La Princesse et le pêcheur

Dernier ajout : 25 juillet 2006.

Quand une Viet Kieu prend la plume, qu’est ce qu’elle raconte ? Des histoires de Viet Kieu bien sûr. Minh Tran Huy est une française du 92, rédactrice en chef adjointe au Magazine littéraire et chroniqueuse télévisuelle aux Mots de Minuit. Bien placée, donc, pour nous narrer des « love affairs » chez les bobos parisiens. Eh bien non, elle nous raconte l’histoire d’amour platonique (et même, complètement fantasmée par la petite Lam) entre cette ado, bourgeoise parisienne, fille d’intellectuels Viet Kieu –qui a certainement bien des points communs avec l’auteur-, et Nam, jeune boat people plein de tristes secrets. Un peu plus tard, Lam accompagnera ses parents pour leur premier retour au Viet Nam. Comme on l’a vu pour les cinéastes, elle est si forte, la prégnance de ce pays, que ses petits-enfants ne semblent pas avoir envie de parler d’autre chose…
Mais, la comparaison s’arrête là. Quand Tran Anh Hung recrée sur la pellicule un Viet Nam plus vrai que vrai, Minh Tran Huy reste toujours extérieure à son sujet. Bien que des légendes vietnamiennes illustrent ce court roman -car heureusement sa grand-mère lui en a beaucoup narré, bien qu’il soit structuré par les fragments d’un conte, les liens entre Lam et le pays des origines apparaissent superficiels. De Nha Trang à Hué, d’Along à Hanoi, elle ne promène qu’un regard de touriste, sur ce pays plein de vilains communistes. Rencontrant des cousins et pouvant échanger avec eux car, heureusement encore, ses parents lui ont appris le vietnamien, elle constate que dans bien des fratries, l’un est devenu une notabilité du régime alors que l’autre a été persécuté. Les choix politiques ont partagé des familles : mais elle ne cherche pas à comprendre ; elle ne cherche pas à savoir pourquoi, comment. La petite Lam n’a pas la tête politique. Comment lui en vouloir ? Comment le reprocher à une très jeune fille, conditionnée pas l’optique de ses parents ? Par contre, le livre étant écrit en 2007, l’auteur doit bien s’interroger devant cette voracité joyeuse avec laquelle les jeunes vietnamiens se jettent dans le 21eme siècle qui montre qu’à travers les années difficiles, le peuple n’a pas été dépouillé de sa créativité, de sa vitalité comme ceux qui ont souffert sous les Khmers rouges ou souffrent sous les talibans. Le roman sur la redécouverte du VietNam par les Viet Kieu reste à écrire ; ici on n’a qu’une bluette. Tel quel, je ne pense pas que cet ouvrage puisse apporter quelque chose au lectorat de « Perspectives ».

Anne Hugot Le Goff