La question de l’eau propre

Dernier ajout : 1er avril 2010.

La question de l’eau propre
Le Vietnam ne souffre pas d’un manque d’eau au contraire mais ce qui manque c’est de l’eau propre pour la consommation humaine. L’eau de surface est fréquemment polluée soit par pollution naturelle (salinité, teneur élevée en fer), soit par pollution humaine (utilisation des mares comme latrines, pollution chimique à cause de l’utilisation d’engrais et
restes des épandages massifs de défoliants durant la guerre américaine).
Le manque d’eau propre et d’hygiène liée à ce manque sont les facteurs principaux qui mettent en danger la vie des enfants. Les maladies diarrhéiques viennent en second rang de la mortalité et en troisième
de la morbidité ; le choléra est endémique dans de nombreux secteurs, les maladies de peau, les trachomes sont répandus à cause du manque d’eau propre. De nombreux villages - surtout des minorités ethniques- n’ont pas accès à l’eau propre. Les femmes et les enfants doivent marcher plusieurs kilomètres pour aller chercher l’eau avec des moyens rudimentaires
(calebasses, récipients plastiques portés dans des hottes).

À la demande de la Croix Rouge et de Mme le Pr Nguyen Thi Hoi nous avons permis l’arrivée de l’eau propre dans plusieurs villages. Nous
sommes intervenus sous plusieurs formes en fonction de la situation géographique. Dans le delta du Mékong nous avons fourni des moyens de stockage de l’eau de pluie en particulier au moment de la mousson (jarres
en terre cuite ou plastique, réservoirs). Dans le reste du Vietnam nous avons permis le creusement de puits ou des forages. Une règle impérative :
les travaux se font en saison sèche pour être certain d’avoir de l’eau toute l’année. Nous ne sommes pas intervenus dans les techniques utilisées par les entreprises ou les futurs bénéficiaires ; certains puits ont été creusés manuellement avec évacuation de la terre dans des seaux. Suivant la consistance du sol nous avons utilisé des buses en ciment. Des pompes manuelles ont été installées ou des poulies avec une corde et un seau. En fonction de la profondeur, lorsque le village était électrifié des pompes électriques étaient installées.
Souvent le tour du puits a été cimenté. (Ethnies aidées pour des puits : H’ Mong, Dao, Cham, Ba Na, Se Dang, Édé, Gia Rai, Ko Ho, Ra Clay, Khmers).
Chaque puits est une amélioration immédiate des conditions de vie. Cette opération n’est pas très coûteuse mais à terme il y a risque de pollution du puits malgré les cours de prévention et les conseils donnés. L’idéal c’est l’adduction d’eau. Dans le Sud et le Centre nous avons construit des châteaux d’eau en forant jusqu’à 500 mètres de profondeur pour trouver l’eau propre. Chaque maison desservie par le système est équipée d’un point d’eau…
Suivant les cas l’eau est payante avec installation de compteurs, pour payer la consommation d’électricité, ou gratuite. ( Ethnies aidées : Khmers, Cham, Ko Ho).

- Dans le Nord nos amis vietnamiens captent l’eau dans la montagne avec un barrage ; un peu plus bas ils installent un réservoir de décantation et ensuite un réservoir de filtrage. Au niveau du village ils installent des réservoirs de stockage munis de robinets. Lors des visites sur le terrain nous avons pu constater que les femmes avaient acheté des tuyaux munis d’un robinet pour amener l’eau à leurs maisons.

- Nous veillons à équiper les réservoirs de stockage
d’autant de robinets que de familles. Grâce à cette
technique nous avons aidé des villages des ethnies
H’Mong, Dao, Thai, Tay, Ko Mu, Nung.
L’arrivée de l’eau propre transforme la vie quotidienne des populations, surtout des femmes et des enfants. Au point de vue de la santé la Croix Rouge du Vietnam a fait plusieurs bilans : deux ans après l’arrivée de l’eau propre 80 % des maladies dues à la consommation d’eau polluée avaient disparu avec comme conséquence une économie importante sur le
budget Santé du district concerné. La suppression de la corvée d’eau permet une élévation du niveau culturel : le temps ainsi gagné permet aux mères de mieux s’occuper de la scolarité des enfants et l’absentéisme
scolaire diminue.

L’eau permet aussi le développement de l’agriculture. Avec des petits budgets nous transformons la vie quotidienne des bénéficiaires qui sont très reconnaissants. J’ai beaucoup de beaux souvenirs lors de mes visites
sur le terrain en particuliers de vieilles dames qui n’en revenaient pas de ne plus faire la corvée d’eau et d’avoir un puits ou un réservoir près de leur maison, quand le robinet n’était pas dans la maison même. Je
ne sais pas si nous sommes conscients de la chance de
disposer chaque jour de l’eau.

Nous avons participé au financement de 64 projets dans 21 provinces : 7 réalisations de stockage de l’eau, 21 d’adductions ou châteaux d’eau et
36 réalisations de puits.

Alain Dussarps
responsable solidarité AAFV