L’AAFV, un chemin - Pierre Vermeulin

Dernier ajout : 26 mai 2011.

L’AAFV, un chemin

1948, à 15 ans et demi, c’est l’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs et le début de l’engagement politique. Pendant le temps scolaire, les études, le jeudi après-midi l’action syndicale, fort conflictuelle à l’époque, le samedi soir, souvent avec quelques autres normaliens, l’affichage et les inscriptions à la peinture dans les rues de Meudon, lieu du domicile familial, « Paix en Indochine », « Libérez Henri Martin ». Puis pendant une période de vacances, moniteur dans une colonie de vacances de Saint-Cyr-l’Ecole en Touraine, près de Montbazon, dans un camp et des baraques occupés il y avait peu par des Vietnamiens probablement regroupés là par les autorités françaises comme en témoignaient encore des inscriptions laissées sur les murs ; la Tourangelle Raymonde Dien était au centre de nos préoccupations. Un camp international de jeunes enseignants, organisé par la FEN-CGT à Saint-Raphaël où le Vietnam était un objet premier d’échanges. La lutte contre la guerre française au Vietnam et pour la paix a marqué mon adolescence et, à la réflexion, toute ma vie militante.
Après 52, mes responsabilités syndicales à la FEN-CGT et à la CGT m’ont porté vers la coopération avec les syndicats d’Afrique Noire et d’Algérie. Le Vietnam n’était pas loin mais le champ des luttes anticolonialistes s’était, pour moi au moins, déplacé. En 53, je représentais la FSM à une réunion sur la scolarisation à Alger (10% seulement des petits « indigènes » étaient scolarisés). Des échanges avec les nationalistes algériens de tous bords présents, il apparaissait bien qu’on était à un point de rupture et l’exemple de la lutte de libération du peuple vietnamien montrait qu’il était possible de faire reculer un impérialisme pourvu d’une armée puissante. Les Algériens ont bénéficié dans une certaine mesure des luttes des Vietnamiens.

En 62, après une longue période marquée par la lutte contre la guerre d’Algérie, le service militaire dans l’Infanterie Coloniale (ironie de la petite histoire), c’est la reprise des études supérieures, possible à l’époque pour un instituteur, et un nouvel environnement étudiant et syndical. La lutte contre la guerre américaine au Vietnam mobilise dans le milieu étudiant et enseignant, au SNES et au SNESup notamment. Cette mobilisation ira croissante avec la radicalisation de l’intervention américaine, les bombardements, les massacres, les destructions et la montée en puissance de la résistance vietnamienne. Pétitions, manifestations, aides concrètes aux scientifiques vietnamiens qui essaient de maintenir un enseignement et une recherche dans les conditions de la guerre. C’est la période aussi, en 73, des premiers contacts avec le Comité pour la Coopération Scientifique avec le Vietnam dont l’animateur, Van Regemorter, était une vieille connaissance meudonnaise.

Mon implication dans le CCSTVN n’a été effective qu’après 84 quand j’ai participé en qualité de directeur scientifique adjoint du département Chimie du CNRS à une coopération lourde entre le CNRS et le Comité Populaire d’Ho Chi Minh Ville pour construire et équiper un laboratoire d’analyse chimique, élémentaire et moléculaire. C’était une nécessité. Non pour piloter notre opération : les responsables, du côté vietnamien Chu Pham Ngoc Son et du côté français Robert Semet, avaient les compétences et l’autorité pour le faire. Mais le CCSTVN avait joué un rôle déterminant pour concevoir et impulser le projet et il apparaissait qu’il était le lieu de recensement des coopérations présentes et passées, une instance pour recueillir les besoins des scientifiques vietnamiens et rechercher les personnalités, les laboratoires et les structures françaises pouvant contribuer à y répondre et faciliter les rapprochements. L’ancienneté et la constance du travail effectué, les compétences de l’équipe d’animation faisaient du Comité un interlocuteur reconnu des autorités vietnamiennes et françaises. Pour comprendre, évaluer, développer la coopération scientifique et technique avec le Vietnam le Comité a été indispensable. Il n’a pas cherché à s’ingérer dans les coopérations qu’il avait contribué à mettre en place, laissant l’initiative aux laboratoires universités ou organismes de recherche concernés. A ma connaissance, la seule coopération qu’il ait directement dirigée est celle, très importante, d’Alain Teissonnière en informatique. Certes on a pu regretter que le Comité n’ait agi qu’à la marge dans le domaine des sciences humaines et sociales ; l’obstacle n’était certainement pas dû à une réticence des scientifiques français mais plutôt à une crainte des autorités vietnamiennes de perdre en partie le contrôle de ce champ scientifique politiquement sensible.

La coopération scientifique et technique est aussi une voie pour connaître les collègues vietnamiens, leurs difficultés, leurs espoirs, leurs atouts. Mais la connaissance du peuple vietnamien dans sa diversité ? J’ai souvent dit que je connaissais des vietnamiens et peu le Vietnam et c’est ce constat qui m’a orienté vers l’AAFV. Connaître ce pays avec ses points forts et ses faiblesses, ses succès et ses échecs, développer des liens d’amitié héritiers des luttes passées et pourtant ouverts sur l’avenir, n’est-ce pas des buts de l’Association ? Regroupant des anciens des luttes pour la paix, contre les guerres françaises et américaines, des plus jeunes qui n’ont pas connu les temps héroïques mais veulent comprendre la trajectoire de ce pays dans sa politique de développement, d’autres encore qui cherchent à expliquer les liens entre les deux peuples marqués par un colonialisme cruel mais aussi la solidarité des anticolonialistes français, ceux qui trouvent tout simplement le pays beau et ses habitants sympathiques, l’Association est le lieu d’approches diversifiées du Vietnam. Chacun a ses raisons de s’intéresser au Vietnam, l’histoire, la réalité du pays, l’analyse critique de son évolution mais toujours dans un esprit d’amitié, ce qui justifie son adhésion à l’Association. Connaître à la fois les Vietnamiens et leur pays grâce cette diversité, voilà ce que j’ai pu trouver à l’AAVF.

Pierre Vermeulin