Évolution des enseignements primaire et secondaire de base

Dernier ajout : 24 octobre 2008.

ÉVOLUTION DES ENSEIGNEMENTS PRIMAIRE ET SECONDAIRE DE BASE

De même que l’alphabétisation des adultes, l’enseignement primaire et l’enseignement secondaire de base (1er cycle) poursuivent leur marche vers la généralisation, conformément aux objectifs définis dans la Stratégie du développement de l’éducation pour 2010. Il s’agit de passer d’un taux de scolarisation de 95% en 2005 à 98% en 2010 pour le primaire, et de 82 % à 90% pour le secondaire de base.

En 2008 ces objectifs sont proches de leur réalisation, mais la marge qui demeure est de plus en plus difficile à réduire. Cette marge en effet n’est pas simplement statistique, ni seulement assujettie aux ressources budgétaires de l’État, non plus qu’aux seules capacités financières des familles concernées, même si les inégalités de scolarisation sont aussi le reflet des inégalités de niveau de vie. Cette marge est avant tout culturelle et sociale, et les déficits de scolarisation qui restent à résorber concernent avant tout les groupes de populations désignés par l’appellation « minorités ethniques », et…les filles. Ces deux catégories de population souffrent de handicaps scolaires spécifiques et font l’objet de politiques plus ou moins affirmées, selon le cas, et avec des résultats inégaux.

Des efforts particuliers sont faits en faveur des populations qui habitent, selon la formule consacrée, dans les « zones montagneuses, lointaines et reculées ». Il faut comprendre par là qu’il s’agit des ethnies montagnardes d’une part, ensuite des familles (entre autres de militaires qui y maintiennent une présence) qui vivent dans les archipels Paracels et Spratley, et enfin des populations dispersées dans le delta du Mékong ou des familles de pêcheurs vivant sur leur bateau dans la baie de Ha Long.
Les ethnies montagnardes sont le plus souvent des isolats ethniques et linguistiques vivant dans la ruralité et la pauvreté, et qui ont longtemps fait l’objet d’un double discrédit. Le premier est celui de leur mode de vie considéré comme archaïque, bien qu’exploité sur le plan touristique dans la région du Nord-Ouest. Le second est celui de leur patriotisme considéré comme douteux dans la région des hauts plateaux du Centre (certaines zones sont d’ailleurs interdites au tourisme). Il faut dire que cette dernière région a servi de déversoir à des migrations organisées pour alléger la pression démographique du delta du Fleuve Rouge et que les nouveaux colons ont occupé de grandes superficies pour y développer la culture du caféier, et avec le succès agronomique (et commercial) mondial que l’on sait.

Face à des difficultés de ce type, la politique éducative s’est adaptée et, peut-on dire, assouplie. Plutôt que de tirer les enfants et les familles vers son cadre classique et auto-centré, c’est le cadre scolaire qui s’est adapté, et l’offre qui s’est enrichie et diversifiée. Il y a ainsi dans la baie de Ha Long des bateaux-écoles qui accompagnent les flottilles des familles de pêcheurs dans leurs pérégrinations. Par ailleurs la plupart des hameaux et villages dans les zones montagnardes ou dans les hauts plateaux disposent maintenant d’écoles maternelles, selon le Ministère de l’Éducation et de la formation [1]. De plus des classes préparatoires sont organisées sous diverses formes, et les enfants y suivent des cours intensifs de vietnamien avant l’entrée dans l’école primaire.

Le pourcentage des enfants d’ethnies minoritaires qui sont scolarisés en primaire augmente lentement, mais régulièrement, tout en restant encore plutôt bas (12,9% en 2002-2003 et 13,7% en 2005-2006), ce qui donne une idée du retard accumulé et de l’effort qui reste à accomplir. En effet, le principe de la planification de l’éducation est qu’il y ait un collège dans chaque commune et un lycée dans chaque district, et le réseau d’écoles se diversifie ainsi, progressivement, dans toutes les régions peuplées de minorités ethniques. S’y ajoutent des filières de formation professionnelle. Il ne suffit pas cependant de créer des écoles ou des collèges, il faut encore que les élèves y restent. On en est venu ainsi à l’idée de créer des écoles spécifiques réservées aux ethnies minoritaires. Ce sont des écoles-internats qui permettent de réduire les déperditions. Il s’agit aussi de former des cadres « autochtones », et 4 écoles supérieures ont été créées depuis 1990.

Le Vietnam poursuit sa marche en avant dans le domaine éducatif, mais de nombreuses difficultés, autant sociologiques que statistiques, restent à surmonter. Il en va ainsi de la question de l’inégale scolarisation des filles par rapport aux garçons, au demeurant peu évoquée dans le pays. La place éminente de la mère dans le système familial et l’existence de quelques personnalités féminines célèbres dans la politique, la littérature, les beaux-arts, la musique ou la recherche contribuent sans doute à cette quasi-occultation. Cependant la vogue des questions de genre dans les sciences sociales, venue principalement des pays anglo-saxons, de plus en plus influents culturellement, fait que les chercheurs vietnamiens commencent à s’y intéresser. Une récente étude [2]dresse ainsi un panorama éloquent.

Si une quasi égalité garçons-filles (49% de filles en 2000-2001) existe dans l’enseignement maternel, la proportion de filles s’amenuise régulièrement quand on s’élève dans les niveaux d’enseignement, pour ne plus atteindre que 43% dans l’enseignement supérieur, du fait principalement que les filles monopolisent quasiment (70%) les abandons scolaires, et que c’est une majorité de filles (près de 53%) qui a bifurqué vers l’enseignement secondaire technique et professionnel. Les garçons de leur côté sont les plus nombreux dans les disciplines scientifiques et techniques des universités, et les filles dans les disciplines plus littéraires. Il est souligné par ailleurs que plus les familles sont pauvres, plus grands sont les écarts scolaires entre les garçons et les filles, et au détriment, bien sûr, de ces dernières.

Les stéréotypes de genre sont bien sûr issus des mentalités et des positions sociales, politiques et économiques inégales entre les hommes et les femmes et qu’ils tendent à reproduire. Ils sont aussi véhiculés dans les manuels scolaires qui restent, de ce point de vue, extrêmement traditionnels et dans la grande conformité prônée par Confucius. Ces manuels sont bien sûr contrôlés par un comité spécialisé, mais ce dernier n’a de compétence que sur les contenus pédagogiques, et pas sur les questions de genre.

Se posent enfin les questions liées à la qualité de l’éducation, questions issues d’un héritage rustique, celui d’un système dépourvu de moyens qu’avait été celui monté dans les maquis du Nord Viêtnam avant 1954 et incluant un nombre d’heures officielles d’enseignement inférieur à la moyenne internationale, (et cela encore pour des raisons financières). Ces questions suscitent un vrai débat national depuis la fin du COMECON et de l’embargo américain, et l’ouverture progressive du pays au monde extérieur. Le rêve des familles aisées est maintenant d’envoyer leurs enfants se former à l’étranger, et en particulier dans les pays où la langue anglaise est la langue d’enseignement.

Jean-Yves MARTIN, (IRD)

Notes

[1Courrier du Vietnam, 12/05/08

[2Do Thi Bich Loan. "Gender issues in education in Vietnam" NIED, Hanoi

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