Immigrés de force, Le petit mandarin , L’enfant loin de son pays

Dernier ajout : 23 juillet 2009.

Itinéraire d’un petit mandarin est le récit autobiographique de Tho, jeune indochinois cultivé qui, à 19 ans, décide de quitter son Viet Nam natal pour la France. Mais dès son arrivée, l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale va bouleverser sa destinée. Cet événement va le contraindre à se retrouver avec 20 000 de ses compatriotes, essentiellement d’origine paysanne, et à leur servir d’interprète. Ce récit constitue un témoignage inédit du sort que ces paysans vietnamiens, déracinés, ont connu dans une France occupée et humiliée. C’est également un chant d’espoir à travers la farouche volonté de vaincre de Tho mais aussi de son amour pour la France symbolisé par la jeune Madeleine : énergie et amour qui lui permettent de s’intégrer dans la société française. - 4ème de couverture -
(date de publication : 21 avril 1997)

Les travailleurs du riz ou l’exil forcé des indochinois pendant la seconde guerre mondiale en France, un documentaire de Jérôme Sandlarz réalisé par Véronique Samouiloff. Pour la première fois après 70 ans de silence, un élu de la République française, Hervé Schiavetti, le maire d’Arles, s’apprête à rendre hommage à une dizaine d’anciens travailleurs indochinois venus servir la France ...

Auteur Lê Huu Tho
Edition L’Harmattan
Année 1997

Immigrés de force

 [1]


Lors de la Seconde guerre mondiale, la France a fait appel, pour remplacer les soldats partis au front, à des travailleurs indochinois, comme cela avait déjà été le cas lors de la Première guerre mondiale. Réquisitionnés dans leurs pays, Laotiens, Cambodgiens et surtout Vietnamiens ont été maltraités et exploités sans scrupule : ils formaient la « MOI », le main d’œuvre indigène. Ils ont été après la défaite de 1940 mis à la disposition de diverses entreprises. Venus pour contribuer à l’effort de guerre, une partie d’entre eux s’est trouvée fabriquer des munitions ou de fortifications pour l’Allemagne nazie. C’est de cette époque que date l’introduction, par eux, du riz en Camargue.

Les conditions de vie de ces hommes font horreur : le bagne peut leur être comparé. Après la guerre, ils ont été abandonnés et leur rapatriement, au compte-goutte, dura jusqu’en 1952. Un millier d’entre eux ont choisi de demeurer en France.

Au prix d’un travail d’archives considérable, Pierre Daum, grand reporter au Monde Diplomatique, raconte avec minutie et précision l’histoire oubliée de cette immigration forcée. Son travail est complété par une enquête têtue, au terme de laquelle il a retrouvé, en France et au Vietnam, vingt-cinq survivants forts âgés de ce drame, qui ont accepté de donner leur témoignage.

La préface de Gilles Manceron, historien bien connu et spécialiste du colonialisme français, trace le cadre dans lequel s’est déroulé ce scandaleux épisode de notre histoire. MHL

Daum P., Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France (1939-1952), Editions Solin-Actes Sud, Paris, 2009. 280 pages, illust. , 23 €

Deux ouvrages, reçus récemment, traitent de la même question à travers des cas personnels.

Itinéraire dans le petit mandarin
, publié en 1997 et réédité cette année, est le récit auto-biographique de Tho, jeune indochinois cultivé, qui, à 19 ans, décide de quitter son Vietnam natal pour la France.
Mais dès son arrivée, l’éclatement de la seconde guerre mondiale va bouleverser sa destinée. Cet événement va le contraindre à se retrouver avec 20 000 de ses compatriotes, essentiellement d’origine paysanne, et à leur servir d’interprète.
Ce récit constitue un témoignage inédit du sort de ces paysans vietnamiens, déracinés, ont connu dans une France occupée et humiliée.
C’est également un chant d’espoir à travers la farouche volonté de vaincre de Tho et aussi de son amour pour la France symbolisée par la jeune Madeleine : énergie et amour qui lui permettent de s’intégrer dans la société française.
Le Huu Tho est né en 1919 au Tonkin, il vit aujourd’hui à Grenoble
Itinéraire d’un petit Mandarin, réédition chez L’Harmatan, 192 pages, 18 €

