Duong Tuong, une belle rencontre, celle de l’un des derniers survivants d’une époque héroïque. Le « touche à tout et le bon à rien » comme il se définit lui- même avec dérision ne manque ni de finesse ni d’envergure. C’est un lettré parfaitement francophone connaissant bien la situation et la réalité de son pays.

« Dans le temps j’étais journaliste à l’AVI et interprète de la commission d’enquête des crimes de guerre des impérialistes américains. J’ai quitté l’école à 14 ans pour me joindre à la Révolution. Après les accords de Genève en 1954, je suis revenu à Hanoi. J’ai commencé à traduire des textes français et anglais. J’ai aussi pondu des poèmes et traduit plus de 50 livres, surtout des romans des grands auteurs, Tolstoï, Camus, « Autant en emporte le vent », Claude Simon… J’ai été critique d’art malgré moi surtout pour les arts plastiques. Je peins en hobby.

« Nous avons vécu un épanouissement sans précédent à la fin des années 90.
La bande des cinq - : Dang Xuan Hoa, Tran Huy Sy, Ha tri han, Pham Quang Vinh, Hong Viet Dung faisaient la une. Ils étaient très jeunes. Aujourd’hui, je crois que la peinture vietnamienne se porte bien. En partie et surtout à Hanoi parce que les activités culturelles proposées par les ambassades et leurs centres culturels sont variées : l’Espace (Signalons qu’en 2005 à l’Espace a été organisé une Installation accompagnée d’une publication… Une médiatisation sans précédent pour ces héros d’une autre époque), l’Institut Goethe, The British Council… sont des soutiens appréciables pour la recherche des jeunes et cela les encourage malgré les confusions que le commerce véhicule. La réussite rapide et le succès facile en a brisé plus d’un, grisés qu’ils étaient par l’appât du gain qui les incitaient à se livrer au commerce pour plaire. Le danger était évident, cela a empiré ces derniers temps. Par contre il y a Nguyen Minh Than, Nguyen Quang Huy, Ly Tran Quynh Giang et Dinh Y Nhi qui poursuivent d’authentiques recherches. Ils habitent à Hanoi. On peut trouver leurs peintures dans les plus grandes galeries vietnamiennes.

Il y a de plus en plus de jeunes artistes qui se frayent un chemin par eux-mêmes. Installations et performances se développent ici et là en marge des galeries.
Mais Bui Nhu Huong de son côté signale Tran Viet Phu, un jeune peintre naturaliste et très sensible.

Je m’inscris dans la mouvance du Mouvement des poètes humanistes qui a été réprimé (parallèlement à la Campagne des cent fleurs en 1957 en Chine) avec entre autres Hoang Cam toujours vivant et le poète Tran Dan maintenant disparu dont le fils Tran Trong Vu est peintre à Paris. J’ai légué ma Galerie Maï à ma fille et des peintures de Tran Trong Vu s’y vendent aussi.
Aujourd’hui je suis classé dans les dissidents ».

Est ce à dire que Duong Tuong a conquis une liberté qu’il ne peut plus lâcher, se souciant du climat nécessaire à ces jeunes qui pourraient être ses petits enfants ? L’âge venant Duong Truong ose parler, ose des Installations que la censure réprouve, il n’a jamais été aussi jeune auprès des jeunes et pour eux ! Dominique de Miscault