Le Bouddhisme vietnamien par Lê Thành Khôi

Dernier ajout : 27 juillet 2009.

Né en Inde au Vè siècle avant notre ère, le bouddhisme s’est propagé vers l’Est en suivant deux routes commerciales : l’une, au nord, par les oasis du Tarim, l’autre au sud par la mer : tantôt en abordant le delta de l’Irrawaddy, tantôt en passant le détroit de Malacca, pour remonter vers la Chine. C’est ainsi qu’il est arrivé au Ier ou IIè siècle de notre ère, au pays viet alors que l’empire Han (Canton ne se développera que plus tard, au VIè siècle). En témoignent plusieurs termes, issus directement du sanskrit, tel que But dérivé de Bouddha (l’autre terme phât vient de han Fo) ou mit (jacquier) de paramita.

Le premier bouddhiste connu est le Han Mau Bo (Mâu Bac) qui, résidant chez les viet se convertit à la fin du IIè siècle. Il rédigea un Essai sur la raison (Ly Huan hoc) qui se présente sous la forme de 37 questions et réponses sur la vie de Bouddha et ses enseignements en les opposant à ceux de Confucius et de Laozi (qu’il réfute).

Au IIIè siècle Khuong Tang Hôi introduit le Thiên (zen). Parmi les moines qui se succèdent, le plus important est Vinitaruci lequel fonde une école en y intégrant un certain nombre de croyances vietnamiennes (au VIè siècle). Une seconde école est fondée par Vo Ngon Thong en 802 qui absorbe également beaucoup d’éléments indigènes, notamment le culte des quatre puissances féminines : Nuages, Pluie, Tonnerre et éclairs, qui deviennent quatre Dharmas (Tu Phat). Plus tard et de la même façon le bouddhisme intégrera les Quatre Mères (Mâu) : du Ciel, de la Terre, des Eaux, des Monts et des Forêts, puis au XVIIè siècle, Lieu Hanh. Chaque pagode possède une salle à l’arrière, qui leurs est réservée ; chaque temple des Mâu, une salle réservée au Bouddha. Le Bodhisattva Avalokiteçvara est féminisé. C’est qu’à la différence des Han qui sont patrilinéaires, les viet étaient matrilinéaires, car la culture du riz, originaire du sud du Yangzi, demande une étroite collaboration entre l’homme et la femme : le premier laboure et herse, ce qui entraîne une plus grande égalité entre les sexes. Les viet ne deviendront patrilinéaires qu’après leur longue intégration dans l’empire Han.

Lorsqu’ils se rendent indépendants au Xè siècle, le bouddhisme devient religion d’État. Les moines dont les grands conseillers du trône qu’ils aident à faire régner l’ordre et la paix en humanisant les peines. Les moines sont les premiers poètes du Vietnam, beaucoup de Princes entrent en religion : un empereur Trân, Thaï Tông, écrivit deux essais sur le bouddhisme, un autre, Nhân Tông fondit en 1278 une grande école bouddhique, celle de la Forêt de Bambous.

Au cours du XIVè siècle, la religion décline par suite de l’enrichissement des temples, de leur contamination par des pratiques magiques, de l’inculture grandissante des moines, alors que le développement de l’administration et de l’enseignement favorise l’ascension des lettrés confucéens. À partir du XVè siècle, le confucianisme devient l’idéologie officielle. Mais lui-même s’affaiblit peu à peu avec les luttes intestines qui bafouent les principes. Le XVIIè siècle assiste à une renaissance bouddhique, aidée par l’arrivée de moines chinois fuyant l’invasion mandchoue (1644). L’école de la Forêt de Bambous renaît, l’École Tao Dông s’établit, de grands lettrés cherchent une conciliation entre bouddhisme et confucianisme, chaque doctrine remplissant des fonctions différentes mais complémentaires dans la société.

À partir de la seconde moitié du XIXè siècle, la colonisation française s’appuie sur les missionnaires catholiques, ce qui suscite en réaction un renouveau du bouddhisme en liaison avec le mouvement de rénovation spirituelle qui parcourt toute l’Asie du Sud et du Sud-Est depuis le début du XXè siècle, en échos à la victoire du Japon sur la Russie (Port Arthur, 1905). Au Vietnam, le mouvement débute dans le Sud pour s’étendre au Nord et au Centre. Chaque région a sa revue qui se limite à des questions de théories et d’organisation tout en procédant à des échanges de vues avec des non-bouddhistes.
Lorsque la révolution éclate en 1945 et que la guerre d’Indochine commence, la religion ne reste plus à l’écart. Beaucoup de communistes sont bouddhistes et ne voient aucune contradiction entre leurs convictions politiques et leurs sentiments religieux.
Une Union bouddhiste est organisée qui, sous diverses appellations, persiste jusqu’à nos jours. Mais l’indépendance une fois reconquise les différences se font jour. Aujourd’hui au Vietnam comme à l’étranger, une partie des moines bouddhistes suit le gouvernement tandis qu’une autre veut conserver son indépendance. Ils sont groupés en deux associations qui ont presque le même nom : Association des bouddhistes du Vietnam, et l’Association des bouddhistes unifiés du Vietnam.

Lê Thành Khôi