J. Jammes rend hommage à Condo

Dernier ajout : 12 septembre 2011.

Hommage à Georges Condominas (29 juin 1921-16 juillet 2011)

Ethnologue du Vietnam et directeur adjoint de l’Institut de Recherche sur l’Asie du Sud-Est Contemporaine (Irasec, Bangkok), Jérémy Jammes a durant plusieurs années été chercheur-assistant au musée du quai Branly dans le cadre de l’exposition consacrée à l’œuvre ethnographique de Georges Condominas. Ce dernier nous a quittés en juillet dernier, occasion pour Revue Perspectives de laisser la parole à J. Jammes qui revient sur le parcours de cet ethnologue d’exception au travers d’entretiens avec celui qui fut une figure de proue de la recherche ethnologique française et de l’amitié franco-vietnamienne.

Un ethnologue hors pair

« Condo » – tel était le diminutif par lequel Georges Condominas souhaitait être appelé – est né à Haiphong (Vietnam), d’un père français sous-officier et d’une mère métisse portugo-sino-vietnamienne catholique. Dans une « Présentation » d’un ouvrage de son père, Louis Condominas (La chasse, Paris, L’Harmattan, 1988, 186 p.), il dira l’invitation au voyage que représentaient les lettres et photographies des régions peu accessibles du Tonkin et de l’Annam, prises par son père qui y avait été nommé administrateur local (à Kontum notamment, dans les hauts plateaux de l’Annam).
Après des études en France dans les années 1930 et des études secondaires au lycée Lakanal (Sceaux), il revient à Hanoi pour étudier la peinture à l’École supérieure des Beaux Arts et le droit à la faculté de Hanoi (licencié en 1943). Mobilisé dans la Marine nationale à Saigon (septembre 1944), il connaît l’épreuve de l’hôtel Mikado, c’est-à-dire son incarcération par les Japonais, lesquels dominent l’Indochine par les armes (détention du 15 mars au 10 septembre 1945). Il découvre alors l’œuvre d’Anatole France et le spiritisme kardéciste, lequel est en vogue « parmi les prisonniers à l’affût de nouvelles de France ».
Une fois qu’il est rapatrié et démobilisé à Toulon (février 1946), des amis le convainquent de s’inscrire en ethnologie à la Sorbonne (licencié ès lettres en 1947), et notamment d’assister aux cours de Marcel Griaule, disciple de Marcel Mauss, de Pierre Gourou et de Paul Mus. Tous conféraient beaucoup d’importance au travail de collecte de données et, plus généralement au terrain ethnographique. Mais c’est les enseignements professés au Musée de l’Homme qui ont été une révélation pour lui, en particulier ceux de André Leroi-Gourhan, puis ceux de l’ingénieur-agronome et linguiste André-Georges Haudricourt.
« De par mon côté vietnamien, j’ai développé une sorte de fidélité ou de piété filiale à l’égard des personnes qui m’ont formé… les Vietnamiens appellent cela hiếu. »

