La mort en chemin

Dernier ajout : 24 janvier 2011.

La mort en chemin quelques impressions de voyage


Pour qui voyage au Vietnam, la mort et les morts sont souvent présents.
D’abord, bien sûr, en préparant son voyage, on a relu l’histoire du Vietnam, et en particulier le récit des combats contre les agresseurs français et américains. On cherche donc leur trace. Le souvenir des guerres,
l’hommage aux victimes et aux héros sont bien inscrits, comme annoncé dans les guides, sur des stèles et des monuments, le long des routes, dans les villes et les villages, dans les cimetières militaires, dans les
musées, sur la colline Éliane à Dien Bien Phu…

Ce qui frappe alors, quand on observe les lieux et les visiteurs vietnamiens en couple, en famille, ou en groupes, c’est le sentiment qu’il n’y a pas un devoir de mémoire de circonstance, mais une reconnaissance sincère et partagée pour ceux qui ont donné leur vie à la patrie.
bagne de Con Dao/Poulo Condor
Ensuite, ce qui peut être moins attendu, dès la sortie de Hanoi, on découvre des tombes ici et là dans les champs. Elles font partie des paysages. Le travail de la terre se poursuit tout autour. Elles semblent à leur place. On s’habitue à elles, on pose des questions, on revisite nos rituels occidentaux contemporains et on pressant qu’avec le changement des modes de vie et de travail, avec l’urbanisation, les rituels vont changer au Vietnam aussi. Les cimetières civils risquent
de s’imposer. nouveau cimetière à Ho Chi Minh Ville Mais on se prend à espérer que les périodes
de transition soient les plus longues possibles.

Et puis, un jour, effet du hasard, la route est barrée par une cérémonie funéraire, un enterrement à en juger par les pelles sur les épaules des femmes. On aperçoit le cercueil protégé par une maison-pagode aux couleurs vives, du rouge, du jaune, du vert, du bleu ;
les bannières et les couronnes de fleurs sont tout aussi colorées, les proches du défunt sont vêtus de blanc. Ceux qui sont venus le célébrer, lui rendre hommage, l’accompagner, accomplissent les rituels de circonstance, puis se mettent en marche et continuent à occuper
toute la chaussée. On n’ose se mêler à ce cortège émouvant qu’on regarde passer avec respect.

Enfin, on s’habitue à voir les autels des ancêtres partout, dans les maisons, les restaurants, les boutiques. Ils sont au milieu des vivants, au milieu des marchandises.
Au Vietnam, on n’oublie pas les morts, du plus célèbre
qui a droit à un Mausolée aux plus modestes et
anonymes qui ont aussi toute leur place dans la vie
de tous.
Nicole Duchet Trampoglieri