L’enfant du large

Dernier ajout : 25 juillet 2005.

Curé, rien ne destinait vraiment Yves Buannic, issu d’une famille passablement anticléricale (c’est ça, les bretons : soit bigots, soit bouffeurs de curé, y a pas de milieu) à le devenir. Famille nombreuse, les parents sont ouvriers, la mère travaille en conserverie et le petit Yves débute sa vie professionnelle à l’école des mousses. Il a donc trouvé la foi tout seul.
Le voila en Indochine, où l’un de ses frères est tué. C’est là que cette foi lui vient, qu’il décide d’être prêtre, mais en même temps il éprouve le besoin de toucher à la vie active et crée une entreprise de nettoyage… Son premier ministère est dans le Marais, alors populaire, pas encore investi par les bobos, mais déjà convoité par les promoteurs. Il y fonde la commission « justice et paix », précurseur du DAL. Il tient tête, entr’autres, au galeriste André Maeght ! C’est alors qu’Yves Buannic fait la connaissance d’Henri Carpentier et Madeleine Riffaut, qui assiste à ses messes et lui reproche de parler de « lutte des classes » dans ses sermons… Il prend conscience des problèmes du Viet Nam, en route pour Saïgon. Il va au Cambodge, découvre l’horreur Khmer rouge et prend publiquement partie, contre l’opinion dominante, pour les vietnamiens : libérateurs et non agresseurs. Il crée l’association pour le développement des relations avec le Camboge (où l’on retrouve Alain Ruscio, Monique Chemiller-Gendreau). A Phnom Penh, il organise pour Noël une cérémonie interreligieuse avec protestants, bouddhistes, chams…
Rentré en France, le voilà qui se présente –sans succès- aux législatives, comme candidat indépendant de gauche. Tout cela attire quelquefois l’attention de sa hiérarchie mais à chaque fois, Yves Buannic s’explique : ce n’est pas un provocateur. Rien à voir avec Monseigneur Gaillot… Puis, c’est la présidence de l’association « France –Amérique Latine ». Puis, la militance à « France –Palestine ». Eh oui, il est de tous les combats. Pour lui, la lutte contre l’injustice fait partie des devoirs des chrétiens. Il ne faut donc pas s’étonner de le retrouver aux côtés de Nelson Mandela. Enfin, c’est la création d ‘Enfants du Monde –Droits de l’Homme » (EMDH), après avoir découvert les petits malheureux subsistants sur les dépôts d’ordure de Manille. Grâce à cette association, la Convention internationale des droits de l’enfant voit le jour en 1989. C’est Haïti, où il est d’abord séduit par « Titid » le président Aristide, à l’investiture duquel il assiste en compagnie de Danièle Mitterand et de Jacques Gaillot, inconditionnel alors que lui-même a déjà pris du champ ; il se bat contre l’embargo, mais a perdu ses illusions. On le retrouve au Kossovo, sur le tremblement de terre d’Izmir… à Paris à côté des enfants employés dans des ateliers clandestins. Tout en gardant toujours une responsabilité pastorale, pour ne pas perdre le contact avec les choses simples de la vie de la foi, baptêmes, enterrements.
Ses dernières missions, il les fait –on ne s’en étonnera pas !- en Irak. On retrouve une centaine de volontaires d’EMDH sur le terrain. Ils montent l’aventure d’ « un avion pour l’Irak », à laquelle s’associent de nombreuses personnalités politiques et culturelles ; en 2001, quelques enfants irakiens ont pu venir en France. En 2003, il part pour l’Irak avec une douzaine de français de diverses confessions, pour une semaine de prière. A soixante-seize ans, le voilà au milieu du conflit, plein de colère contre cette ignoble guerre, mais espérant toujours que la lumière finira par percer les ténèbres…Quelle vie ! Que de rencontres dans cette vie ! Bedos, qui préface son livre, Jack Lang, mais aussi le peintre Bazaine…. Et tout ce que la France compte d’hommes politiques de bonne volonté. Bon, s’il y avait plus de curés comme cela, il y aurait moins d’anticléricaux….
Un peu dommage que le livre soit écrit à la truelle. Certes, c’est du témoignage, pas de la littérature. Enfin, tel quel, c’est un livre qui redonne foi en l’humanité !
AHLG