Stagiaire de l’Office de la recherche scientifique coloniale (ORSC), il revient à vingt-six ans en Indochine, à Saigon tout d’abord (octobre 1947), puis en Annam, à Buôn Ma Thuôt (mars 1948), dans le but d’étudier les « Proto-indochinois » de la province du Darlac. Attiré dans un premier temps par les Êđê (groupe malayo-polynésien, appelé aussi Rhadé par leurs voisins Jörai) et leur pratique du sacrifice du buffle autour de Buôn Ma Thuôt, il saisira à pleins bras l’occasion d’être immergé plus d’une année (22 septembre 1948-23 décembre 1949) dans un village mnong gar (groupe môn-khmer).
Après deux ans sur le terrain, dans des conditions alimentaires très précaires et au milieu d’une jungle fortement impaludée, il devra interrompre son travail à cause d’une maladie paralytique soudaine qui l’oblige à rentrer en France. Une erreur de diagnostic lui fait croire qu’il n’a plus que six mois ou un an à vivre. Temps qu’il consacra à la rédaction d’une monographie originale tirée de son journal de bord dans le village de Sar Luk : Nous avons mangé la forêt de la Pierre-Génie Gôo (1957) .
« Chronique d’un village mnong gar » (sous-titre de son ouvrage), « œuvre littéraire » (Lévi-Strauss), journal ethnographique « postmoderne » avec un usage méthodique du « je » subjectif et autocritique, cet ouvrage présente un index analytique précis dans le droit chemin de l’approche de Leroi-Gourhan et de l’anthropologie technique du musée de l’Homme. Musée pour lequel il rapportera quelque cinq cents objets, si minutieusement décrits et personnalisés que ses fiches continuent d’être louées par les professionnels en muséologie. À titre d’exemple :
« Poteau de jarre, ndöng yang, auquel on attache la jarre principale du sacrifice du buffle. Au sommet est sculpté un personnage à turban en papier, coiffé d’un chapeau êđê portant des bouchons d’oreilles, un peigne d’étain et un collier de perles multicolores. Ce personnage est accroupi sur un éléphant à défenses de bois blanc. Échangé avec le gendre de Ung Tung Yan du village de Ndut Lieng Krak contre une brasse de calicot noir. Bois. » (fiche de l’objet 71.1951.3.306 rédigée par G. C.).
ou encore
« Ceinture-tablier d’homme (détail), suu troany tiek, de type courant. Echangée contre six brasses de calicot et une veste kaki de l’ethnologue. Coton, laiton. Chaîne supplémentaire, trame lancée et cordée, application. » (fiche de l’objet 71.1951.3.171 rédigée par G. C.).

Il était naturel que le musée du quai Branly – héritier des collections et des archives du musée de l’Homme – consacrât sa première exposition temporaire à l’expérience et à la méthode ethnographique de G. Condominas à Sar Luk. Exposition que le musée d’Ethnologie du Vietnam à Hanoi accueillit en 2007-2008 .

« Condo » franchit un nouveau cap institutionnel en acceptant l’offre de Leroi-Gourhan de faire partie du Centre de formation aux recherches ethnologiques (CFRE). Il publie, dans son premier Bulletin (1951), un article sur l’importance des données de préterrain et la nécessité heuristique de prendre de la distance avec les préjugés locaux . L’influence exercée par l’école de Leroi-Gourhan est très marquée dans l’introduction et le considérable travail d’indexation analytique qui fait suite au récit proprement dit de Nous avons mangé la forêt…. (pages 424 à 482). Il y expose en effet les premiers résultats de sa méthode baptisée « technolinguistique » et qui consiste à recueillir la terminologie autour de chaque objet d’une série technologique (par exemple les outils de la forge), et après à se faire décrire l’opération par le groupe ethnique qu’il étudie. Méthode qui lui permet à la fois d’acquérir du vocabulaire, la structure du langage, ainsi qu’une connaissance approfondie du savoir technologique et cognitif du groupe étudié (dans les domaines de l’artisanat, des rituels, de la musique, etc.).

