Jean Ferrat

Dernier ajout : 5 avril 2010.

Le poète a toujours raison Jean Ferrat nous a quittés

J’ignorais jusqu’à ce moment son appartenance à l’AAFV.

Coïncidence, quelques temps après la création du comité Gard-Cévennes (8 mars 1997) nous envisagions la création d’un « Comité d’Honneur ».
Sa participation avait été évoquée. Finalement, le principe avait été abandonné.
Seule fut maintenue la place d’un Président d’Honneur en la personne de Raymond Aubrac.

J’ai découvert Jean Ferrat, comme beaucoup de jeunes de cette époque (1963) avec Nuit et Brouillard. Les récits de mon entourage familial sur la 2e guerre mondiale m’avaient particulièrement sensibilisé aux atrocités nazies.
C’était aussi l’époque où la jeunesse s’investissait dans de grands combats. Il y a eu la guerre d’Algérie qui sensibilisait les jeunes. Chose étonnante, notre ami Jean ne l’a jamais évoquée dans ses chansons.
Il y avait encore la guerre américaine au Vietnam, les succès de la Révolution cubaine, le Chili et puis, pourquoi ne pas le dire aussi, les illusions qui aboutissaient au bilan « globalement positif » des pays socialistes.
Toutes ces périodes, Jean a su parfaitement les chanter sans lâcher sur le contenu ni sacrifier la qualité.
Nous nous sommes retrouvés en osmose avec ses messages : Potemkine, Maria, La Commune, Le bruit des bottes, Le Bilan, Camarades, et autres Ma France.

Après 68 il y a eu Au printemps de quoi rêvais- tu ? et plus tard Pauvres petits c… Jean touchait juste et fort.
Plus de 110 chansons parmi lesquelles il est diffi cile de choisir : À Brassens, ou comment rendre hommage au poète sétois, Ma Môme, La montagne, qui a fait le tour du monde, À moi l’Afrique… Des morceaux de trois chansons m’ont fait encore plus apprécier le film de René Allio La vieille dame indigne.

Et bien entendu, comment un militant de la solidarité avec le Vietnam aurait-il été insensible à Un air de liberté et notamment à l’avant-dernier couplet :

_ « Après trente ans de feu de souffrance et de larmes.
Des millions d’hectares de terre défoliés. Un génocide vain perpétré au Vietnam.
Quand le canon se tait vous continuez »
s’adressant plus à tout le monde qu’à Jean d’Ormesson ?

Je l’ai aussi beaucoup aimé quand il interprétait la fête, la gaîté, la nostalgie mais aussi quand tout micro déployé il s’attaquait aux programmes débiles de la télé de l’époque, lui qui avait subi plusieurs fois la censure (1963, 65, 68, 69, 75).
Un de mes meilleurs souvenirs reste une émission de radio avec Jacques Chancel où Jean-Pierre Chabrol, le Cévenol authentique, et Jean le Cévenol d’adoption évoquaient la dure vie des paysans et des mineurs de la région.
Pour rien au monde Monique et moi n’aurions manqué un récital même à 100 km. Nous aurions tant aimé qu’il continue à chanter ! Hélas, je n’ai eu la chance de le côtoyer qu’une seule fois. C’était le jour de l’inauguration du Festival de la Chanson française de Barjac (Gard). Il en était le parrain. Le fi ls du déporté, Jean Tennenbaum alias Jean Ferrat, était nommé le même jour citoyen d’honneur de la ville. J’eus droit à quelques paroles d’énervement de sa part. Il est vrai que j’avais passé au moins une heure à mitrailler par fl ash interposé mon « idole ». C’était donc justifié. Pardonne-moi, Jean.
Je dois aussi le remercier pour deux autres raisons : il nous a fait connaître et aimer, à nous prolétaires, les magnifi ques poèmes d’Aragon. Et puis lors du premier récital auquel nous assistions Monique et moi - c’était à Gémenos - notre destin s’est alors scellé. Qui donc a dit : « La femme est l’avenir de l’homme » ? G. Terrier