La Bauxite sur les Hauts Plateaux

Dernier ajout : 12 septembre 2009.

 La bauxite vietnamienne par Jacques Maître


Stratégie industrielle et débat de société
L’aluminium est devenu très couramment une matière première dans la fabrication de nombreux produits industriels. Mais l’attention croissante portée à travers le monde sur la protection de l’environnement met aujourd’hui en vedette les nuisances imputables à l’extraction et au traitement de la bauxite, minerai dont on tire l’aluminium. Ce thème a été peu présent dans les débats français sur la pollution parce que l’exploitation des gisements de bauxite n’a plus la place qu’elle occupait jadis dans notre pays. Tout le monde a oublié les polémiques suscitées au cours des années 1950 par la nocivité attribuée aux émanations fluorées de l’usine Péchiney installée à Saint-Jean-de-Maurienne ; on observait des « fluoroses industrielles » chez les ruminants des environs, à cause de la pollution des fourrages par le fluor. Actuellement, en France, c’est plutôt la dioxine qui est à l’ordre du jour, en raison des rejets imputés aux incinérateurs. La production d’aluminium n’en reste pas moins une activité très gravement polluante.

L’exploitation de la bauxite consomme en très grande quantité de l’énergie électrique et de l’eau (ressources qui se trouvent dès lors retirées des circuits destinés à la population). De plus, cette activité rejette dans l’environnement des déchets hautement toxiques : gaz fluorés, eau chargée de métaux lourds et boues stérilisantes.

En annonçant son projet d’exploiter à grande échelle la bauxite des Hauts-Plateaux, le gouvernement de Hanoi a déclenché un débat de société d’autant plus vif que la population vietnamienne entre à son tour dans la mondialisation des préoccupations environnementales (voir Perspectives n° 70, juillet 2009, p. 7). Même le prestigieux général Giap manifeste ouvertement son opposition au projet « bauxite »… Des pétitions circulent. Des organisations religieuses s’emparent de ce thème, notamment pour s’inquiéter des conditions d’existence qui attendraient les minorités ethno-linguistiques habitant les zones des Hauts-Plateaux où la bauxite abonde.
De plus, on voit apparaître des argumentations appuyées sur l’intégrité du territoire en face de la puissance chinoise, au motif que le gouvernement aurait concédé l’exploitation de la bauxite à Pékin, avec la perspective de l’implantation d’une importante main-d’œuvre chinoise sur place. Dans cette ligne, les craintes pour l’intégrité se trouvent aussi adossées aux affirmations chinoises de souveraineté sur tous les archipels de la « mer orientale » (dite « mer de Chine méridionale » par les voisins du Nord).

Il ne nous appartient nullement de trancher au sujet des intérêts du peuple vietnamien ; ayant toujours lutté pour l’indépendance du Vietnam, nous ne nous arrogerons pas un rôle d’arbitres devant un problème interne qui fait débat au sein même des institutions et de la population.

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Günter Giesenfeld 4500s
Vo Nguyen Giap

Schwerpunkt : Bauxit in Vietnam
Freundschaftgesellschaft Vietnam
Vietnam Kurier
Nr.2/2009 www.fg-vietnam.de)
(en allemand)

La revue de l’association d’amitié germano-vietnamienne a récemment consacré l’un de ses numéros à la bauxite au Vietnam.

Il inclut la traduction en allemand titrée « ... tirer le signal d’alarme » des 2 lettres ouvertes et du télégramme que le Général Giap a écrit ces derniers mois sur le sujet pour exprimer ses réserves envers le plan de développement du gouvernement vietnamien. Giap y précise que, au début des années 1980, le gouvernement vietnamien avait déjà le projet d’exploiter la bauxite des Hauts-Plateaux dans le cadre du COMECON. Les spécialistes russes avaient à l’époque conseillé de laisser tomber le projet en raison de ses conséquences écologiques néfastes.

Sans pour le moment aller jusqu’à la traduction en français in extenso de ce dossier sur la bauxite, sa lecture m’a déjà inspiré les remarques suivantes.

L’enjeu économique des réserves de bauxite au Vietnam, évalué à 50 Mrd. US$ est tel que son exploitation me paraît rapidement inévitable.

J’approuve la position prudente prise par le Général Giap à 3 reprises ces derniers temps, et ce d’autant plus que la tendance du marché des matières premières est durablement haussière. Donc il ne convient pas de se précipiter.

Un débat s’est instauré concernant l’exploitation de ces gisements vietnamiens par l’industrie chinoise. De nombreux éléments de ce débat présentent un caractère subjectif, ce qui n’est pas du tout surprenant quand on connaît tant soit peu la situation, en France par exemple. On sait, en effet, que le mot bauxite trouve son étymologie dans la ville des Baux-de-Provence, là où l’aventure avait commencé en 1821... et s’est plus ou moins terminée en 2001 quand ALCAN a racheté Pechiney, ALCAN ayant été rachetée à son tour en 2007 par Rio Tinto.

Il faut donc suggérer aux Vietnamiens de s’organiser pour exploiter sans brader. Ceci pose une double question :
● Comment le Vietnam voit-il son propre avenir industriel ?
● Avec qui peuvent-ils s’allier ?

À la première question, devraient répondre les institutions vietnamiennes de type « école de géologie », « école des mines » et « laboratoire de métallurgie » afin d’éclairer les politiques, au besoin à l’aide de coopérations internationales suffisamment variées.

Quant à la question de l’alliance, on nous parle de ALCOA (USA) et de CHALCO ou CHINALCO (Chine). Mais il faudrait peut-être aussi considérer Rio Tinto (Australie et RU) et Hydro (Scandinavie). D’ailleurs Rio Tinto est le premier mondial et CHINALCO le second.

Pour être nous-mêmes éventuellement utiles au débat, la première chose à faire serait d’apprendre le vietnamien et le chinois, voire même le russe, les 3 langues dont la possession me semble être le préalable essentiel à la compréhension de la situation là-bas... J.-C. de Miscault

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 La Bauxite sur les Hauts Plateaux


Le débat à propos de l’exploitation massive des gisements de bauxite sur les Hauts Plateaux du Centre s’amplifie. Les adversaires du projet craignent une atteinte irréversible à l’environnement en raison de l’exploitation à ciel ouvert qui suppose l’élimination de la couverture de terre arable et une pollution stérilisante par les déchets de terre rouge résultant du traitement
du minerai dans les usines d’aluminium. Ils déplorent les déplacements de population entraînés par l’ouverture des chantiers et craignent l’installation durable sur place des ouvriers chinois de Chinalco, partenaire de Vinacomin.

Enfin, les travaux d’infrastructure gigantesques qui sont nécessaires font douter de l’intérêt économique du projet.

En avril, 135 scientifiques et intellectuels ont adressé une pétition à l’Assemblée Nationale, demandant la révision du projet. Le général Giap lui-même est intervenu à trois reprises,
notamment en raison des risques pour la sécurité nationale.

Le gouvernement a réagi en réunissant un séminaire de scientifiques et d’économistes, à l’issue duquel le vice premier ministre Hoang Trung Hai a assuré que le projet ne serait pas mené sans précaution et que le gouvernement allait procéder à des réajustements. Deux seulement sur quatre des chantiers prévus seraient maintenus et le rythme ralenti. La presse a rapporté récemment la position de Nguyen Minh Thuyet, député
de Lang Son, demandant des réponses plus précises aux inquiétudes du public.

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