Thiêu Vân Muu vit à Vénissieux. C’est un fils du peuple. Il n’y a pas d’école pour cette pour cette catégorie sociale : « les français avaient construits trois lycées pour les fils des colons et des mandarins. Mais rien pour les fils de paysans ». Mais il a un père exceptionnel. Il veut que ce fils « soit un homme utile pour la société ». À 14 ans, ce père l’inscrit à l’école privée, chez un particulier, où il apprend à lire et à écrire le vietnamien « latinisé », le français et le chinois.
La Seconde Guerre mondiale allait changer le destin de Thiêu Vân Muu comme pour des milliers d’autres jeunes vietnamiens. La France a besoin de bras pour remplacer ses ouvriers mobilisés. Un ordre de réquisition est lancé : un enfant par famille. Ils seront ainsi 25 000 recrutés dans tout le pays, dont 10 000 tirailleurs.
(…) Toujours parqués dans différents casernements et maintenant sous la coupe de Vichy, les vietnamiens commencent leur errance en France, en fonction du travail. Thiêu Vân Muu sera bûcheron, ouvrier textile, mineur, métallurgiste...
Le 22 juin 1946, il est à Paris pour accueillir le président Ho Chi Minh, le premier ministre Pham Vàn Dong et la délégation parlementaire vietnamienne, lors du Conférence de Fontainebleau.
En 1952, les données ont changées. Il y a levée de réquisition. Certains repartent au Viêt Nam. Thiêu Vân Muu reste en France. Il retournera dans son pays en touriste où il retrouvera quelques membres de sa famille.

chez l’auteur, 22 rue Saint Exupéry - 69200 Vénissieux, 04.72.50.14.18 thieuvan.muu online.fr prix : 15 € + port.

Tous les bénéfices de la vente seront affectés à des réalisations humanitaires à Tu Da, le village natal de l’auteur au Vietnam, ceci, par le biais de l’association "Club Rhône Mékong".

Notes

[1http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/07/02/immigres-de-force-les-travailleurs-indochinois-en-france-1939-1952-de-pierre-daum_1214253_3260.html#ens_id=1202164
LE MONDE DES LIVRES | 02.07.09 | 11h29 • Mis à jour le 02.07.09 | 11h29

"Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France (1939-1952)", de Pierre Daum : ces Indochinois enrôlés de force par l’administration française

IMMIGRÉS DE FORCE. LES TRAVAILLEURS INDOCHINOIS EN FRANCE (1939-1952) de Pierre Daum. Préface de Gilles Manceron. Solin/Actes Sud, 278 p., 23 €.

Thiêu Vân Mûu avait 19 ans en 1939. A priori, rien ne le prédestinait à quitter Tu Da, un petit village situé à une centaine de kilomètres de Hanoï, où ses parents possédaient quelques champs de riz, de manioc, de canne à sucre, de maïs et de patates douces. Seulement voilà : à l’automne 1939, un employé du maire se présenta au domicile familial, et expliqua que la France, qui venait de déclarer la guerre à l’Allemagne, avait besoin de bras pour ses usines d’armement. Que faire ? Le jeune homme pensa d’abord se cacher dans la forêt voisine. Mais il y renonça quand il apprit que son père irait en prison s’il se dérobait. Il débarqua finalement à Marseille, le 9 avril 1940, après une traversée d’un mois à bord de l’André-Lebon, un luxueux paquebot dont la cale avait été aménagée en dortoir de fortune pour les "indigènes". D’abord affecté à la poudrerie de Sorgues, dans le Vaucluse, il fut envoyé en 1943 près de Lyon pour travailler dans le textile, puis dans l’industrie automobile. Sans imaginer qu’il y ferait toute sa carrière.

