Évolution de l’enseignement supérieur

Dernier ajout : 24 octobre 2008.

ÉVOLUTION DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

60% DES ÉTUDIANTS FORMÉS DANS DES UNIVERSITÉS PRIVÉES EN 2020

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Université Nationale de Hanoi
ancienne université d’Indochine

Le « plan révisé du réseau d’enseignement supérieur 2006-2010 » du 24 avril 2006, fixe à 60% le pourcentage des étudiants qui devront être formés dans des universités privées en 2020. Cet objectif peut paraître surprenant dans un pays dirigé par un parti communiste. Ce n’est pas un choix idéologique en faveur du secteur privé mais un choix dicté par des contraintes pratiques. Pour maintenir un taux de croissance économique annuel de 7 à 8%, le Vietnam doit au plus vite augmenter ses effectifs de cadres correctement formés. Le budget national ne peut financer un tel effort. Les universités et instituts publics demeureront mais, à côté, les universités privées, nationales ou étrangères, fourniront l’essentiel de l’accroissement des capacités de formation supérieure.

En 2007, Il y avait 1,4 millions d’étudiants soit 11,5 % d’une classe d’âge, et 311 établissements d’enseignement supérieur dont 146 de statut universitaire. Pour accroître la capacité de formation, le gouvernement mise en priorité sur le privé. 90 établissements d’enseignement supérieur sont en construction ou en projet pour être achevés en 2010 : 37 publics et 53 privés du secteur national ou international. A l’horizon 2020 le réseau d’éducation supérieure devra avoir doublé. Il faut aussi relever le niveau des enseignants du supérieur : seuls 13,1 % ont un doctorat et 31,6 % une maîtrise. La formation d’un docteur est longue et coûteuse. Pour tenir le rythme prévu par le plan, il n’y a pas d’autre moyen, estime le Vietnam, que de faire appel au privé et à l’étranger.

Il y a peu de résistance de principe à ce choix politique décisif, car le Vietnam n’a pas de tradition universitaire proprement nationale à laquelle se sentir attaché. A l’époque impériale les mandarins étaient formés à Văn Miếu (temple de la littérature) sur le modèle chinois. La langue d’enseignement était le chinois. Les matières étudiées étaient les classiques chinois. Les concours étaient décalqués des concours chinois. A l’époque coloniale, l’Université d’Indochine à Hanoi reproduisait une université française, enseignait en français. Les instituts supérieurs spécialisés en médecine, agronomie, étaient de modèle français. Puis, au Vietnam Nord l’organisation de l’enseignement supérieur a été marquée par l’influence soviétique. Il en subsiste des fleurons réputés : l’Institut polytechnique de Hanoi ou l’Université d’économie nationale. L’URSS a reproduit au Vietnam son système d’instituts spécialisés dépendant des ministères sectoriels. Ainsi, à la fin de la décennie 1990, il y avait une Université de la justice dépendant du ministère de la justice et une faculté de droit à l’Université de Hanoi avec des programmes similaires, un institut des énergies renouvelables dépendant du ministère de l’énergie et un autre similaire à l’Institut polytechnique de Hanoi. Des exemples semblables étaient nombreux. Ces doublons étaient coûteux et peu productifs. Une réforme s’imposait.

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Université de Hué

La création des trois Universités nationales au milieu des années 1990 visait à regrouper les établissements universitaires en trois pôles, Hanoi, Hô Chi Minh ville et Hué Da Nang. Il fallait fusionner des établissements inutilement concurrents, en supprimer, donner une cohérence à un ensemble disparate. Une décennie a passé et cette réorganisation est loin d’être achevée. Elle a rencontré des résistances au sein du corps enseignant, chaque institution restant jalouse de son autonomie. D’autant qu’un des objectifs sous jacents du projet était de mieux assurer le contrôle politique du Parti sur les enseignants et les étudiants. Après les manifestations étudiantes en Chine qui avaient abouti à la répression de la place Tian Anmen, le Vietnam voulait éviter de se laisser surprendre par des mouvements incontrôlés au sein de l’Université. D’ailleurs le recteur de l’université nationale N°1, (Hanoi), Dao Trong Thi, est membre titulaire du comité central du Parti communiste et le vice-recteur de l’université N°2, (HCM ville ), Phan Thanh Binh, est premier membre suppléant du comité central.

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Un autre objectif était de moderniser la pédagogie encore fortement marquée par la tradition confucéenne de transmission du savoir, respectueuse du maître et peu ouverte au débat critique. Il fallait enfin réformer les modalités des concours d’entrée dans les universités et mettre de l’ordre dans les frais d’inscription, même si le principe du concours et des études payantes n’était pas mis en cause.

