recherchée et de nature elle était très prosélyte. J’étais adhérent de base de l’AAFV depuis fort longtemps, dans sa foulée. J’étais au courant à travers ce qu’elle me racontait des congrès, des
conférences et en particulier de l’Association et de Charles.

À l’Association, on ne parlait jamais de la vie privée des uns et des autres et pourtant cela explique beaucoup de choses ! Laure est venue en France à quatorze mois, elle était juive, sa famille faisait partie de cette minorité qui vivait à la frontière de la Russie. Cette minorité avait subi les pogroms.
Son oncle Adam est venu en France le premier en 1922, 23. En 1923, Laure est arrivée en France pour rejoindre la famille. Elle a eu une vie assez difficile. Elle a dû abandonner études en 3e pour aider sa mère. Toute la famille a été déportée mais elle est passée à travers. À la Libération elle a repris des études de droit. Elle a eu sa licence et donc a été très impliquée politiquement. Elle a fait partie du secrétariat technique de la CGT, elle a bien connu Benoît Frachon, la scission, a ensuite intégré la FSM (Fédération Syndicale Mondiale), dont le siège était à Paris et qui a été délocalisé au moment de la guerre froide à Prague. Elle a beaucoup hésité mais heureusement pour elle, elle est restée en France. J’avais été
une première fois marié, j’ai perdu mon épouse dans un accident de la circulation, mes enfants étaient très jeunes et j’ai rencontré Laure dans la mouvance communiste.

C’est donc à travers elle entre autres que j’ai pu élargir ma vision de petit français démocratique et de gauche et même d’extrême gauche ! J’ignorais
beaucoup de choses et grâce à Laure j’ai découvert tout un monde qui m’a beaucoup enrichi.

C’est donc à travers elle que j’ai connu l’Association ou plutôt les prémices de l’AAFV. Nous nous sommes mariés en 1957, j’ai connu l’Association dès
sa création. L’AAFV n’est pas une génération spontanée. Je ne pense pas qu’elle ait connu Charles avant moi. Laure était dans le Mouvement de la Paix. Elle était partout ! J’ai donc rencontré Charles et quand je me suis retrouvé à la retraite, Laure m’a poussé à poursuivre mon militantisme syndicaliste « rapproches toi de l’Association, où tu verras, tu rencontreras
des gens extraordinaires », c’était en 1989.

C’est là que j’ai eu la chance de rencontrer Charles et d’autres aussi. J’allais trier les enveloppes sans aucune prétention. J’ai fréquenté Charles au moins une fois par semaine et ensuite deux fois par semaine.
Rapidement, j’ai gravi les échelons car on avait vraiment besoin de militants comme moi. Le premier local que j’ai connu, c’était près de l’avenue d’Italie, puis qu’on était hébergé rue Ballu : ensuite nous avons eu notre propre local à Montreuil rue de Rosny, dans une ancienne maison qui a disparu au moment de la reconstruction du quartier et ensuite
grâce aux bonnes relations que nous avions avec la Mairie nous avons obtenu le local que nous avons encore aujourd’hui. Mes relations avec Charles étaient très agréables, nous nous vouvoyions. Charles n’était pas une personnalité qui se mettait en avant, j’admirais beaucoup Charles, il y avait entre nous une distance, celle du respect. Ses connaissances étaient
impressionnantes…

Quelques années plus tard l’AAFV a été invitée à un colloque qui se tenait à Lille où nous sommes allés tous les deux. Nous avons partagé la même chambre et à ce moment-là Charles m’a demandé de le tutoyer ! Tout cela est peu de chose par rapport à la personnalité de Charles. J’ai beaucoup apprécié l’estime qu’il me témoignait, cela paraît un peu prétentieux mais il
me considérait comme la personne d’intergénération ! à mon âge cela paraît drôle de dire cela. Il avait sans doute apprécié mon sens des relations, ne pas porter de jugements trop hâtifs, aimant bien arranger les
choses.

Q. Et le Vietnam dans tout cela ?

J’ai été une première fois au Vietnam, grâce à ma belle fille et à la crise du pétrole au début des années quatre-vingt-dix. Ce fut un voyage au pas de course, assez difficile mais un voyage fascinant comme toute découverte. Ensuite je suis reparti avec la délégation de l’AAFV, Françoise Direr, Jeanine Toroni, Charles et moi du 30 août au 9 septembre 1995. La réception
était impressionnante puisqu’il y avait toutes les délégations du monde qui s’intéressaient au Vietnam. Et bien sûr nous étions considérés, je ne dirai pas comme des héros mais pas loin. Je me suis fait alors une réflexion personnelle : nous faisions partie de la délégation officielle et c’était la première fois que j’étais non pas dans la situation de celui qui applaudit mais encadré, honoré, entouré de motards… oh là là ! Comme l’ambition du pouvoir peut rapidement s’emparer d’un homme. Je m’en amuse mais je me suis fait cette réflexion ! Voilà ce qu’on peut dire de ce voyage officiel.
Une autre anecdote, nous étions complétement pris en charge, nous avions un ami vietnamien qui parlait peu français. Charles lui, a évidemment posé la question des relations avec la Chine. Comme il avait du mal à s’exprimer en Français, il a mimé la situation, les Chinois c’est comme ça (ils vous embrassent mais vous poignardent dans le dos).

Charles et Paulette, c’était un couple à l’ancienne,
dans le bon sens du terme. Ils ont eu des satisfactions
avec leurs enfants ».
Propos recueillis par DdM