LA POLITIQUE ECONOMIQUE VIETNAMIENNE, SES ETAPES DE 1975 A 2009 - Philippe (...)

Dernier ajout : 22 février 2009.

AAFV conférence Arcueil 5/2/09,

Philippe DELALANDE
ph.delalande3 wanadoo.fr

LA POLITIQUE ECONOMIQUE VIETNAMIENNE, SES ETAPES DE 1975 A 2009


Le Vietnam, un pays de 85 Mn hab, encore pauvre. Son PIB, 73 M

ds $ en 2008, équivaut à 2,8% de celui de la France. Son retard est largement dû aux destructions de 30 ans de guerre. Ses atouts : littoral le long de la mer la plus naviguée du monde, deux deltas rizicoles (du fleuve rouge et du Mékong).

1/ L’ECONOMIE COLLECTIVISEE, AU BORD DE L’EFFONDREMENT EN 1986

Après la réunification en 1975, tout est collectivisée. Le résultat est désastreux.
En 1986, le régime communiste fut au bord de l’effondrement. L’économie planifiée était désorganisée, proche de la paralysie : embouteillage du système de planification,
Incapacité de restaurer l’économie du sud par la collectivisation. (Fuite des boat people)
L’agriculture collectivisée ne parvenait plus à nourrir la population. Démobilisation des paysans dans les coopératives de production et par les livraisons obligatoires des denrées.
Dysfontionnements dans les approvisionnements et la distribution.
Causes extérieures : Embargo américain et arrêt de l’aide américaine au Sud Vietnam
Arrêt de l’aide technique et financière soviétique après 1980.
Le Vietnam est au ban de la communauté internationale pour son « occupation » du Cambodge depuis 1979. Guerre avec la Chine en 1979.
La Chine qui s’est ouverte à l’économie de marché et à la mondialisation avec succès (1978) semble un exemple à suivre. Nguyên Van Linh devient secrétaire général du PC vietnamien.

Le 6ème congrès, 1986, en décidant le Đổi mới, (changer pour du neuf), a sauvé le régime en ouvrant l’économie à l’initiative privée et à la mondialisation.

2/ LE COUPLE PARTI COMMUNISTE – ECONOMIE DE MARCHE CAPITALISTE S’AVERE EFFICACE

Le paradoxe vietnamien. Un régime communiste sauvé par le dynamisme du capitalisme après un flottement à la fin de la décennie 1980 : 800% d’inflation en 1988 ;

Le PCV conduit une Politique économique constante depuis le Đổi mới

Cette politique s’est organisée sur quatre axes :
- 1- La libération des énergies par la décollectivisation partielle. Cette décollectivisation fut particulièrement efficace dans l’agriculture (fin des coopératives de production, allocation des terres aux familles par baux de longue durée, transmissibles en ligne directe) et dans les secteurs réclamant peu de capitaux initiaux, l’artisanat, le commerce, le transport routier, le bâtiment… Les Vietnamiens ont su faire preuve par leur travail d’un dynamisme remarquable qui a fait décoller l’économie.

- 2- Le maintien du secteur public. Il n’y a pas eu de ‘’big bang’’ libéral, évitant ainsi la désorganisation du secteur public et l’émergence d’oligarques. Mais le maintien du secteur public entraîna l’obligation de le réformer. Il y avait 12000 entreprises publiques en 1991, déficitaires pour plus de la moitié. Il y en a moins de 3000 fin 2008. La réforme fut socialement douloureuse. Le secteur bancaire public dut également être assaini de ses créances douteuses, recapitalisé et assujetti à des règles prudentielles strictes.
Le secteur public assure encore aujourd’hui le tiers du PIB.

- 3- Ouverture prudente, progressive à l’économie internationale. Licences d’importation, agréments des investissements directs étrangers, (IDE), non convertibilité du Dông et contrôle des changes, abaissement progressif des tarifs douaniers. - Attraction organisée des IDE surtout après la crise asiatique 1997-98. Amélioration du climat des affaires, Phân Van Khai étant premier ministre, (TVA, lois sur le commerce 1999, sur l’entreprise 2006)
Résultat : IDE et exports en forte croissance tirent le développement après 2000. (La valeur ajoutée incluse dans les exportations = 17% du PIB). Adhésion à l’ASEAN (1995) et à l’OMC (2007). Cette ouverture progressive a évité une désorganisation d’une économie fragile par intrusion étrangère et passage sous contrôle extérieur des fleurons de l’économie.

