La littérature vietnamienne contemporaine depuis 1945 Par Lê Thành (...)

Dernier ajout : 13 avril 2009.

La littérature vietnamienne contemporaine depuis 1945

Par Lê Thành Khôi

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La littérature vietnamienne contemporaine se distingue des époques antérieures par l’usage du quốc ngừ, écriture en caractères latins, qui abandonne des caractéristiques du hán et du nôm (notamment le parallélisme et les allusions littéraires), et trouve d’autres inspirations, d’autres genres (la nouvelle, le théâtre et le roman en prose), d’autres influences (celles de l’Occident).

On peut distinguer trois périodes :

La première est celle de la formation d’une nouvelle langue littéraire. Y ont joué un rôle important des dictionnaires, des journaux, des traductions, des études, quelques nouvelles et quelques romans, maladroits (1865 : date de naissance du premier journal en quốc ngừ -1917 : suppression des concours littéraires traditionnels)

La deuxième période va de 1917 à 1945 : période féconde qui voit se multiplier des œuvres dans tous les domaines : poésie, roman, théâtre, critique, histoire, etc… Différentes tendances se suivent ou coexistent : romantisme et réalisme, poésie « classique » et « nouvelle », etc…

La troisième période, sur laquelle je me concentre s’ouvre en 1945 avec la Révolution d’août et la proclamation de la République démocratique. Elle comprend trois sous –périodes :

La première est celle de la première résistance (1945 -1954). La révolution et la guerre d’indépendance suscitent l’enthousiasme et la ferveur, chez les soldats, paysans et ouvriers comme chez les intellectuels qui suivent les combattants et partagent leur vie, redécouvrant la culture populaire, découvrant les minorités montagnardes parmi lesquelles ils vivent.
Parmi les poètes, il faut citer le président Hồ Chí Minh qui adresse régulièrement ses vœux et ses encouragements à la population, Tố Hĩn, le grand chantre de la résistance, Hoàng Cầm, Nguyễn Đình Thi, etc… Les écrivains dont beaucoup combattent dans l’armée décrivent la guerre, la lutte dans les régions occupées. Tous sont contrôlés par le Parti, mais la victoire de Điện Biên Phủ l’auréole d’un immense prestige.

La paix cependant revient dans la division. Dans le Nord, le Parti exige l’unité de la politique et de l’art, ce que contestent certains écrivains et artistes qui sont durement réprimés. Chez les poètes et poétesses, on trouve toujours les thèmes de l’amour du sol natal, de la lutte nationale et de l’amour tout court. Chez les écrivains, un thème nouveau est celui de la rencontre des minorités montagnardes du Nord et du Centre.
Dans le Sud, les écrivains jouissent d’une plus grande liberté. Le roman est le genre le plus développé, il reflète l’évolution des mœurs, notamment chez la femme, les idées des écrivains ainsi que l’influence des courants internationaux. Le poésie, elle, est en perte de vitesse, sauf chez les bouddhistes, le musicien Tring Công Són et les maquisards.

1975 voit la réunification. Le Parti resserre d’abord son emprise, mais les échecs l’amènent à la « rénovation » (Đổi Mới) sur les plans économique, politique et littéraire en 1986 -87. Tandis que la critique littéraire est réexaminée, une nouvelle génération d’écrivains apparaît. Le roman et la nouvelle l’emportent sur la poésie et le théâtre. On se tourne plus qu’avant vers l’introspection psychologique, on cherche de nouveaux moyens d’expression combinant le récit, le journal intime, le monologue, la linéarité et l’enchevêtrement du temps. Il faut noter aussi l’importance croissante des auteurs féminins, dont les plus jeunes se préoccupent surtout des problèmes des individus.

Notes

[1Lê Thành Khôi est professeur émérite d’éducation comparée et d’éducation et développement à la Sorbonne. Consultant de l’Unesco et de diverses organisations internationales, il a effectué des missions dans quarante et un pays. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages et de nombreux articles publiés dans des revues et des ouvrages collectifs