La ballade de l’impossible, de Tran Anh Hung

Dernier ajout : 27 mai 2011.

La ballade de l’impossible, de Tran Anh Hung
Tran Anh Hung a mis dix ans avant d’arriver à réaliser son film. Il y a quelques années, il avait expliqué, dans les pages de perspectives, combien il lui était difficile de mener à bien un projet : les financiers attendaient de lui une vietnamerie à l’odeur de papaye verte, comme si quarante ans vécus en France ne suffisaient pas comme caution à traiter des sujets français ou internationaux.... De plus, le voila fâché à mort avec le Vietnam, qui ne lui pardonne pas d’avoir donné avec Cyclo une vue plutôt dure de la vie dans sa grande métropole !
Finalement, c’est au Japon qu’il a été accueilli, pour l’adaptation d’un roman d’ Haruki Murakami.
A priori, on se dit que ces deux là doivent être en symbiose. L’univers de Murakami et celui de Tran Anh Hung ont un commun une certaine atmosphère, et d’ailleurs ces images de nature saturée de vert, de petits quartiers un peu vieillots, d’intérieurs délicats, elles peuvent être aussi bien vietnamiennes que japonaises.
C’est l’histoire de Watanabe (Kenichi Matsuyama), étudiant fauché, qui tombe amoureux de la jolie (très jolie !) Naoko (Rinko Kikuchi) qui a été la fiancée de son meilleur ami. Mais ils n’ont jamais réussi à faire l’amour, et le garçon s’est suicidé. Pourtant, la première fois, avec Watanabe ça se passe bien -et puis, elle retombe dans son refus -manifestement, elle souffre de vaginisme- au point de fuir, et de partir se réfugier dans un lieu où l’on soigne les troubles psychiques -une région montagneuse, avec des vallonnements couverts de hautes herbes, d’une beauté à couper le souffle. Là, elle vit avec Reiko (Reika Lirishima), une femme un peu plus âgée qui veille sur elle et essaye de la garder de Watanabe, bien qu’elle soit, elle aussi, à problèmes (c’est pour ça qu’elle est là !).
Mais à la fac, notre héros a aussi rencontré la mignonne (très mignonne) Midori (Kiko Mizuhara), une fille plutôt joyeuse et désinhibée qui lui fait vite comprendre qu’elle "a quelqu’un", mais qu’elle est toute prête à le quitter pour Watanabe. Il y a d’ailleurs un contraste amusant entre la façon très crue dont ces jeunes gens parlent de sexualité, et la façon très pudique avec laquelle ils la pratiquent… et avec laquelle ils sont filmés.
Le problème, c’est que tout ça s’étire, que la caméra suit le jeune homme partout : dans les petits boulots qu’il accomplit pour payer ses études, avec ses compagnons de chambre à la cité universitaire, l’histoire se déroulant dans un climat d’agitation étudiante auquel notre héros reste totalement imperméable, et que très vite, on s’ennuie. On se croit dans Antonioni -version nord/sud est asiatique. Question très antonionesque : Watanabe aime t-il vraiment Naoko, ou plutôt ne sent il pas un devoir envers elle et surtout envers l’ami mort ? Tout cela est joli, charmant, esthétique, en particulier les scènes dans le refuge de Naoko, aussi sublime quand le vent d’été anime les hautes herbes que quand la neige recouvre le paysage, poétique, mais on s’ennuie, et pire : on n’arrive pas vraiment à rentrer dans le film et à se passionner pour le destin de ses héros.
Il est intéressant de comparer ce film avec le récent « Vertiges » de Bùi Thac Chuyên, si injustement traité par les distributeurs français. On voit de la même façon des sociétés traditionnellement pudiques qui s’ouvrent vers l’exposition de problèmes sexuels (impuissance du mari dans un cas, refus incontrôlé de la jeune fille dans l’autre), et on y retrouve ce personnage féminin assez trouble de l’amie (ouvertement homo dans un cas, mal définie dans l’autre) qui tend à peser lourdement sur le destin d’une jeune femme fragile. Naturellement, nous souhaitons à Tran Anh Hung que son film marche mieux que celui de Bùi Thac Chuyên, mais pour moi ça reste clairement une demie déception. L’impression que ça semblait, a priori, un magnifique sujet pour Tran Anh Hung, qu’il avait rencontré avec Murakami une âme -soeur -mais qu’il n’a pas trouvé complètement ses marques.
Anne Hugot –Le Goff