Le livre de Marie-Monique Robin complète son film de même titre. L’un et l’autre sont principalement consacrés aux OGM et au RoundUp, le désherbant-phare de Monsanto. Mais ils parlent aussi de l’Agent orange et de la guerre du Vietnam.

Au chapitre 2, Dioxine : un pollueur qui travaille pour le Pentagone, on apprend que Monsanto a ouvert en 1948 une usine de 2,4,5-T, l’ancêtre de l’Agent orange. Un accident industriel y a gravement intoxiqué près de quatre-vingt personnes, mais grâce à la complicité de médecins, Monsanto peut en poursuivre la fabrication et n’hésite pas à travailler avec les stratèges du Pentagone, avec lequel il entretient une correspondance régulière dès 1950, pour développer son utilisation comme arme chimique. L’opération Ranch Hand est précédée d’essais en grandeur nature au Sud Vietnam à partir de 1959. En butte aux attaques des Vétérans américains, Monsanto achète (pas bien cher) son impunité par la transaction de 1984. Parallèlement, il réussit en détruisant des documents compromettants à éluder sa responsabilité dans la contamination par la dioxine de la petite ville de Times Beach (Missouri), rayée de la carte par mesure sanitaire en 1983.

Le chapitre 3, Dioxine, manipulations et corruptions, expose les falsifications, les corruptions, les mensonges auxquels la firme a eu et a toujours recours pour se protéger des poursuites. On reste pantois devant l’ampleur des complicités dont elle a bénéficié, tant parmi certains scientifiques que parmi les hommes politiques, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Son système de défense n’a pas varié. En 2004 Jill Montgomery, l’un des porte-parole de la firme déclarait : « Nous éprouvons de la compassion pour les personnes qui pensent avoir été blessées et comprenons qu’elles essaient d’en connaître la cause. Mais toutes les preuves scientifiques dignes de foi montrent que l’agent orange ne provoque pas d’effets sanitaires à long terme. » Le déni, encore et toujours. (p. 79).

Après la guerre américaine, Monsanto s’est reconverti à l’agriculture, avec les OGM et le RoundUp. Le Round Up est hautement toxique et non biodégradable. Les OGM de Monsanto ne sont aucunement un moyen de nourrir le monde, ce n’est un slogan qui lui a été soufflé par une agence de publiocité. Au contraire, des travaux récents et convergents montrent que leur rendement est inférieur de 6% à 11% à celui de variétés non transgéniques comparables. Mais ceci est une autre histoire.
MHL