Le Vietnam : un pays riche en eau mais dont les besoins ne sont pas (...)

Dernier ajout : 7 avril 2010.

Il n’est pas inutile de rappeler que l’eau est relativement abondante au Vietnam : fleuves et rivières vietnamiens transportent chaque année 880 milliards de m3, l’équivalent d’un volume de près de 3 m de haut et dont la base est de la taille de la superficie du Vietnam. Avec une telle quantité, chaque Vietnamien peut avoir à sa disposition dix millions de litres d’eau par an, ou près de 30 000 litres par jour !


Mais, malgré cette abondance, seulement trois habitants
des villes sur quatre peuvent accéder à une distribution
publique d’eau, à raison d’une trentaine à
une centaine de litres par jour. Dans les zones rurales
et montagneuses, la desserte est encore plus faible :
elle n’est que d’un habitant sur deux seulement, pour
une quinzaine à une quarantaine de litres par jour.
La qualité de l’eau distribuée peut aussi laisser parfois
à désirer, en raison de l’absence de traitement
pour débarrasser l’eau des polluants qui se trouvent
de plus en plus nombreux dans les rivières et les
nappes phréatiques d’où l’eau est pompée.
La conséquence est que, dans certaines régions, des
millions de familles ignorent toujours ce qu’est l’eau
« propre », en quantité suffi sante et en qualité convenable,
pour leurs propres besoins quotidiens.
L’eau est par ailleurs aussi à l’origine, selon les saisons,
de nombreux désastres qui affectent régulièrement
la population et l’économie du pays : crues
violentes et inondations dommageables pendant la
saison des hautes eaux, mais aussi sécheresses sévères,
parfois d’une durée jusqu’à 6-9 mois, et fréquentes
coupures d’eau dans les centres urbains pendant
la saison chaude.

_ D’importantes mesures ont été prises, mais de nouveaux efforts
restent nécessaires. Si ces insuffisances peuvent s’expliquer par les
différentes difficultés rencontrées habituellement par les pays en développement (manque d’équipements, etc.), d’autres raisons peuvent aussi être retenues : pendant longtemps, l’eau n’était pas considérée véritablement comme une ressource naturelle fragile dont il faut prendre
soin et qu’il faut gérer. Actuellement encore, les usagers de l’eau n’accordent pas non plus suffisamment d’attention à la protection du milieu, pensant souvent qu’il suffi t de creuser un puits pour accéder à l’eau
propre, ce don du Ciel, mais ignorant que l’eau souterraine
est limitée et peut également être aussi polluée que l’eau des rivières.

- De nombreuses mesures visant à améliorer la situation
ont été prises, parmi lesquelles il faut citer : la loi
sur la protection de l’environnement en 1993, la loi
sur les ressources en eau en 1998, et la création en
2002 du Ministère des Ressources naturelles et de
l’Environnement, suivi de celle du Département voué
à l’eau.

Standards et normes à respecter, nouvelle répartition
des responsabilités dans le domaine de l’eau entre diverses
administrations, ont été également établis ou
précisés. Une autre mesure, consistant à réformer le
mode actuel de gestion sectorielle de l’eau, par la
mise en place d’une gestion intégrée, adaptée aux
conditions nouvelles, comme cela se pratique dans de
très nombreux pays, notamment en France, a été aussi
décidée. D’importants progrès ont été obtenus dans
l’alimentation de la population en eau salubre, parfois
avec l’aide internationale : dans les villes, la capacité
de production d’eau a été doublée en dix ans,
passant de 2 à 4 millions de m3 ; dans les régions
éloignées, alimenter les habitants en eau constitue
une priorité nationale.

- Mais, malgré les progrès et les réformes engagées, l’amélioration est encore lente à se dessiner. Les atteintes à l’environnement en général, et la dégradation de la qualité de l’eau en particulier, ont même gagné du terrain. Le cas de la très grave pollution de la rivière Thi Vai, un affluent
du Dong Nai qui alimente Ho Chi Minh ville en eau potable, a fait récemment grand bruit. Elle a rappelé l’urgence pour le Vietnam d’accélérer sa réforme de gestion de l’eau, en adoptant une véritable
stratégie de gestion par le recours à d’éventuels outils habituellement mis en œuvre dans d’autres pays. Surtout lorsque l’on sait que l’objectif recherché est de satisfaire en eau potable, dans des délais très
proches, la totalité des habitants des grandes villes et 80%-90% des ruraux, avec, en plus, des taux unitaires nettement supérieurs aux taux actuels, et que, rapidement, la moitié de la population devra bénéficier aussi d’un système d’assainissement adéquat (encore largement inexistant).
Dans ce but, le principe d’un transfert de connaissances
pour améliorer la gestion de l’eau a été recherché par le Vietnam auprès des institutions internationales et des pays étrangers. Un mémorandum a été signé à cet effet entre les Ministres français et vietnamien
de l’Environnement en 2008, par lequel la France s’est engagée à coopérer avec le Vietnam dans le domaine de la Gestion intégrée des Ressources en Eau (GIRE).

En application de ce mémorandum, un projet, dit projet pilote Dong Nai, est en cours d’exécution. Gageons que le Vietnam saura tirer de cette coopération l’expérience nécessaire pour prendre des mesures
d’adaptation indispensables à la gestion de ses ressources et garantir l’alimentation de la population vietnamienne en eau salubre. D’autant que près des deux-tiers de la ressource en eau disponible au Vietnam
proviennent des pays voisins et que ceux-ci nécessitent maintenant de plus en plus d’eau pour leurs propres besoins. En plus, selon toute vraisemblance, sous l’effet du changement climatique, de
vastes régions au Vietnam, comme le delta du Mékong, risquent de voir les sécheresses, comme les inondations, se reproduire à l’avenir de plus en plus fréquemment et de manière de plus en plus sévère.
Nguyen Tien Duc
membre de l’académie de l’eau, ancien responsable
international de l’agence de l’eau Seine Normandie

photos Alain Dussarps

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