Le bouddhisme Zen

Dernier ajout : 19 juillet 2009.

Le bouddhisme Zen (Thiền tông) au Việt Nam


"Le disciple laïc de Bouddha" :


Le printemps s’en va, cent fleurs se fanent.
Le printemps revient, cent fleurs s’épanouissent.
Devant nos yeux, la roue du temps tourne sans cesse,
Et déjà les cheveux blancs envahissent nos tempes.
Mais ne croyez pas qu’avec le départ du printemps, toutes les fleurs sont tombées.
Hier soir encore, devant mon jardin, j’ai trouvé une branche d’abricotier en fleurs.
Mãn Giác

Le corps apparaît et disparaît, comme l’éclair,
Les arbres verdoyants au printemps, se dessèchent en automne.
De la prospérité et du déclin, n’ayons point de crainte,
Prospérité et déclin ne sont que comme de la rosée sur l’herbe.
Vạn Hạnh

En lisant ces gatha (courts poèmes) composés par des maîtres Zen du XIe siècle à la veille de leur mort, on ne peut s’empêcher d’être émerveillé par la joie sereine et la quiétude qui en émanent. Ils témoignent de l’état de détachement auquel sont parvenus ceux qui, grâce à une discipline mentale rigoureuse, se sont retrouvés au bout du chemin libérés de toute entrave.

Certes, le bouddhisme viêtnamien d’aujourd’hui offre l’image d’une religion où domine le culte du Bouddha A Di Đà (Amitabha) et des bodhisattvas, suivant les rites de l’école Tịnh Độ (Terre Pure), mais il faut se souvenir qu’historiquement il s’agissait avant tout et pendant près de dix siècles d’un bouddhisme Zen, c’est-à-dire de l’école de la Méditation (Thiền tông). Thiền se prononce en chinois chán, qui lui-même vient du sanskrit dhyana.

Le bouddhisme pénétra très tôt au Viêt Nam par voie maritime, par les marchands et les moines venus de l’Inde du Sud, et se développa si bien que le centre Luy Lâu du Giao Chỉ devint au IIe siècle un centre bouddhique réputé. Le premier moine Thiền, Khương Tăng Hội (début du IIIe siècle) fut originaire de Sogdiane mais né au Giao Chỉ, où étaient venus commercer ses parents. La connaissance parfaite du sanskrit, du chinois et du viêtnamien lui permit de traduire un grand nombre de sutras en partie au Viêt Nam et en Chine du Sud, où il passa le reste de sa vie.

En fait, le moine souvent considéré comme le premier patriarche Thiền fut Tỳ Ni Đa Lưu Chi (Vinitaruci) (VIe siècle), originaire de l’Inde du Sud, et ancien brahmane, venu en Chine d’abord à Chang’An puis dans la province de HuNan. Là, il rencontra le troisième patriarche Tăng Xán (SengCan), qui lui transmit le sceau spirituel (tâm ấn) et le pressa d’aller vers le Sud. C’est ainsi que Tỳ Ni Đa Lưu Chi arriva à la province de Giao Châu et s’établit à la pagode Pháp Vân, du village de Cổ Châu (Bắc Ninh). Il transmit lui-même le sceau à son premier disciple Pháp Hiền, et sa lignée se perpétuera jusqu’à nos jours.

Au IXe siècle, la deuxième école Thiền fut fondée par le moine Vô Ngôn Thông, arrivé de Chine.
A partir du Xe siècle, avec l’indépendance du pays et l’essor du bouddhisme dans ses deux formes Thiền et Mật tông (tantrisme), plusieurs moines devinrent conseillers à la Cour, comme Khuông Việt, Pháp Thuận et Vạn Hạnh, sous les dynasties des Đinh, Lê et Lý.

Au XIe siècle, une troisième école Thiền fut fondé par Thảo Đường, un moine chinois de l’école Vân Môn, capturé par hasard lors d’une campagne dans le Champa.

Mais c’est surtout sous la dynastie des Trần (XIIIe siècle), que le pays, et parallèlement le bouddhisme, connurent ce que l’on peut appeler un « âge d’or ».

En effet, les rois Thái Tông et Nhân Tông avaient non seulement une connaissance approfondie, mais encore une pratique exemplaire du Dharma, tout en menant de front les affaires politiques du pays, notamment la lutte victorieuse contre l’invasion mongole. Le bouddhisme constituait alors à la fois un ciment pour la société et un pilier pour le pays, grâce à sa force morale et son caractère engagé dans le monde.

Les rois Trần avaient l’habitude de se retirer tôt de leur trône, afin de suivre sereinement la voie monastique. Une école Thiền spécifiquement viêtnamienne, Trúc Lâm (Forêt de bambous), fut fondé par le roi Trần Nhân Tông. Celui-ci écrivit plusieurs recueils poétiques, dont le fameux « Cư trần lạc đạo » (Le bonheur de la Voie dans le monde) :

Pour vivre heureux la Voie dans le monde,
Il suffit de s’adapter aux circonstances.
Manger quand on a faim, dormir quand on est fatigué.
Ne point chercher le joyau qui est déjà chez soi.
Devant les choses, ne pas laisser son mental s’attacher,
Et ne pas se poser la question ce qu’est le Thiền.

Son maître et oncle, Tuệ Trung Thượng Sĩ, était un être éveillé laïc, dont l’enseignement était d’une profondeur exceptionnelle.
Lorsque Nhân Tông lui demanda le secret du Thiền,
il répondit : « C’est en soi-même qu’il faut le rechercher, car on ne peut le trouver par quelqu’un d’autre ».

Et lorsqu’un moine lui demanda : « Qu’est-ce que la pureté du corps de Dharma ? », il répondit : « Marcher dans les crottes de buffle, plonger dans la pisse de cheval. - Comment le comprendre, maître ? - Pur et impur ne sont que des mots, ils n’ont jamais existé. Le corps de Dharma est sans limite, comment pourrait-il être pur ou impur ? »

L’école Trúc Lâm commença à décliner à partir du XIVe siècle, mais connut un renouveau au XVIIe siècle grâce au maître Chân Nguyên, puis dans la période contemporaine, sous l’impulsion du Vénérable Thanh Từ, qui avec le maître Nhất Hạnh, sont actuellement les deux maîtres Thiền viêtnamiens les plus connus.

Ce dernier, de la lignée Lâm Tế (LinJi en Chine, Rinzai au Japon) développée par le maître Liễu Quán (XVIIe-XVIIIe siècle), a contribué à faire connaître au monde une méthode plus adaptée à la vie moderne, la « pleine conscience ».

Trinh Dinh Hy

Lecture recommandée :
Philippe Langlet, Dominique de Miscault
Un livre des moines bouddhistes dans le Viêt Nam d’autrefois. L’école de l’esprit (Thiên tông)
Édit. Aquilon, Paris, 2005