Le Vietnam face à son défi

Dernier ajout : 23 avril 2008.

2006 a été une année pleine de changements pour le Vietnam.

À commencer par le 10e Congrès du Parti Communiste du Vietnam, au mois d’avril 2006, qui a amené un changement important dans le renouvèlement de la direction du Parti. En effet, les dirigeants historiques, ayant participé à la lutte pour l’indépendance du pays ainsi qu’à la recherche d’une nouvelle voie, communément appelée « Doi Moi » pour sortir le pays des ravages de la guerre et du sous-développement, se sont retirés. Dans la foulée, une nouvelle génération de dirigeants a été élue, pour conduire le pays dans une nouvelle lutte, celle du développement économique durable et équitable pour le bien-être de sa population (83 millions d’habitants).

L’assemblée nationale a élu un nouveau Président et un nouveau Premier Ministre, qui ont tout de suite assumé leur fonction dans la continuité en organisant la 14e conférence des dirigeants de l’APEC (pays riverains du Pacifique) au mois de novembre 2006 à Hanoi avec succès.

Les relations avec les États-Unis se sont normalisées par la suite avec l’acceptation du gouvernement américain de retirer le Vietnam de la liste des pays ne respectant pas les libertés religieuses, et l’octroi au Vietnam de la clause de « la nation la plus favorisée », permettant aux échanges économiques d’effacer les séquelles d’un lointain embargo imposé de 1975 à 1994.

Puis le Vietnam a terminé l’année en devenant le 150e membre de l’OMC, normalisant ainsi ses relations économiques avec la plupart des pays du monde.

Que de chemin parcouru depuis 1975

Le Vietnam a réussi à briser son isolement économique et s’intègre dans l’économie mondiale. De par son économie dépendante de l’agriculture (70 % de sa population) le Vietnam a pu imposer sa différence dans les relations commerciales de négoce du monde : il est devenu acteur important dans les produits agricoles stratégiques comme le riz, le café, le caoutchouc, le poivre, la noix de cajou.

Dans d’autres domaines de l’exportation, il est aussi devenu un acteur important pour le textile, les chaussures, les produits de la mer, les produits du bois... Bref, sa balance commerciale a profité de ses performances à l’exportation. Un boom économique non sans conséquence, car il va devoir réorganiser son économie, acceptant les règles de l’économie de marché, les règles de la concurrence tant au niveau interne qu’au niveau externe.

Au niveau interne, des voix se sont élevées pour dire que le Vietnam ne fait qu’exporter ses matières premières, sa main d’oeuvre, et fait subir à sa population une économie à deux vitesses ; l’écart du niveau de vie entre les riches et les pauvres ne fait que s’aggraver.

Au niveau externe, le Vietnam fait l’expérience de la méconnaissance des mécanismes régissant les échanges économiques mondiaux, subissant de plein fouet les textes de lois établis, dont les procès de dumping que lui font les États-Unis (les crevettes, le poisson basa), l’Union européenne (les vélos, les chaussures), et les pièges techniques de règlements sanitaires pour ses produits alimentaires (surtout pour les produits de la mer).

Après cela, que pouvons-nous constater ?

Il est certain que des problèmes économiques et sociaux sont énormes, mais au niveau interne du Vietnam, on ne peut pas dire que la situation économique soit défavorable, car il n’existe pas de malnutrition comme dans les années 40-50. Dans certaines régions où la réorganisation a été bien entamée, le niveau de vie des paysans s’est bien amélioré (aquaculture, caoutchouc, riz...). Surtout sous la direction du Parti, le gouvernement du Vietnam et les organisations de masse mènent une lutte contre la pauvreté sur tous les fronts : amélioration des conditions de vie des régions montagneuses, des endroits reculés du pays, amélioration de la condition de la femme, lutte contre l’analphabétisme, médecine pour les pauvres et émergence d’un secteur privé dans les secteurs où l’état manque de moyens financiers pour réaliser les investissements nécessaires : éducation, médecine et tourisme en particulier.

La redistribution de la richesse est une réalité : le mouvement des femmes a pu organiser avec succès le concept de micro-crédit pour permettre aux pauvres d’échapper à leur condition grâce à des fonds provenant d’organismes de coopération et de pays étrangers dont la Belgique.

Les sociétés d’État et les sociétés privées participent aux programmes sociaux lancés par les mouvements des jeunes (octroi d’aides médicales, de bourses d’étude ; édification de maisons pour les familles de soldats morts pour la patrie...)

Au niveau externe, le Vietnam rencontre des difficultés, bien sûr, mais c’est le lot des pays en voie de développement : un manque de cadres expérimentés, connaissant les méandres des relations internationales. Il faudra que le Vietnam prenne patience et prenne le temps nécessaire pour avoir cette génération de cadres. Il faut aussi dire que durant ces décennies les pays du Sud n’ont pas eu de représentant (ou peu) dans les structures internationales. La Chine, récemment, ayant une femme à la tête de l’Organisation Mondiale de la Santé, a peut-être donné le signal que les choses sont en train de bouger.

Pour l’instant, le Vietnam maintient des relations bilatérales avec plus de 140 pays dans le monde, et est membre de l’ONU (aspirant à être membre non permanent du Conseil de Sécurité en 2008) [1], de l’ASEAN, de l’APEC, et oeuvre pour une approche basée sur la coopération et le respect mutuel, pour un monde de paix. Et pour le moment c’est l’unique façon de répondre aux questions qu l’on se pose sur sa métamorphose : le Vietnam a-t-il changé en acceptant la mondialisation ? Non, il n’a en rien changé dans sa conduite des affaires du pays (assurer le développement du pays en tenant compte des réalités) ni dans sa politique de relations internationales (assurer un environnement de développement stable, paisible et équitable).

Le défi du Vietnam est un défi qu’il se lance à lui-même : changer, moderniser le pays en y mettant les moyens nécessaires ; c’est un moment historique car toutes les forces du pays sont en phase : c’est la première fois dans l’histoire du pays que l’intégration dans la mondialisation est porteuse d’espérance d’un avenir meilleur pour tous, et c’est un jugement porté par les Vietnamiens de l’intérieur, de l’extérieur et de tous les pays amis du Vietnam. Et dans la tourmente des affaires du monde, c’est un facteur de paix. Nam Khanh

Notes

[1Ce vœu a été réalisé en 2008