Jacques Maître à A Luoï

Dernier ajout : 28 avril 2009.

Courant février 2009, trois chercheurs du CEDRATE (Paris), deux chercheuses du CGFED (Hanoi) et une chercheuse de l’Académie des sciences sociales (Hanoi) ont mené durant une dizaine de jours une nouvelle campagne d’enquête socio-ethnologique auprès de la population du district d’A Luoi (45.000 habitants, dont 85 % appartenant à des minorités ethnolinguistiques).

La thématique portait, d’une part, sur l’héritage chamanique marquant cette population de chasseurs-cueilleurs dont l’Agent Orange a détruit l’environnement vital : la forêt tropicale. D’autre part, il s’agissait d’analyser l’impact local des transformations qui marquent, dans ce district montagneux, le développement actuel de la société vietnamienne.

Les changements du cadre de vie sont assez spectaculaires : désenclavement du district, transformation de la piste Ho Chi Minh en une excellente route qui va du Nord Vietnam jusqu’au delta du Mékong, électrification de tous les villages, réseau routier, habitations en parpaings succédant aux cases en bois et feuillages ; l’adduction d’eau potable progresse à son tour. Les activités économiques s’animent ; à l’usine de séchage et d’expédition du café viennent s’ajouter la construction d’une centrale hydro-électrique à Hong Kim (170 mégawatts) et la mise en place d’infrastructures touristiques, notamment sur le site historique d’Ap Ba (« Hamburger Hill ») ou avec le village « traditionnel » de Viet Tien. L’hôtellerie commence à s’implanter.

D’année en année, le développement économique impétueux de la plaine, de la côte et des deltas gagne ce district montagneux et frontalier du Laos. Mais notre objet de recherche est le développement social, à la fois pour l’observer et pour en déceler les retards. La situation particulière du district est marquée par l’intégration dans une société dont on ne parlait même pas la langue ; les anciens chasseurs-cueilleurs se trouvent confrontés à un mode de production complètement étranger à celui qui fut le leur jusqu’aux années 1960 ; la transmission de la vie est tragiquement obérée par la fréquence des malformations congénitales dues à la dioxine ; la pauvreté paysanne reste très marquée, au point que, dans l’ensemble du district, un enfant (de zéro à cinq ans) sur cinq est en malnutrition…

La dynamique du développement provoque un essor du commerce, mais fort peu d’emplois. La construction de la centrale occupe 2.000 personnes, dont aucune n’est autochtone, faute de savoir-faire locaux ; achevée, la centrale comptera seulement 30 à 40 employés. Les taxes qu’elle devra payer iront directement à la province. Le séchage des grains de café est robotisé. On ne trouve dans le district aucune classe de formation professionnelle. C’est même l’Union des Femmes qui assure l’initiation des jeunes femmes Ta Oï au tissage artisanal traditionnel dans la commune d’A Dot.

Dans ces conditions, les formes de solidarité mises en œuvre par l’AAFV correspondent exactement aux nécessités du développement social, dans les limites de ce que nous sommes matériellement en mesure de faire. Des actions telles que le micro-crédit en bétail permettent aux familles paysannes d’acquérir des savoir-faire, de produire plus de ressources vivrières et de faire face à des dépenses telles que les frais de scolarisation.

Des projets à plus grande échelle exigeront des ressources supplémentaires, avec l’appui de Fondations ou de collectivités territoriales. C’est le cas avec la perspective d’une recherche-action contre la malnutrition, que nous envisageons de promouvoir dans la commune de Dong Son, où la majorité des enfants se trouvent en état de malnutrition.
Jacques Maître

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