De la Résistance à la guerre d’Indochine-Claude Collin

Dernier ajout : 23 avril 2012.

De la Résistance à la guerre d’Indochine


Claude Collin
Édit. Les Indes savantes 2011
Préface d’Alain Ruscio

- L’ouvrage de Claude Collin
est essentiellement
composé de cinq témoignages.
Il « met en scène » cinq voix d’hommes, d’hommes
communistes ou sympathisants qui, ayant activement
participé aux combats clandestins et militaires contre
l’occupant en France, se sont retrouvés soldats de la
puissance coloniale en Indochine entre 1945 et 1954.
Les témoignages sont encadrés par une introduction
et une conclusion qui les intègrent dans une polémique
des années 2000 et le cheminement qu’ils rapportent
pourrait nous paraître, aujourd’hui, assez paradoxal.
Cependant, Claude Collin, en rappelant le
contexte historique de 1945 et, surtout, l’ambiguïté
de la position des différents courants politiques français
vis-à-vis des relations entre la Métropole et ses
colonies, nous permet de ne pas aborder le discours
des actants de l’Histoire avec une vision simpliste et
anachronique du problème.

Le premier récit est constitué d’extraits du journal
manuscrit de René Canonge, présentés et mis en page
par Claude Collin. Les quatre autres sont des interviews
transcrits à la première personne de Daniel
Petit, Nathan Chapochnik, Charles Dubois et Albert
Clavier.

Employé de banque, fourreur, paysan, apprenti des
mille métiers, ce sont de très jeunes gens issus du
peuple, patriotes, indignés par la misère, l’injustice,
la barbarie, amenés par l’engagement de leurs prou par le hasard des rencontres, à entrer dans la Résistance.
Chacun d’eux raconte un peu de sa jeunesse, ses combats
de l’ombre, et dans la continuité de ce récit, démonte
les mécanismes du destin qui l’ont amené à se
trouver dans l’Armée en 1945, les uns sans l’avoir
vraiment voulu et croyant la quitter dans les mois suivant
la reddition du Japon, les autres croyant voir
dans la construction d’une armée véritablement républicaine
le devoir d’un résistant, dans la ligne même
de sa lutte pour la libération de la France, et imaginant
dans « l’Union française » une forme progressiste
de relation entre Métropole et colonie.

Pas plus avertis de la réalité du colonialisme que
l’écrasante majorité des Français, ils vont la rencontrer,
chacun à son poste, en Cochinchine et au Tonkin.
Leurs témoignages se recoupent lorsqu’ils décrivent
ce qu’ils découvrent alors : la grande misère des indigènes,
le mépris dans lequel les tiennent les colons et
l’administration, la violence exercée par les soldats
sur les civils …

Ils vont vite s’apercevoir que le rétablissement de
l’ordre n’est qu’un autre nom pour la défense de l’exploitation
et tenteront de faire le moins de mal possible
là où ils sont. Seul Albert Clavier « choisi(ra) le
Viêt-Minh » et entrera au service de la République
démocratique du Vietnam. Il raconte ces années,
riches et difficiles jusqu’à son retour en France en
1964.

En définitive, ces hommes « ordinaires » ont vécu,
certes, de violentes contradictions : l’Histoire les leur
a imposées. Mais quand on écoute leur émouvante
parole, on peut difficilement ignorer la ligne de cohérence
qui court sous leur discours et leurs actes :
l’amour de la liberté et le respect d’autrui.
Françoise Paradis