Économie du Vietnam 2008-2009

Dernier ajout : 15 janvier 2009.

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Daté du 13/02/2009, ce document émane du ministère belge des Affaires étrangères, service du Commerce extérieur et Coopération au Développement

VIETNAM (février 2009)

1. Introduction
2008 aura été une année de défis considérables pour l’économie vietnamienne. Les mesures prises au printemps pour contrer les effets de la "surchauffe" économique ont donné des premiers résultats encourageants. Les déséquilibres macroéconomiques (déficits publics et de la balance commerciale, inflation...) fragilisent cependant le pays dans le contexte actuel de crise internationale. L’année 2009 s’annonce encore plus difficile, le gouvernement ayant pris les premières mesures destinées à éviter une récession économique. L’objectif affiché de poursuite de la mise en œuvre des réformes structurelles engagées, dont tant la communauté d’affaires que les bailleurs de fonds encouragent l’accélération, rassure toutefois sur la capacité macroéconomique du pays à moyen terme. Toutefois, une crise économique longue pourrait mettre en danger la cohésion sociale du pays et miner les efforts couronnés de succès du gouvernement dans le domaine de la réduction de la pauvreté.

2. 2008 : l’année des turbulences économiques
Sept années consécutives de croissance supérieure à 7% (8,5% en 2007) ont permis un « décollage » spectaculaire de l’économie vietnamienne. Entre 2001 et 2007, le PIB a été multiplié par deux pour dépasser 71 milliards USD et les exportations par plus de trois pour atteindre 48,5 milliards USD.

Cette croissance exceptionnelle s’est accompagnée d’une accumulation de déséquilibres (creusement rapide du déficit commercial, hausse des dépenses publiques et du déficit public, emballement du crédit bancaire et tensions inflationnistes). Les autorités vietnamiennes, mises en garde contre les risques liés à la surchauffe de l’économie, ont réagi à partir de mai 2008 par une augmentation des taux d’intérêt, des coupes budgétaires pour certains investissements publics et le renforcement des procédures réglementaires sur les importations, notamment en termes de moyens de paiement, conduisant de fait à une réduction forcée de certaines importations.

Ces mesures portent en partie leurs fruits, mais les déséquilibres restent importants ; malgré des exportations extrêmement dynamiques, le déficit commercial avait bondi de 4,8 milliards USD en 2006 à 14,1 milliards USD en 2007.

Malgré la mise en place par les autorités de mesures ayant permis de ralentir cette tendance, le déficit commercial devrait approcher 20 milliards USD sur l’ensemble de l’année 2008, quelque 25% du PIB. Par ailleurs, les dépenses publiques ont été multipliées par deux en trois ans tandis que les recettes augmentaient de moins de 45% dans le même temps. Le déficit public s’est ainsi creusé à 5,5% du PIB en 2007. Malgré les annonces du gouvernement de son intention de réduire certaines dépenses d’investissements, ces dernières ont encore très fortement augmenté au troisième trimestre 2008, les portant à près de 14 milliards USD, soit autant que sur l’ensemble de l’année 2007. Enfin, des tensions inflationnistes se sont faites jour : la hausse des prix à la consommation, 12,6% fin 2007, a culminé à 28,3% en glissement annuel au mois d’août 2008, avant de légèrement refluer en octobre puis novembre.

3. Des déséquilibres préoccupants
Après l’annonce des mesures de "refroidissement" des autorités vietnamiennes en mai dernier, le FMI et la plupart des observateurs se montraient optimistes sur la capacité du pays à s’ajuster en douceur et à éviter une crise de balance des paiements. Pourtant, plusieurs risques subsistent :
- La politique monétaire semble hésitante. Si le pic de la hausse des prix a probablement été atteint au mois d’août, le problème de l’inflation est loin d’être réglé. Hors prix alimentaires, elle reste supérieure à 15% en glissement annuel. Or, la Banque d’Etat du Vietnam (SBV) a déjà procédé à 4 baisses de son taux directeur, ce qui pourrait mettre en doute la crédibilité de la politique monétaire de la SBV de lutte contre l’inflation et renforcer le sentiment du manque d’expérience de cette institution monétaire face à un système bancaire en voie de modernisation. Bien qu’en phase avec la tendance internationale à la baisse des taux d’intérêt, le Vietnam doit rester vigilant en matière de lutte contre l’inflation.

- Le déficit commercial reste très lourd (20 milliards USD, 25% du PIB) et n’est qu’en partie compensé par les transferts en provenance des Vietnamiens de l’étranger (estimés à 7 milliards USD en 2008 contre 6 milliards USD en 2007). Le déficit courant devrait approcher 15% du PIB sur l’ensemble de l’année 2008. Le bouclage du financement externe dépend donc essentiellement du maintien des flux d’aide publique au développement, des investissements directs étrangers et des transferts de la diaspora vietnamienne. S’agissant de l’aide publique au développement, l’abstention du Japon à concourir aux engagements 2009 dans le cadre du Groupe consultatif des bailleurs de fonds a jeté un certain émoi, même si le niveau global d’engagements est resté semblable à celui de 2008 (5,4 milliards USD en 2008 y compris le Japon - 5 milliards USD en 2009). On peut également s’inquiéter des flux d’Investissements Directs Etrangers (IDE) déboursés : ils ont atteint le montant record de 6,7 milliards USD en 2007 (contre 2,4 milliards USD en 2006) tandis que le gouvernement prévoit 11 milliards USD en 2008 et 2009. L’émergence du Vietnam est extrêmement rapide, mais encore très récente, et dans le contexte actuel, une remise en cause de certains investissements, ou du moins leur report, apparaît inévitable.