Agé aujourd’hui de 89 ans, Thiêu Vân Mûu fait partie des vingt-cinq "immigrés de force" dont le journaliste Pierre Daum a recueilli les souvenirs. Vingt-cinq récits de vie qui, judicieusement agencés les uns aux autres, permettent de suivre l’histoire des 20 000 Indochinois recrutés par l’administration française au début de la "drôle de guerre", en vertu d’une instruction ministérielle de 1934 qui prévoyait la création, en cas de conflit, d’un service de la Main-d’oeuvre indigène (MOI) rattaché au ministère du travail. Une histoire qui, si l’on excepte une poignée de reportages, de témoignages et d’articles, était jusque-là relativement méconnue .

Or cette histoire est bouleversante, et, comme celle des tirailleurs africains et indochinois qui combattirent pour la France pendant les deux guerres mondiales, dérangeante. Car elle rappelle que la "Mère Patrie" fut fort ingrate avec ces fils qu’elle refusait de reconnaître comme des citoyens de plein droit mais dont elle sut toujours se rappeler l’existence quand l’heure devenait grave.

Si la loi avait été appliquée, rappelle Pierre Daum, ces travailleurs, recrutés pour la plupart dans les campagnes de l’Annam et du Tonkin, auraient dû retourner en Indochine dès l’été 1940. Un décret de 1939 précisait en effet que leur engagement ne devait pas dépasser "la durée des hostilités". Or la difficulté des liaisons maritimes entre la France et l’Extrême-Orient était telle que le gouvernement de Vichy renonça à les rapatrier à partir de l’automne 1941. A cette date, un peu plus de 4 000 d’entre eux avaient rejoint leur terre natale. Pour les 15 000 qui restèrent, ce fut, le plus souvent, le début d’un véritable calvaire.

Parqués dans des camps d’internement, dont la garde était assurée par d’anciens fonctionnaires et officiers coloniaux à la retraite, les ONS (pour "ouvriers non spécialisés") furent généralement soumis à une discipline rigoureuse. Plusieurs témoignages font ainsi état de punitions sévères, notamment à Sorgues, où un adjudant particulièrement redouté n’hésitait pas à jeter les fortes têtes en prison.

D’autres lieux ont laissé de bien mauvais souvenirs. C’est le cas de l’hôpital Le Dantec, à Marseille. "Là était concentré le pire, le plus pourri, propre au régime colonialiste : concussions, prostitution, jeux d’argent, etc. Tout patient désirant être soigné devait graisser la patte aux médecins et infirmiers. Tout malade grave et désargenté n’avait qu’à croupir, en attendant la mort", raconte un témoin.

Si certains continuèrent de travailler dans des usines après l’armistice de 1940 – et même, pour quelques-uns, dans des entreprises allemandes, comme la firme Todt, chargée de construire le "mur de l’Atlantique" –, la plupart des ONS furent employés dans l’agriculture, souvent pour des salaires de misère. En particulier en Camargue où – fait assez peu connu – ils contribuèrent à relancer une riziculture jusqu’alors peu prospère.

Pierre Daum a choisi de prolonger son étude jusqu’en 1952, date à laquelle les autorités décidèrent de dissoudre l’administration chargée de s’occuper des ONS et d’organiser leur retour. Un retour dont il montre toutefois que la France libérée ne fut guère plus encline à l’encourager que la France occupée.

C’est que l’Indochine, entre-temps, était entrée en guerre contre la métropole, et que les ONS risquaient, de ce fait, de rejoindre les rangs des indépendantistes. Une crainte en partie justifiée puisque certains s’engagèrent à l’extrême gauche, notamment au sein de la IVe Internationale trotskiste qui, dans l’immédiat après-guerre, affichait des positions beaucoup plus radicales qu’un Parti communiste encore prêt à croire en la possibilité d’une autonomie négociée. L’opposition entre communistes et trotskistes déboucha sur de violents affrontements. Comme à Marseille, où l’on compta 6 morts et 60 blessés dans la nuit du 15 au 16 mai 1948. Ce que le quotidien Le Provençal n’hésita pas à qualifier, à l’époque, de "Saint-Barthélemy indochinoise".

Thomas Wieder
Article paru dans l’édition du 03.07.09