Entretien avec Le Général Pham Hong Cu

Dernier ajout : 24 janvier 2010.

Entretien, à Hanoi, avec Le Général Pham Hong Cu

« Je suis un ancien combattant et un résistant.
Je suis un témoin, aujourd’hui peu compétant car je suis en retraite depuis 15 ans.
Mais chaque mois le Parti rassemble les siens…Anciens combattants, nous sommes toute une génération de volontaires pour une guerre qui a duré trente ans, ce qui représente 10 000 journées entre 1945 et 1975.

Évidemment, il y a eu des privilèges pour les volontaires anciens combattants invalides ou bléssés. En 1948 j’ai été blessé au bassin. Je bénéficie donc d’un régime d’invalide et d’un carnet qui est répertorié en 4 catégories. Si le soldat est mort sur le champ de bataille, la famille reçoit le titre de “Famille du soldat tombé au champ d’honeur” et fait l’objet de vénération et de respect. Comme « un général en retraite » [1]‬ j’ai bénéficié d’avantages certains, ma maison m’a été donnée pour une somme symbolique et c’est considéré comme un don du peuple. Évidemment tout le monde ne bénéficie pas des mêmes avantages, d’autres officiers en retraite retournent sur leur terre avec un don, comme du matériel de construction.

Le 27 juillet c’est la journée des blessés et des morts tombés au champ d’honneur. Traditionnellement, les enfants viennent offrir des fleurs. Le 15è jour du 7è mois lunaire est consacré aux âmes errantes.
Sur la Nationale N°9 à Quang Tri, il y a un cimetière réservé aux morts tombés sur la route Ho Chi Minh - Au cimetière du Truong Son on a dénombré 10 000 morts. Il y a eu aussi sur l’ensemble du territoire en guerre, un nombre incalculable de soldats disparus et même lors de la dernière bataille avant les accords de Genève. Le mari de Dao, Pham Hong Son Un autre beau-frère du Général Giap a gagné tous les combats en économisant le sang de ses soldats (s’il y avait trop de blessés le Général Giap réprimandait les chefs). Le général en chef de l’APV Pham Hong Son est très intelligent, il dirigeait le Régiment Bac Bac dans la Province de Bac Ninh, Bac Giang « Nous reviendrons sur la terre natale du Régiment » avec l’aide de la population il a attaqué les postes et les bunkers à ciel ouvert.
Les français ont utilisé des bombes au napalm ; il y a eu 318 morts en trois jours dit il avec beaucoup d’émotion.

L’État a donné des décorations aux mères des morts pour la Patrie, ce sont « les mères héroïques », mais c’est aussi le nom donné à cette décoration. J’ai une voisine qui détient ce titre. Ma mère a reçu ce titre car mon frère est tombé à Dien Bien Phu, trois heures avant la victoire, en s’approchant du poste de commandement du Général de Castries [2] . Il est tombé sous une bombe française.
Tout bien considéré l’armée vietnamienne est une armée du peuple, il y a des miliers de « mères héroïques ».

Aujourd’hui les soldats servent encore l’État, le service militaire est obligatoire à 18 ans et dure 18 mois. Il y a une école pour former les générations futures à préserver la Paix et ils retournent à l’état- civil. Il y a aussi au sein de l’armée des écoles de pratiques industrielles qui apprenent les métiers nécessaires, surtout des chauffeurs ou des mécanos, électriciens qui sont en trop petit nombre, des motards…

Aperçu sur l’armée. « L’armée pour ainsi dire est née avant le gouvernement du pays. Le gouvernement a été créée le 2 septembre 1945, alors que le premier groupe armée a été formé le 22 décembre 1944. C’est Ho Chi Minh lui même qui donnait les directives à l’« armée de Libération et de Propagande »… Il était l’agent de propagande pour provoquer l’amour du peuple, la révolution. Avec cet appui, il pouvait agir, l’armée est née du peuple – une armée qui combattait pour le peuple.

« Tu nhân dân ma ra, vi nhân dân phuc vu » [3]
Au Vietnam, le peuple distinguent deux sortes d’armées :
Une armée qu’il craint, celle des envahisseurs ou des agresseurs et la sienne, celle ci nous la vénérons et nous l’aimons. Le plus important c’est la nature de l’armée, ce sont les soldats de Ho Chi Minh.
Les agresseurs font appel à une politique de diversion. La nature de l’armée est importante, si la population ne soutient pas l’armée, l’armée ne peut pas combattre. La guérilla a été une aide très importante. Même les plus pauvres aidaient.

Des légionnaires par idéologie et propagande sont venus de notre côté pour combattre.
Henri Martin, Raymonde Dien… « Un jour je reverrai ma Normandie…
Est ce qu’Henri Martin est né en Normandie ? Non, il est né à Rosières, dans le Cher.

La cause du combat et la nature de notre armée ont fait la victoire. Sans l’appui du peuple nous étions perdus.
L’armée encore aujourd’hui aide le peuple et émane de lui.
C’est une armée de combat, de travail et de production par le travail et non une armée de métier.
Des ingénieurs font des ponts et des routes dans tout le pays, il y a une réserve d’ingénieurs par exemple la Compagnie N°12 qui travaille pour l’économie et l’armée.
La Compagnie N°15 travaille dans les plantations d’hévéa, sur les hauts plateaux et garde les frontières, elle participe au relèvement du niveau de vie. Les militaires emmènent leur famille et encadrent les minorités éthniques et participent ainsi au relèvement du niveau de vie.

En cas d’orage ou de typhons sur la côte ou en mer, l’armée intervient en aidant les pêcheurs et les gardes-côtes.
Les gardes-frontières organisent des écoles et des infirmeries, ils participent à l’alphabétisasion.

Il y a deux formes d’armée, une armée d’active et une armée de reserve.
Le pays est petit mais nous avons une longue histoire de combat contre les envahisseurs. Nos ancêtres nous ont transmis l’art du combat et de l’organisation.

La résistance contre les américains, c’était David contre Goliath. Les journalistes sont intervenus. Le général Giap explique « la raison de ce paradoxe s’inscrit dans la nuit de l’Histoire ». En 1000 ans, il n’y a pas eu d’assimilation, pourtant il y a eu quatre grandes résistance surtout au XIIIè siècle contre les Mongols.

Exemple la Route Ho Chi Minh a aidé le Laos et le Cambodge, l’aide a été réciproque. Tout le pays se bat pour le pays, l’art militaire est un art original”.
propos recueillis par Dominique de Miscault

Notes

[1NGUYEN Huy Thiêp : "Un général à la retraite"Éditions de l’Aube 1990-L’été 1987, au lendemain du 6e congré du parti communiste vietnamien tenu sous la banière du "renouveau", une nouvelle écrite par un inconnu provoqua un véritable séisme dans l’opinion publique du vietnam. Ses lecteurs , y compris ceux de la diaspora, y reconnurent le portrait bouleversant d’exactitude d’une époque - celle du Vietnam après la révolution.
Un général à la retraite - ainsi s’intitule cette nouvelle - qui tire sa force de son absolu réalisme. D’une écriture elliptique, dégraissée, qui vise au constat, avec une sélection de situation types qui confinent au reportage , cette nouvelle très courte prend à bras le corps, les contradictions les plus cruciales de la société vietnamienne

[2Christian de La Croix de Castries (1902-1990), général, qui commanda le camp retranché de Diên Biên Phu.

[3L’armée est née du peuple et une armée qui combat pour le peuple