Mais nous aurions tort de cloisonner cet ethnographe d’exception à la seule « vietnamologie », et très vite G. Condominas applique son regard et sa méthode ethnographique à divers terrains de recherche. Après Sar Luk, et au gré de ses différentes affectations dans le cadre de l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (Orstom), de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO, dont il est membre correspondant), de l’Unesco puis du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), la méthode ethnographique de G. Condominas s’applique rigoureusement à de nombreux sujets de recherche (la linguistique, la mythologie, le bouddhisme, l’essartage, les relations de dépendances et l’esclavage, l’ethnomusicologie, l’ethnobotanique, le chamanisme et la possession, etc.) et cela dans des contextes ethniques variés, donnant lieu à des publications aussi diverses que respectées. L’Orstom l’envoie ainsi au Togo en 1952-1953, ce qui donnera lieu à une étude originale sur le vaudou dans lequel il est initié . Il se plaira à rappeler que « le vaudou est la seule religion où j’ai un statut ». Il y aura ensuite un « terrain » de six mois à Madagascar (1955) – alors qu’il est tout juste diplômé de l’École pratique aux hautes études (EPHE, Ve section, « section religieuse » sous la direction de Paul Lévy) – puis une large pérégrination en Thaïlande (1957-1958), et enfin un retour de six mois à Madagascar (1959) .
L’année suivante, en janvier 1960, il est nommé directeur d’études à la VIe section de l’EPHE (qui devient l’EHESS en 1975). Son champ de réflexion sud-est asiatique se veut exhaustif et intègre les confins de l’espace austronésien (Taïwan au nord-est et Madagascar à l’ouest par exemple). Il est prestement délégué en mission au Laos par l’Unesco (novembre 1961). C’est sous les bombes qu’il étudie, avec d’autres chercheurs, un groupe de villages dans la plaine de Vientiane. Des publications verront le jour sur le bouddhisme lao, documentant remarquablement cette période et ses acteurs au niveau villageois .

Dans la première partie du XXe siècle, les sciences humaines en Asie étaient occultées par la philologie et l’archéologie, autour des travaux de l’École française d’Extrême-Orient. Avec le soutien de l’historien des Annales Fernand Braudel et de l’anthopologue Claude Lévi-Strauss, mais également l’ethnobotaniste et ethnolinguiste André-Georges Haudricourt et le sociographe Lucien Bernot, G. Condominas réussit à mettre en place en 1962 le Centre d’Études et de Documentation sur l’Asie du Sud-Est et le Monde Insulindien ou CeDRASEMI (EHESS-CNRS). Une des premières réalisations fut la parution trimestrielle (1970-1985) d’une revue sur L’Asie du Sud-Est et le Monde Insulindien (ASEMI) et, en parallèle, la constitution d’un fonds documentaire unique sur l’ethnologie, la préhistoire, l’archéologie, l’histoire, la linguistique, etc. de cette aire culturelle, conférant à cette dernière ses lettres de noblesse incontestables dans les milieux scientifique et universitaire .
Après l’obtention de son doctorat d’État ès Lettres et Sciences humaines (Paris-Sorbonne) en 1971, il organise la première mission « occidentale » des sciences humaines en République Démocratique du Vietnam (7 avril-5 mai 1973) avec A.-G. Haudricourt, et donne avec ce dernier une série de conférences à Hanoi sur l’invitation du Comité national des Sciences sociales. Des séances de travail in situ (Cao Bang, Gia Lam, Hanoi, etc.) sont à cette occasion organisées avec les ethnologues Đặng Nghiêm Vạn, Bế Viết Đẳng et Vương Hoàng Tuyên, ainsi que les linguistes Hoàng Phê, Bùi Khắc Việt et Hoàng Tuệ, ces derniers influant radicalement la recherche vietnamienne en sciences sociales dans les décennies suivantes. Cette première prise de contact a ouvert ensuite des échanges et une coopération avec l’EHESS après 1975.
Après les structures sociales des Mnong Gar, il ambitionnait d’étudier celles des montagnards Êđê, puis celles des populations des plaines. La comparaison entre Mnong et Êđê le conduit rapidement à éclaircir les relations entre les groupes ethniques des hauts plateaux du Centre Vietnam, et à de construire un ensemble, ce qu’il appellera par la suite un « espace social », c’est-à-dire :
« L’espace déterminé par l’ensemble des systèmes de relations, caractéristique du groupe considéré. »

…concept qui lui permettra plus tard de repenser le conflit indochinois, notamment par une étude sur la guérilla viêt .
La décentralisation du CeDRASEMI en province à Valbonne, près de Nice, prendra fin en 1985, avec la fermeture du CeDRASEMI et la dispersion du fonds documentaire mieux connu sous le nom de Bibliothèque ASEMI. G. Condominas continue néanmoins de donner ses cours à l’EHESS en tant que Directeur d’études jusqu’au début des années 2000, sa mémoire phénoménale abreuvant un auditoire international d’anecdotes colorées et de fines analyses.