L’ouverture de l’enseignement supérieur au secteur privé national ou étranger pose trois problèmes. Le premier est celui de la concurrence avec le secteur public que celui-ci est mal armé à soutenir victorieusement. Les droits d’inscription sont supérieurs dans les universités privées. Elles attireront les enfants des familles les plus aisées, et sans doute les meilleurs professeurs mieux payés que dans le public. Les professeurs compétents du secteur public, alléchés par ces rémunérations peuvent déserter l’université publique. Le gouvernement semble compter sur cette concurrence comme facteur d’émulation pour améliorer la productivité du secteur public.

Le second problème est celui du contrôle politique sur les universités privées. Elles risquent, surtout si elles sont étrangères et anglo-saxonnes de devenir des foyers de diffusion des idées de démocratie occidentale. Le gouvernement conscient du risque a esquissé un mouvement de repli. En 2004, seule une université étrangère, australienne, avait été agréée et fonctionnait. De nombreux dossiers d’agrément étaient en instance dont celui d’une université privée française. Ils ont été gelés. Après réflexion, le gouvernement a décidé en 2006 que dorénavant toutes les universités privées seraient intégrées à l’une des trois universités nationales en tant que pôles internationaux et seront du même coup, placées sous tutelle du recteur.

Depuis le paysage de l’enseignement supérieur est en effervescence. Quatre projets d’universités étrangères sont en cours, Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, et le projet français resurgit. La Banque mondiale a accordé 400 Mn$ au Vietnam pour lancer ces projets. Et les projets d’universités privées proprement vietnamiennes fleurissent. Un programme « d’enseignement supérieur avancé » décidé en 2006 se met en place. Il est désormais appliqué dans 17 établissements universitaires du pays : 23 enseignements de pointe y sont dispensés, en anglais, selon les normes internationales, avec le concours de professeurs étrangers.
Le troisième problème est celui de la langue d’enseignement. Dans le secteur public l’enseignement est assuré en vietnamien. Les universités privées, d’origine nationale ou étrangère sont enclines à choisir l’anglais. Déjà le Centre franco-vietnamien d’enseignement de la gestion, CFVG, bien qu’intégré dans l’Université publique d’économie nationale et financé majoritairement par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, enseigne essentiellement en anglais. Enseigner en vietnamien réduit le marché aux seuls Vietnamiens et exclut de recourir à des professeurs étrangers. Enseigner en anglais ouvre le marché aux pays de l’ASEAN. Et une image d’ouverture au monde et de modernité est attachée à l’anglais à laquelle les promoteurs d’université privée sont sensibles. Enfin toutes les entreprises étrangères au Vietnam utilisent l’anglais comme langue de travail, même les françaises. Il y a donc un risque que de proche en proche le vietnamien se voie exclu de l’enseignement supérieur. L’appauvrissement de la langue en serait la conséquence. Certains universitaires vietnamiens alertent le gouvernement sur ce risque.

Le Vietnam estime que la formation supérieure et la recherche sont les facteurs déterminants du développement de son économie. Partout en Asie la formation supérieure est d’abord perçue comme un marché concurrentiel, un marché d’offre. Les grandes universités des pays développés cherchent à essaimer à travers le monde pour accroître leur notoriété. Le Vietnam ne veut pas rester hors de ce marché dont son économie peut bénéficier. Le classement des 500 meilleures universités du monde établi depuis 2003 par l’Université chinoise Jiao Tong de Shanghai fait autorité en Asie. Y voir figurer un jour une université établie sur le sol vietnamien donnerait au pays un atout d’attractivité pour les investisseurs. Enfin comme pratiquement toutes les universités en Asie sont payantes et accessibles sur concours, la distinction entre universités publiques et universités privées est moins tranchée qu’en France. Dans toute l’aire culturelle chinoise, le savoir est conçu comme moyen de promotion à la fois sociale et morale. Dans la tradition confucéenne, le savoir doit permettre de s’élever de « l’homme de peu » vers « l’homme de bien ». Les familles sont prêtes à affecter 50% de leurs revenus, parfois plus, pour l’éducation de leurs enfants.

La mondialisation organise aujourd’hui la configuration des forces économiques et politiques. Le Vietnam estime devoir s’y adapter, coûte que coûte, par l’éducation pour rester efficace.

Philippe DELALANDE

Quatre expositions sur l’éducation aux États-Unis se tiendront en octobre à Hanoi et à Ho Chi Minh-Ville. La manifestation organisée par l’American Community College a donné le coup d’envoi à Ho Chi Minh –Ville le 1er octobre et à Hanoi deux jours plus tard : des représentants de 23 universités ont donné aux étudiants vietnamiens des informations sur leurs programmes. Ensuite l’exposition sur l’Education américaine sera présentée dans les deux villes. L’événement permettra aux étudiants et à leurs familles de discuter avec des représentants qualifiés des universités américaines. On attend un nombre record de participants, avec 95 universités à Ho Chi Minh-Ville et 52 à Hanoi.
Ces initiatives sont organisées par l’IIE-Vietnam*, organisation à buts non lucratifs créée n 1919, basée à New York et présente au Vietnam depuis 1997. (AVI)
*IIE : Institute of International Éducation, connu notamment pour ses programmes Fulbright.