L’honneur restauré du général J. D. Lavelle

Dernier ajout : 9 octobre 2010.

L’HONNEUR RESTAURÉ D’UN GÉNÉRAL


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Le 4 août dernier le président Obama a signé le décret réhabilitant le général John Daniel Lavelle (1916-1979) qui, en dépit de ses protestations, avait été contraint de prendre sa retraite en 1972, avec perte de deux de ses quatre étoiles. C’est par hasard que des chercheurs avaient trouvé, dans des archives récemment déclassées du Pentagone et une série nouvellement ouverte d’enregistrements de la Maison Blanche, les preuves de son innocence. Ils en firent le sujet d’un article paru dans la revue « Air Force magazine » de juillet 2007, qui devait déclencher le processus de réhabilitation.

Le général Lavelle avait pris le commandement des forces aériennes américaines sur le théâtre de l’Indochine en juillet 1971. A cette date, les bombardements de la République Démocratique du Vietnam avaient officiellement cessé, mais les appareils de l’US Air Force continuaient de survoler et de surveiller le pays, avec autorisation de frapper s’ils étaient menacés par des tirs ou simplement par l’activation des radars ennemis. La marge était déjà discrétionnaire, mais il se trouve que des améliorations techniques avaient permis à la défense vietnamienne de réagir beaucoup plus vite et de réduire les signaux électroniques que les aéronefs américains recevaient dès cette activation. Les pertes se faisaient plus lourdes et même les B-52 n’étaient plus invulnérables. Aussi le général Lavelle souhaitait-il donner une interprétation « libérale » aux règles d’engagement, ce qu’il obtint de la hiérarchie militaire et politique, jusqu’à la Maison Blanche alors occupée par Richard Nixon et Henry Kissinger, à condition toutefois que le secret fût préservé. Cette interprétation impliquait en effet que les comptes rendus des sorties sur le territoire de la RDV fissent systématiquement état de « réactions hostiles », quand bien même cela n’était pas vrai. Or, en janvier 1972, un sergent chargé du « debriefing » des pilotes se rendit compte que les pilotes mentaient, ce qui le conduisit à écrire à son sénateur, le démocrate Harold E. Hugues, pour lui faire part de son trouble, entraînant ainsi des enquêtes, des auditions et la sanction précitée. Toute la hiérarchie se défaussa et, en dépit de ses remords, que d’ailleurs ne partageait pas « dear Henry », Richard Nixon déclara, lors d’une conférence de presse donnée le 29 juin 1972, que le général Lavelle avait outrepassé les règles d’engagement et qu’il méritait son sort.

Lavelle n’avait pas agi seul et, à ce titre, il est juste qu’il soit réhabilité. Il n’en demeure pas moins qu’il avait suggéré à ses supérieurs de mentir, ce dont, il est vrai, Richard Nixon, Henry Kissinger ou Mervin Laird, le secrétaire à la Défense de l’époque, étaient coutumiers. Chaque année qui passe apporte ainsi son lot de révélations sur ce que fut la guerre américaine contre les peuples d’Indochine. Ce que cette misérable affaire ne dit cependant pas, c’est ce qu’il est advenu du sergent Lonnie D. Franks, natif de Cedar Rapids, Iowa, celui-là même qui avait permis de révéler le pot aux roses. Lui seul mérite quelque respect.

Patrice Jorland