- 4- Une politique macro économique très classique. Le gouvernement a lutté avec constance contre l’inflation, contre le déficit budgétaire, l’endettement extérieur (30% du PIB). Mais la balance des paiements demeure fragile. La balance commerciale est déficitaire et les réserves de change très modestes (3 mois d’importations). Le Vietnam ne peut compter que sur le flot des investissements étrangers pour équilibrer sa balance des paiements.

Cette politique constante sur plus de 15 ans a porté ses fruits.
De 1991 à 2008, le taux de croissance économique moyen est de 7,5% l’an.
La grande pauvreté qui touchait 60% de la population au début de la période n’en frappe plus que 14% en 2008 selon la Banque mondiale, même si les écarts de revenus s’accroissent.
Evidemment ce succès économique a bénéficié au Parti communiste dont la légitimité s’est trouvée renforcée puisqu’il se montrait efficace.

Atouts
 :
Temps politique long. Pas de risque d’alternance
Stabilité politique et sociale.
Le parti et l’Etat contrôlent étroitement le secteur privé
L’environnement asiatique, foyer de la croissance mondiale, est porteur.

Accord très large au 10ème congrès du PCV en 2006 sur cette ligne.
Cette constance de la politique économique a favorisé la croissance régulière

3/ L’ECONOMIE VIETNAMIENNE FACE A LA CRISE ACTUELLE.

Le « découplage » entre les économies d’Asie, foyer de croissance et l’Occident n’a pas lieu
La crise atteint le Vietnam en deux temps. Elle est importée. Elle n’est pas de même nature que la crise aux USA : Crise financière due à un échafaudage de crédits à risque et incontrôlés : subprimes, titrisation, bulle de crédits qui affaiblit le système bancaire.

- 1/2007-Août 68 : Inflation,
Elle franchit les 10% en janvier 2008, atteint 23% sur l’année, après une pointe 30% en Août
Causes, inflation importée : Pétrole 140$ en août 2008 et toutes les matières premières en hausse (demande chinoise) + inflation locale (mauvaise récolte de riz, maladie langue bleue du porc, grippe aviaire, aléas climatiques (typhons, inondations)
Conséquences : grèves, (Nike) fuite devant la monnaie vers l’or (chi = 1/10 taël d’or)
Réactions du gouvernement : interdiction des importations d’or, hausses du loyer de l’argent 8%, 12%, 14% jusqu’en août, annulation de projets peu urgents, licences d’exportation rétablies pour le riz. Chasse aux accapareurs. Panique du gouvernement.

- 2/ Août 2008- 2009 : baisse de la croissance, des IDE déboursées, déficit commercial accru.
La crise financière occidentale s’est répercutée sur l’économie réelle. Baisse brutale des importations occidentales et des flux d’investissements.
Exports 2008 : 62,9 Mds $ (+29,5%), imports : 80,4 Mds $ (+28%) déficit : 17,5 Mds $
Mais baisse des exports les 4 derniers mois 2008 = 400 Mn $ de moins que les 8 précédents, le déficit s’accentue sur la fin de l’année.
La croissance annuelle (8,4% de 2005 à 2007), tombe à 6,23 % en 2008 par baisse forte en fin d’année
Les IDE agréés ont augmenté en 2008 : 64 Mds $ (3fois ceux de 2007) mais seuls 11,5 Mds $ sont effectivement déboursés et arrêt en fin d’année.
Donc le déficit commercial et le service de la dette extérieure ne seront pas compensés par les flux de capitaux étrangers. Risque de déficit des paiements et d’appel au FMI.
Réactions du gouvernement :
Baisse du loyer de l’argent : en 5 fois depuis août, de 14% à 8,5 %, pour relancer l’activité,
Plan de relance ,6Mds $), en 5 points :
a/ Production (baisse d’impôts sur entreprises),
b/ investissements travaux publics et logement,
c/ soutien à consommation (réduction de TVA),
d/ mesures sociales (chômage, santé),
e/ renforcement de la prévision et de la conduite de l’économie.
L’inflation baisse en fin d’année. (Bonne récolte riz). Objectif : 15% d’inflation en 2009.
Dévaluation contrôlée de la monnaie pour préserver les exports : 1€ = 23500 VN D, en 1/ 09.

Le VN fait l’expérience que l’insertion dans la mondialisation présente des risques.
Risques sociaux et politiques pour le régime communiste.

Toutefois le gouvernement maintient son objectif de croissance de 6,5 % en 2009. Il est probable qu’il ne sera pas atteint.

CONCLUSION

En Asie, risques de défaillance de monnaies, de dévaluations compétitives, de chacun pour soi, de troubles sociaux et politiques.
L’ASEAN parviendra-t-elle à élaborer une réponse coordonnée et collective à la crise ?
Le Vietnam renouera-t-il avec le croissance forte et régulière après la crise, et quand ?