La valorisation du français dans l’enseignement

Dernier ajout : 24 octobre 2008.

LA VALORISATION DU FRANÇAIS DANS L’ENSEIGNEMENT

JPEG - 343.8 ko
Musée d’histoire, ancienne EFEO
1 Pham Ngu Lao à Hanoi

Lancé par un mémorandum signé à Paris le 21 août 2006, le projet « Valorisation du français en Asie du Sud-Est » (VALOFRASE) rassemble huit partenaires : les ministères de l’éducation du Cambodge, du Laos et du Vietnam ; trois partenaires bilatéraux (France, Communauté française de Belgique, Centrale syndicale du Québec) ; deux organisations multilatérales, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Ce projet est destiné à mettre en synergie les efforts de l’ensemble des partenaires pour une efficacité plus grande de l’enseignement, de l’apprentissage et des usages du français dans tous les cycles de l’enseignement (primaire, secondaire, supérieur) et dans toutes ses modalités (classes bilingues, langue vivante 2, français langue étrangères, français de spécialité...).

Le projet Valofrase, conçu sur une première période de trois ans (2006-2009), est basé sur trois volets nationaux liés aux enjeux respectifs des trois pays en question. Ces enjeux ont été définis par chacun des trois ministères concernés. Un quatrième volet « régional » a été instauré pour promouvoir des transversalités régionales et mutualiser certains efforts et expériences d’un pays à l’autre. Mais le pilotage du projet est réalisé avant tout à l’échelle nationale et sous la tutelle de chaque ministère.

Le rôle des partenaires associés consiste aussi à faciliter une ouverture internationale de certaines actions, vers la France, la Belgique, le Québec, les pays francophones.
Le projet Valofrase est structuré selon trois composantes :
- Une composante institutionnelle : gouvernance éducative et politique de communication. Un site Web a été créé dans le cas des cette dernière : http://www.valofrase.org
- Une composante pour l’appui à l’enseignement du français au niveau scolaire.
- Une composante pour l’appui à l’enseignement du français au niveau supérieur, pour l’appui à la recherche en sciences du langage et de l’éducation, et pour l’appui à l’emploi.

Quels premiers résultats peuvent être enregistrés à mi-parcours d’un projet ambitieux par son envergure et l’alliance de ses partenaires, mais compact sur une durée de quatre ans ?

La première composante institutionnelle, complexe en terme d’articulation des acteurs, appelle des efforts très techniques en terme de formation de cadres à la gestion de projets. L’implantation au Vietnam d’un master en « ingénierie de la formation » de l’université de Caen sera susceptible de contribuer à un meilleur pilotage des système éducatifs locaux au Vietnam, mais aussi au Cambodge et au Laos.

Des masters en gestion de l’interculturel ou en gestion de projet, en co-formations franco-vietnamiennes, viennent également renforcer actuellement des attentes très marquées au Vietnam dans cet ordre de compétences. Pour l’ensemble de ce secteur de formation supérieure à vocation professionnelle et continue, on constate à quel point dorénavant les partenaires et donc la francophonie se mettent au service de compétences qui devront nécessairement être transférées à terme dans la langue et, pour une part, dans la culture locale. Cette composante du projet Valofrase n’a en effet de sens que prise en charge et démultipliée par des équipes et des dispositifs locaux.

S’agissant de la deuxième composante du projet, le Vietnam fait face actuellement à une ouverture accrue de son système éducatif à des offres de formation étrangères. Il s’ouvre aussi à des établissements privés vietnamiens.

L’apprentissage des langues étrangères reste plus que jamais au Vietnam une priorité pour l’État Vietnamien, pour les familles, les élèves et les étudiants. Mais cette priorité est en partie reléguée à un marché extrascolaire de la formation linguistique dans les villes grandes et moyennes, sur tout le territoire. Face à l’anglais, de nouvelles langues étrangères percent : le coréen et le chinois qui était autrefois surtout l’apanage des familles sino-vietnamiennes.

Le français voit relancé officiellement en cette rentrée de septembre 2008 son statut privilégié de langue académique de l’enseignement primaire et secondaire avec l’anglais, toutes les autres langues étrangères n’étant conçues encore actuellement que comme langues optionnelles ou expérimentales. Alors que les demandes des parents vietnamiens pour l’inscription de leurs enfants au démarrage des cursus francophones du primaire et du secondaire, restent massives, ces cursus francophones sont pourtant en but à deux anciennes difficultés qui n’ont pas été surmontées. Les programmes éducatifs restent surchargés dans leur ensemble et les élèves, qui doivent nécessairement passer les différentes sélections de leur parcours scolaire, tendent à réclamer au collège et au lycée des cursus allégés de français ou d’anglais, quitte à repousser vers le cours du soir l’indispensable complément de formation qui leur permettra de parler vraiment une langue étrangère. Les cursus de français intensif, comme celui instauré pour les classes bilingues, sont les premiers à en pâtir.

JPEG - 31.1 ko
VAN MIEU

La deuxième difficulté est liée à une désaffection accrue des étudiants pour les carrières professorales, et donc pour l’enseignement du français, au profit d’emplois salariés en entreprise qui leur permettront de gagner parfois de 5 à 10 fois les émoluments de la fonction publique enseignante, surtout dans une période de croissance économique toujours aussi forte
Pour la troisième composante du projet Valofrase, c’est justement cette vitalité économique qui dynamise l’ensemble du champ des formations supérieures et universitaires. Les étudiants n’ont jamais été aussi nombreux à souhaiter faire des études dans des filières internationales localement ou à l’étranger.

L’offre française et francophone locale, qui bénéficie d’un ancrage de qualité, en médecine, en sciences économiques, en informatique, en sciences de l’ingénieur reste très prisée, même si elle nécessite souvent de grands efforts linguistiques chez beaucoup d’étudiants qui commenceront à apprendre le français à l’université en espérant pouvoir l’utiliser de manière pratique dans leurs études en fin de parcours universitaire, en formant surtout le voeu de poursuive ensuite ces études en France, en Belgique, au Canada, si le rêve et les moyens se concrétisent....

Michel LE GALL
Agence universitaire de la Francophonie
Responsable de l’antenne d’Ho Chi Minh-Ville