4. Les bailleurs de fonds et la communauté d’affaires sur la même ligne
La plupart des bailleurs de fonds partagent plus ou moins le scénario de base du FMI pour 2009, à savoir un recul prévisible des exportations (entraîné par la baisse des cours des matières premières d’une part et celle de la demande des marchés américain, européen et japonais pour les produits manufacturés d’autre part) compensé par une baisse mécanique des importations ; le déficit commercial se réduirait de moitié à 10 milliards USD (soit 10% du PIB) ; le financement externe serait bouclé grâce à l’aide publique au développement, à un flux d’IDE en recul mais toujours élevé (6 milliards USD en 2009 contre 9 milliards USD en 2008) et des transferts des expatriés à hauteur de 4 milliards USD (contre 7 milliards USD prévus en 2008). Le FMI prévoit une croissance d’environ 5% sur 2009.
Pour maintenir la croissance face à la baisse prévisible des exportations, la communauté d’affaires plaide pour la mise en place de mesures visant à renforcer la compétitivité des entreprises locales : accès au crédit, consolidation et renforcement du contrôle du système bancaire, privatisation des entreprises d’Etat, mise en œuvre des engagements de l’OMC en particulier dans le domaine de la distribution, accélération des projets d’infrastructure, limitation des augmentations salariales.

5. Des ajustements structurels indispensables à moyen terme
Le Vietnam demeure confronté à des problèmes structurels à moyen terme, que relèvent tant la communauté d’affaires (Vietnam Business Forum) que les bailleurs de fonds (CG meeting). Les acteurs économiques plaident en effet pour :

- Le développement des infrastructures, dont les besoins sur 5 ans sont estimés à 139 milliards USD, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des transports. Compte tenu de capacités et ressources financières susceptibles d’être réduites, l’appel au secteur privé apparait vivement souhaitable, notamment grâce à la mise en place d’une législation moderne en matière de partenariat public privé.
- Une modernisation et un assainissement du secteur bancaire.
- Une adaptation du secteur public, dont les investissements en projets d’infrastructure ne sont pas toujours rationnels et la lenteur de la restructuration des entreprises industrielles et commerciales d’État, souvent mal gérées, peu compétitives, ayant surinvesti dans le secteur financier et surprotégées d’une concurrence globale. Fin 2008, guère plus de 15% du programme de dénationalisation des quelques 1.700 entreprises d’Etat était achevé, tandis qu’à l’inverse, le gouvernement semblait favoriser la transformation de sociétés générales d’État (General Corporations 91) en groupes économiques à fort caractère monopolistique.
- Des investissements massifs en formation pour palier le manque de main d’œuvre spécialisée.

6. Conclusions
Par l’annonce, lors du groupe consultatif des bailleurs, d’engagements d’Aides Publiques au Développement (APD) pour 2009 supérieurs à ceux de 2008 (si l’on ne tient pas compte de la suspension conjoncturelle de l’APD japonaise), les bailleurs de fonds ont une nouvelle fois manifesté leur confiance dans la capacité du Vietnam à faire face tant à la crise internationale qu’aux défis à long terme auxquels le pays doit faire face.
À mi-parcours de la mise en œuvre de son plan quinquennal de développement socio-économique, le Vietnam s’est vu encourager à accélérer son programme de réformes structurelles, en particulier la privatisation des entreprises d’État, à améliorer la qualité des informations financières et fiscales, et à mener une politique monétaire et fiscale équilibrée entre croissance et stabilité.

Rappelant que face aux impacts de la crise internationale, la stabilité socio-économique du pays restait la priorité absolue, le Premier ministre vietnamien a répondu que les objectifs révisés de croissance de 6,5% pour l’année 2009 s’appuyaient sur la mise en œuvre d’une politique économique et sociale qui se devait d’être à la fois stricte et prudente, tenant compte du recul prévisible des éléments moteur de celle-ci : les exportations, les investissements étrangers directs et indirects, et les transferts des Vietnamiens de l’étranger. Admettant explicitement que le pays faisait face à une récession économique potentielle, le gouvernement annonçait début décembre un premier plan de mesures de plusieurs milliards de dollars (entre 1 et 6) destinées à en enrayer les effets, largement soutenu par les bailleurs de fonds. Toutefois, cette politique pourrait ne pas être suffisante pour contrebalancer toutes les conséquences plausibles d’une crise mondiale de longue durée.
Autre point de satisfaction face aux menaces de récession, le Premier ministre a réaffirmé la volonté de son pays de poursuivre son intégration internationale, notamment par le respect de ses engagements bi et multilatéraux, y compris dans le cadre de l’accord de libre échange ASEAN dont les négociations semblent piétiner depuis quelques mois.

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Économie au Vietnam