Un chercheur engagé

De retour à Sar Luk en 1958 (pour une nuit seulement), il s’offusque des répercussions du conflit indochinois qui semble alors ne pas en finir :
« Des amis étaient déjà morts, et les vivants subsistaient dans un environnement très précaire… La guerre et la politique des généraux sud-vietnamiens et américains avaient eu raison des longues maisons traditionnelles. […] Et déjà les habitants de Sar Luk ne possédaient plus d’aussi belles tuniques qu’auparavant… »

Liée directement à ce court séjour dans le Centre du Vietnam, sa signature en septembre 1960, à Paris, du Manifeste des 121 dénonce « le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » et, plus largement, affiche sa prise de position contre le colonialisme. Il est témoin direct de la guerre du Vietnam. Les massacres aveugles et le déni par l’armée américaine à la fois des populations et des cultures, le choquent profondément et l’amènent à conceptualiser le terme d’ethnocide . Lors de son séjour à Hanoi en 1973, il rencontre le résistant et docteur Tôn Thất Tùng qui, durant les bombardements américains, dénonce déjà les effets négatifs des défoliants américains sur la population et l’écosystème.
Cette prise de position, audacieuse pour l’époque, sera développée dans L’Exotique est quotidien (1965) – ouvrage qui n’est toujours pas traduit en anglais – puis dans un fameux discours prononcé en 1972 à la conférence de l’American Anthropological Association (Toronto). C’est dans le prolongement de cette pensée résistante d’un intellectuel engagé dans son époque et ses bouleversements qu’il faut relire son travail sur Les Réfugiés originaires de l’Asie du Sud-Est (1982) , dont les données permettent encore aujourd’hui de mieux appréhender le phénomène de l’exil et ses stratégies identitaires.

Ce qui le frappe le plus, sans doute, à son retour en 1990 dans la région des hauts plateaux du Centre Vietnam , est :
« Le constat terrible que le Darlac [vietnamisé en Đắk Lắk] était privé de son ancienne et belle forêt. La guerre, les politiques agricoles, comme le café, le thé, etc. ont transformé irrémédiablement le paysage… Les bambouseraies ont remplacé les grands arbres de la forêt. Avant, tous les villageois avaient peur du tigre, mais aujourd’hui ceux qui ont de la terre agrémentent l’orée de leur habitation de vergers, montrant par là que les préoccupations ne sont pas les mêmes. […] Et puis je n’ai plus revu les habits traditionnels, comme le suu troany [ceinture-tablier des hommes], et les hommes portent plutôt des jeans et les femmes abandonnent la jupe pour des tissus d’importation vietnamienne de médiocre qualité… L’indigo a disparu… Enfin, les femmes ne se promènent plus le torse nu, exhibant à l’époque leurs belles parures de perles… Le prosélytisme chrétien sans doute est en partie responsable de cela, mais pas seulement. »
À maintes occasions, il a partagé son amour et sa connaissance de la littérature orale des Montagnards du Centre du Vietnam, dont les récits poétiques abondent dans ses œuvres « sarlukiennes » sous la forme de chants alternés amoureux, d’offrandes rituelles, de funérailles, etc. Il s’évertue dans les années 1990 à défendre, notamment auprès de l’Unesco, cette richesse littéraire menacée d’une disparition totale sous le poids de la modernité technologique et des politiques d’acculturation sur le modèle sociologique majoritaire d’un pays . Dans sa lutte pour la reconnaissance d’un patrimoine culturel immatériel, il promeut plus largement la recherche d’un modèle de développement respectueux des cultures traditionnelles en concertation avec les ethnologues, « ceux qui vivent, qui aiment et qui sont le mieux à même de défendre les populations et leur culture ».

