Coup d’oeil sur Hanoi

Dernier ajout : 25 juillet 2008.

Maintenant quand nous sillonnons Hanoi nous sommes bien loin d’une ville en état de survie, celle des années de guerre ou de la période qui a précédé le Doi Moi. En effet durant cette trop longue guerre dont les effets se sont prolongés jusqu’à la levée de l’embargo américain, la vie artistique vietnamienne était réduite à seulement un noyau dur composé d’artistes de plusieurs générations. Une figure emblématique de cette période est sûrement Natacha Kraevskaia, arrivée à Hanoi à la fin des années 80, qui rassemblait autour d’elle ces mêmes artistes de toutes générations qui aspiraient à une vie meilleure et en rêvaient. Elle-même s’est mariée à Van Dan Tan, reconnu aujourd’hui. De ce vivier à l’origine de la nouvelle vague vietnamienne va naître Le Salon Natacha qui s’ouvre au public en 1992. C’est la première galerie privée de Hanoi. Natacha possède aujourd’hui l’une des collections vietnamiennes les plus authentiques : dons ou oublis des amis de l’époque. Il y a quelques années Natacha a dû enterrer sa jeunesse en fermant le Salon de sa maison du 30 Hàng Bông ouverte sur la rue. La poussée du marché a été telle qu’une nouvelle donne a vu le jour et s’est concrétisée avec l’arrivée au Vietnam d’une américaine, Suzanne Lecht.

De quoi et comment vivent les artistes vietnamiens ?
Ou les vietnamo-folies !

Avec l’ouverture à tout vent d’une économie encore balbutiante, la galerie de Suzanne Lecht, Art Vietnam Galery, vient de déménager au 7 Nguyen Khac Nhu où elle se déploie sur quatre niveaux. Suzanne Lecht a raflé la mise en quelques années et a littéralement jeté la jeune peinture vietnamienne sur le marché de l’art international. Elle fait le va et vient entre sa galerie des Etats Unis et Hanoi. Toutes les tendances y sont présentes. Le tout Hanoi court à ses vernissages d’expositions passées sous les fourches caudines du marché de l’art planétaire, celui du bon goût et des tendances. Un moindre mal mercantile et ça marche. Même des étrangers à la retraite au Vietnam arrivent à vivre de leur art dans ce contexte très spécifique ; c’est le cas de Jim Goodall ou d’autres qui finissent par confondre passe-temps et art.

Les courants se croisent.

Mylinh Nguyen navigue entre la France et le Vietnam. Depuis son enfance elle a vécu au sein des décisions culturelles vietnamiennes. Elle réalise des documentaires pour une chaîne culturelle de la télévision de Hanoi. En mars dernier sa première information a été de nous signaler le projet d’une maison de la culture vietnamienne qui va enfin se réaliser à Paris en 2009. Un immeuble a été acheté dans le 7ème arrondissement, mais il faut le restaurer, le décorer, établir des programmes et trouver les bons statuts pour cette nouvelle Institution. Avec son regard européanisé, elle est consciente de la situation et connaît bien ceux qui ont été au cœur du décollage vietnamien.

Une génération nombreuse et florissante directement née de l’après 75 forme aujourd’hui le gros d’une masse « artistique ». Dans un pays de près de 86 millions d’habitants dont 65% de moins de 25 ans, l’industrialisation n’ayant pas encore atteint un développement suffisant, le Renouveau vietnamien a pris une forme bien à lui. Peut-on dire que nous assistons à un développement artistique à deux vitesses ? D’une part des galeries florissantes et d’autre part une voie qui se veut d’avant - garde sous la houlette de ses pères, ceux -là mêmes qui entouraient Natacha : ces détenteurs de la tradition et de l’ouverture sur l’occident avec « toutes » ses nouvelles tendances ?
Depuis 1995, on a assisté à une véritable explosion, surtout à Hanoi.

Ceci dit le marché de l’art à l’intérieur du Vietnam reste pratiquement nul, même si quelques nouveaux riches très rares semblent y porter attention.
La population n’est pas encore assez riche et les prix calqués sur un prétendu marcher international entretiennent la confusion. Certains spéculent mais ce sont les mêmes dans le monde entier et en général ils ne prennent pas de risques inconsidérés, ce sont les lois du marché qui priment et rien d’autre. Le décalage est trop grand entre la connaissance d’un public qui n’est même plus capable de reconnaître l’authenticité d’un art populaire et de prétendues recherches diffusées largement et enseignées dans des Ecoles.
Ils sont très peu nombreux, ceux dont l’œil peut saisir l’authenticité d’une nouvelle perspectives ou d’un regard authentique sur le monde. La guerre avait laminé et seul l’artiste dont la production était sa vie avait résisté à tous les avatars. DdM

Ho Chi Minh Ville a vécu sa propre trajectoire et ce, depuis les années 20. Même si les relations restent étroites entre les deux pôles vietnamiens dans la mesure où les initiatives en la matière sont le plus souvent entre les mains de compatriotes descendus du nord, les fidèles qui se sont battus pour la réunification il y a plus ou moins longtemps. A Saigon trois écoles, création des Beaux Arts en 1908 :
- Ecole des arts décoratifs à Thue dau mot (Binh Duong)
- Dong Nai à Bien Hoa (1922)
- L’Ecole des beaux arts à Ho Chi Minh Ville
Ou encore une initiative de Tran Thi Huynh Nga femme du peintre Tran Trung Tin qui en 1997 a ouvert Blue Space Contemporary Arts Centre, à Ho Chi Minh Ville, à l’intention des jeunes peintres vietnamiens. Depuis d’autres initiatives ont été proposées avec succès mais n’oublions pas la magnifique galerie de Tuan, le principal collectionneur de Bui Xuan Phai (1920-1988)