Le débat du XIe Congrès est engagé

Dernier ajout : 9 octobre 2010.

LE DÉBAT DU XIème CONGRÈS EST ENGAGÉ

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Le « Nhan Dan » et la plupart des quotidiens vietnamiens ont publié, ce 15 septembre, les trois documents présentés à la discussion de la population par le Comité central du Parti communiste vietnamien, dans la perspective de son XIème congrès qui se tiendra en janvier prochain. Il s’agit des projets de rapport politique, de stratégie de développement économique et social pour la décennie 2011-2020 et d’édification nationale dans la période de transition au socialisme. Il va de soi que « Perspectives » informera aussi bien que possible de la préparation, du déroulement et des conclusions du congrès. Le texte suivant, dont nous donnons la substantifique moelle, nous paraît traduire l’importance des thèmes et des questions qui sont d’ores et déjà débattus. L’auteur en est Hoang Thi Phuong, qui fait partie du Bureau de l’AACVF.
En moins d’une quinzaine d’années, le Vietnam a accédé au rang de « pays à revenu moyen », c’est-à-dire que, selon les critères purement quantitatifs de la Banque mondiale, le revenu annuel moyen par habitant a passé la barre des 1000 dollars, encore loin cependant des 10.000 dollars à partir desquels un pays entre dans le club des pays développés. Le bilan d’étape est donc appréciable, mais il reste beaucoup à faire, surtout que, comme le souligne à juste titre l’auteure, nombre d’États de la région restent pris dans le « piège des pays à revenu moyen ». En dehors du Japon, seuls la Corée du sud, Taiwan et Singapour ont, à cette heure, franchi le seuil.
Quelle stratégie convient-il donc de suivre ? Selon les recommandations d’experts étrangers, pour sortir du piège, il importe
1°) de programmer de bonnes politiques dans le secteur public et
2°) d’édifier un secteur privé dynamique, car c’est lui qui « enregistre le taux de croissance le plus élevé et crée le plus d’emplois nouveaux ». Il est vrai que le Vietnam connaîtra, de 2010 à 2040, ce que les économistes appellent une « aubaine démographique » au sens où, avec le ralentissement du taux de natalité et la baisse de l’indice de fécondité, d’une part, et la part encore réduite du troisième âge, d’autre part, la proportion des classes d’âge dépendantes dans la population totale est faible au regard de celles en âge de travailler, ce qui autorise un taux d’investissements élevé. Encore faut-il créer des emplois à un rythme suffisant et former la population dans son ensemble, de manière à assurer un véritable développement des forces productives. À ce propos, on peut remarquer que, dans les pays qui « ont réussi », le secteur privé assurait la formation professionnelle sur le tas et de façon continue, l’État se chargeant de la formation initiale aux différents niveaux, tout en demandant aux familles d’investir dans les besoins éducatifs de leurs progénitures. Ce n’a pas été le cas dans les pays qui sont restés pris au piège.
La partie la plus intéressante de la contribution est consacrée à cet aspect déterminant des choses. Après avoir souligné que les décisions d’aujourd’hui engagent l’avenir, comme le prouve l’acuité des questions découlant d’une exploitation excessive des ressources naturelles et d’atteintes graves à l’environnement, l’auteure souligne que la stratégie de développement doit être globale.
Il est clair par exemple que l’économie vietnamienne connaît des goulots d’étranglement, en matière d’infrastructures et d’énergie en particulier. Mais, outre que ceux-ci ne peuvent être abordés de façon purement technocratique, il existe également des goulots d’étranglement sociaux. Ainsi, la pauvreté touche encore 27 des 86 millions de Vietnamiens et on ne peut attendre de la simple croissance du produit intérieur brut qu’elle leur permette de sortir la tête de l’eau. Ce d’autant moins que « les plus faibles, les plus pauvres et les moins doués » ont participé de façon décisive aux combats de la nation et donc qu’ils méritent autre chose que la charité. De même, le fait que « seulement 39% des populations rurales [base sociale de la révolution vietnamienne] jouissent de l’eau potable aux normes du ministère de la Santé », autre goulot auquel est indissociablement liée la question de l’hygiène. Enfin, les besoins en matière de qualification professionnelle devraient devenir prioritaires, notamment dans les campagnes et pour les 6 millions d’ouvriers, soit 6% de la population totale, que compte le Vietnam.
Dans le dernier paragraphe de son texte, l’auteure aborde « un mal qui, insidieusement, secrètement, gangrène, désarticule notre société, nos hommes, nos femmes, y compris nos enfants », à savoir la corruption, qui « agit, influence les résultats économiques… sape les rapports, fait perdre la confiance, et pire, … réduit, voire même nous fait perdre, notre fierté, notre estime de nous-mêmes ». En conclusion, écrit-elle, « il est clair qu’il nous faut continuer à rénover et à rénover de façon globale, de façon déterminée, tout en faisant tout pour en finir avec cette plaie purulente qu’est la corruption ». Texte adapté par Patrice Jorland.

L’article complet de Hoang Thi Phuong est à lire sur le site : http://www.aafv.org/ou-en-sommes-nous-Hoang-Thi-Phuong