Un lettré

Hormis la peinture, dont il avait voulu faire sa profession, G. Condominas avait la passion des livres, ou plutôt de la littérature, car il disait ne pas ressentir en lui l’âme d’un collectionneur. Ses nombreux visiteurs avaient toujours la chance de jouir de ses rencontres dans le milieu littéraire français de l’après-guerre ou de bénéficier, entre deux volutes âcres de sa pipe, de ses réflexions sur certains auteurs. Pour ma part, je me souviendrai de la manière dont il aimait parler de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, dans l’œuvre duquel il voyait :
« Une ethnographie exemplaire de la petite bourgeoisie provinciale en 1900. Il est à l’opposé de moi sur beaucoup de points, mais il est un très bon ethnographe d’une partie de la société française de son époque. Dans L’Exotique est quotidien je consacre une partie à Proust… C’est bizarre, tout le monde a oublié de lire ce chapitre, alors qu’il est un des plus importants pour moi, comme mon paragraphe sur le village de mon enfance en France… J’ai passé plusieurs jours pour écrire ce seul petit paragraphe ! »

L’œuvre, la méthode et la sociabilité de G. Condominas, c’est donc aussi une invitation à la lecture, à la relecture de nos classiques – mais pas seulement – avec un regard d’humaniste et d’ethnologue. Il trouvait nourriture dans les recueils poétiques d’Henri Michaux par exemple, dont il avait tout l’œuvre avec lui, sur son terrain de Sar Luk. Il retenait de ce poète et ami particulièrement son travail d’« ethno-fiction », caractéristique entre autres de Un Barbare en Asie (1933). Et dans son effort pour retranscrire le récit de la « Genèse » des Mnong Gar (publié dans L’Exotique est quotidien), il s’était rapproché de Michel Leiris et de Jean-Paul Sartre, « alliant le poète et le philosophe pour annoter et corriger [sa] première version… », dans un souci d’être au plus près de la poésie orale des Mnong Gar et du sens symbolique et fondateur du texte.
Il n’est dès lors pas étonnant de voir G. Condominas produire une œuvre littéraire et romanesque. Ainsi il écrit une nouvelle, La Mélanie blanche, dans laquelle il met en scène une jeune fille des années 1870, violée puis déportée à la Guadeloupe. Cette nouvelle, non publiée et, de fait, inconnue du public, est une façon pour son auteur de traiter d’un sujet qui le passionnait : la Commune de Paris.
Un moment crucial dans sa vie est la rédaction de sa postface à une réédition de La Vie de Rancé de Chateaubriand (1991) , qui prend une signification spéciale pour G. Condominas, faisant écho à un événement extrêmement tragique de sa vie personnelle.

Formant à la même discipline au moins quatre générations de chercheurs spécialistes de l’Asie du Sud-Est, G. Condominas a marqué de sa forte empreinte l’histoire de l’ethnologie française et des sciences humaines en Asie du Sud-Est. Son décès, parmi ses proches, dans la nuit du 16 juillet 2011, frappe de plein fouet la recherche française.
Si Nous avons mangé la forêt a connu des traductions dans de nombreuses langues, le reste de son œuvre demeure méconnu hors de l’espace francophone, et il est rare que le monde anglophone cite son nom à l’exception de quelques chercheurs qui l’ont côtoyé. Nul doute que des publications reviendront prochainement et en détail sur ce parcours exceptionnel à mi-chemin de la science, de la littérature et de l’aventure.
Bienveillance engageante, générosité intellectuelle et humaine émanaient de ses yeux, qui lisaient à livre ouvert dans ceux de son interlocuteur. G. Condominas a été un maître pour moi, un confident et conseiller. Je me souviens de nos entretiens avec une affection et reconnaissance extrêmes.

Une dernière fois, je lui dis, en langue êđê, comme je le faisais toujours avant de le quitter : « Nao jak Condo hô ! ». Et lui de me répondre en mnong ou en lao…