Histoire de Pao

Dernier ajout : 28 août 2008.

Histoire de Pao

A l’occasion de la visite du premier ministre vietnamien, le cinéma, La Pagode a eu la bonne idée d’organiser un mini- festival en programmant trois films : « Histoire de Pao » de Ngô Quang Hài, ainsi que « Le Destin » de Nguyen Manh Tuân et « Vivre dans la peur » de Bùi Thac Chuyên, tous inédits en France -malheureusement pour une unique séance.

On rentre dans l’histoire de Pao comme dans un tableau du douanier Rousseau : c’est exubérant et innocent. L’exubérance, c’est celle des paysages, montagnes aigues mangées de végétation où le brouillard s’accroche, vallées luxuriantes. Paysages des confins entre Chine et Vietnam, paysages d’estampes. C’est aussi celle des costumes des ethnies : Dao, Hmong fleurs… L’innocence c’est celle de la jeune héroïne hmong, d’une beauté pure, qui tombe amoureuse pour la première fois de sa vie d’un charmant joueur de flûte –oh, à la manière très pudique des vietnamiens, les épaules s’effleurent, les mains se touchent… Pao a eu deux mamans : sa « vieille maman » qui l’a élevée, aimée –et qu’elle aime, et sa « maman Sim » qu’on a fait venir pour engendrer un garçon –d’abord, ça a été une fille, alors « maman Sim » a engendré deux enfants, puis est repartie, revenue, au gré du petit négoce qu’elle a pu monter. Pao n’aime pas la voir, mais à la disparition de la « vieille maman », qui ressemble bien à un suicide, avec ces vêtements déposés près d’une chute d’eau, Pao va rechercher « maman Sim », pour consoler son père qui ne fait plus que boire et fumer, au cours d’un road-movie dans des cars cahotants sur des routes défoncées, de Hà Giang à Lai Châu, et découvre le cruel monde des adultes : « maman Sim » s’est mariée ; et la « vieille maman » est en fait partie vivre avec son amant. Ainsi ces deux femmes ont été malheureuses, l’une de n’être rien d’autre que le ventre qui a permis au foyer d’avoir des enfants ; l’autre de n‘être rien d’autre qu’une femme stérile.

Bien sûr, le film est un peu pataud et prend, par moment, des petits côtés de carte postale (la soirée à Sa Pa…). Ce n’est sûrement pas involontaire : on sait que les vietnamiens, jusqu’à présent, ont très peu voyagé et que les Kinhs des villes regardent les ethnies montagnardes comme Disney Land….

On fait, forcément, des comparaisons avec ce film chinois récent, « Le mariage de Tuya ». Le père de Pao a deux femmes : Tuya, elle, se retrouve avec deux hommes puisqu’elle doit se remarier pour faire vivre sa famille et son premier époux devenu invalide. On ne va pas comparer l’oeuvre de Ngô Quang Hâi avec celle d’un cinéaste accompli comme Wang Quan An. Ce qui est intéressant (en dehors du fait que les deux familles sont isolées au sein d’une nature magique qui contribue à rendre les films fascinants, dépaysants, enchanteurs), c’est que dans les deux cas, dans cette Asie profonde, loin de toute vie urbaine, les femmes sont le pilier de la société. Dans les deux cas, elles se comportent comme des femmes libres ; elles choisissent leur destin. Dans les deux cas, celui qui devrait être le chef de la famille se laisse couler et se noie dans la vodka, et la survie de la famille, ce sont les femmes qui la portent. L’avenir de la femme se dessine peut-être à l’est ? AHLG