Hillary Clinton au Vietnam

Dernier ajout : 9 octobre 2010.

HILLARY CLINTON AU VIETNAM FIN JUILLET 2010

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La secrétaire d’État Hillary Clinton voyage beaucoup et, dans ses fonctions ministérielles, vient d’accomplir une cinquième visite en Asie, avec Kaboul, Séoul et Hanoï pour escales. Dans la capitale vietnamienne, elle s’est entretenue avec le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Pham Gia Khiem et a participé aux assises de l’Association des Nations de l’Asie du sud-est (ASEAN) dont la République socialiste du Vietnam exerce actuellement la présidence tournante. Plus précisément, à la rencontre annuelle EU/ASEAN et au Forum régional auquel cette dernière convie ses principaux partenaires, parmi lesquels l’Union européenne, la Russie, la Chine, le Japon, l’Inde et les deux États coréens.
Dans le cours de ses rencontres multilatérales, outre les thèmes classiques du commerce, de l’environnement et du terrorisme, la secrétaire d’État a abordé la situation prévalant en Birmanie ou Myanmar et dans la péninsule coréenne. Elle n’a pas obtenu l’adhésion de ses interlocuteurs à la thèse des États-Unis et de la République de Corée concernant le naufrage de la corvette Cheonan, les membres de l’ASEAN s’en tenant ici à la déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU. Le plus important, et qui a été souligné par les observateurs, ont été ses déclarations à propos de la mer dite de Chine méridionale, que le Vietnam appelle, non sans raisons, mer Orientale, déclarations reprises lors d’une conférence de presse donnée le 23 juillet. On peut les résumer ainsi : les États-Unis ne se prononcent pas sur la délimitation des eaux territoriales et des zones économiques exclusives des Etats riverains, laquelle découle uniquement de droits légitimes sur les terres émergées ; ceux-ci ne sauraient être énoncés et les différends éventuels ne peuvent être surmontés qu’en conformité avec la Convention internationale sur le droit de la mer, texte fondamental que les Etats-Unis n’ont par ailleurs toujours pas signé ; ces derniers considèrent néanmoins que la liberté de navigation et l’accès aux biens maritimes communs sont intangibles, raison pour laquelle ils apportent leur soutien au Code de bonne conduite conclu en 2002 entre les membres de l’ASEAN et la Chine à propos de l’archipel des Spratleys et des eaux qui l’entourent.
Cette prise de position a apparemment surpris les responsables chinois présents au Forum, étonnement suivi de vives réactions de la part de leurs médias. Il apparaît clairement que dans ses relations étroites, complexes et contradictoires avec la République Populaire de Chine, l’administration Obama entend se rapprocher de l’ASEAN pour faire contrepoids et ce qui a été dit à propos de la mer Orientale vaut aussi pour les projets d’aménagement du Haut-Mékong par la Chine, Washington annonçant une contribution de 187 millions de dollars à l’ « Initiative du Bas-Mékong » qui regroupe le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam.
Un certain nombre de documents définissant la doctrine de la présente administration américaine pointent l’Indonésie et le Vietnam comme des partenaires prometteurs en Asie du sud-est. Cela n’a guère incité la secrétaire d’État, interrogée à ce propos lors de sa conférence de presse du 22 juillet avec le ministre Pham Gia Khiem, à se montrer loquace au sujet des victimes de l’Agent orange. Elle s’est cependant réjouie de l’amorce d’une coopération bilatérale en matière d’énergie nucléaire et a signé, avec la ministre de la justice Ha Hung Cuong, un accord quinquennal de partenariat dans la lutte contre le sida.
Le quinzième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la RSVN et les EU a été célébré à la mi-août. Dans ce cadre, le porte-avions nucléaire George Washington, qui venait de participer à d’importantes manoeuvres militaires avec la flotte sud-coréenne, s’est rendu aux abords de Danang dont le port devait accueillir, quelques moments plus tard, le destroyer John McCain Jr. Des exercices de sauvetage en mer ont été conduits avec la marine vietnamienne.
« Perspectives » reviendra plus longuement sur l’année de présidence vietnamienne de l’ASEAN.
Patrice Jorland