Le fonds Charles Fourniau

Dernier ajout : 16 juillet 2010.

Fonds Charles Fourniau


Nous avons reçu de Mme Nguyen Thi Hoi les plans de l’école qui portera
le nom de Charles Fourniau. Elle sera construite dans les environs d’Ho
Chi Minh Ville, dans le village de Tan Hung, district de Cai Be, province
de Tian Gaing. assez près de la grand’ route pour que les voyageurs de
l’AAFV puissent s’y rendre sans difficulté.

La plaquette d’hommage à Charles, comportant les allocutions prononcées
lors de ses obsèques et des témoignages de plusieurs de ses amis, est en
cours de préparation.

Les contributions à ce fonds arrivent régulièrement.
Avez-vous pensé à envoyer la vôtre ?
Tout autant que la somme totale recueillie, c’est le nombre de donateurs
qui témoignera de l’attachement de l’AAFV à la mémoire de son fondateur.

Chèques à l’ordre de l’AAFV, envoyer 44 rue Alexis Lepère, 93100 Montreuil. Indiquer au dos « Fonds Charles Fourniau ».

Madeleine Riffaud félicite Charles lors de sa remise de médaille de l'Amitié en 2002

Prendre la mesure d’une vie est difficile, mais une chose est manifeste, dans celle de Charles, le Vietnam a tenu une place centrale. Pas uniquement parce qu’il aimait ce pays, ses paysages, ses manières, sa culture et son peuple, pas seulement parce qu’il a consacré à
son histoire contemporaine l’essentiel de ses recherches scientifiques : l’attachement et la constance que Charles n’a cessé d’exprimer portaient, me semble-t-il, plus haut et plus loin. C’est de cela que je
voudrais parler au nom de l’association d’Amitié franco-vietnamienne, de tous ses membres et en l’absence de sa présidente, Hélène Luc, qui est
retenue à Hanoi pour le 35e anniversaire de la réunification.

Charles a été, en 1961, l’un des trois fondateurs de notre association dont, pendant plusieurs décennies, il fut le président-délégué. Avec lui et autour de lui s’était formé un faisceau de militantes et de militants que je ne pourrais tous citer ici. Certes, le Vietnam, sa lutte pour l’indépendance, l’unité et la souveraineté nationales, bénéficiaient alors d’un soutien implicite en France, encore importait-il de le rendre explicite, actif et large. Pour ce faire, il fallait tout à la fois analyser le cours des choses, dégager les lignes de force, faire connaître les enjeux et unir dans une grande alliance, au-delà des courants politiques, des convictions religieuses, des préoccupations personnelles et cela à chacune des étapes, celle de la guerre américaine, celle de l’embargo et des incompréhensions intéressées, puis celle de la « pensée nouvelle ».

À cette activité, que l’on pourrait définir comme politique, s’articulait la solidarité humaine, la coopération scientifique et technique, les efforts pour faire mieux connaître et comprendre le Vietnam. Il faudrait souligner ici l’importance en quelque sorte stratégique, pour le long terme, que Charles accordait au Centre d’information et de documentation sur le Vietnam, le CID, dont il fut l’initiateur. Dans le même temps et de façon
indissociable, Charles poursuivait son œuvre scientifique, son travail peut-être ingrat et cependant indispensable aux archives d’Aix en Provence, les conseils à ses élèves, ses entretiens avec ses collègues
français, vietnamiens et étrangers, alliant, en ces domaines aussi, la plus large ouverture à la fermeté des convictions.

Cela, nous le savons tous pour l’avoir vécu ou pour en avoir été témoins et que je ne pourrais pleinement restituer. Il me semble cependant que ce foisonnement d’activités et de dévouement avait un axe majeur, qui
est conservé dans l’intitulé même de notre association, à savoir l’amitié franco-vietnamienne. Bien plus exigeant que le dialogue des cultures, qui risque de n’être qu’un bavardage courtois, il s’agit d’atteindre
ce que le poète appelait les plus hauts points d’intersection, à la manière des oiseaux dans leur vol et de ceux qui peuvent les suivre, peintres et poètes. Pour Charles, de trop graves erreurs et délits avaient
été commis dans les relations de la France avec le Vietnam, trop de souffrances avaient été imposées, trop d’occasions perdues et la vue était restée trop basse, raisons pour lesquelles il importait de regarder le passé sans ciller des yeux. Pourtant l’idée que Charles avait de la France et du Vietnam, le sens profond de l’histoire qui était le sien l’ont constamment
conduit à vouloir faire de ce rapport une relation exemplaire. Pas uniquement pour subsumer le passé mais justement à cause de ce passé-là, à cause de la combustion interne et des esprits animaux qui animent ces deux peuples, il est possible d’atteindre de hauts
points d’intersection. Cette exigence est d’ailleurs celle de notre temps et c’est bien pour cela que l’activité militante et scientifique de Charles n’était
pas une marotte aimable, elle cristallisait en quelque sorte son engagement pour la paix, la transformation sociale et la fondation d’un autre ordre international.

Cela a été reconnu, par les autorités françaises et par celles de la République socialiste du Vietnam. Ce sont les raisons pour lesquelles l’affliction est vive aujourd’hui et les témoignages si nombreux. Ce sont
les raisons pour lesquelles les convictions et les conseils de Charles continueront à inspirer notre Association d’Amitié franco-vietnamienne : nous ne sommes plus au temps où la relation franco-vietnamienne
reposait essentiellement sur l’AAFV et le comité de coopération scientifique et technique, mais on ne saurait dire que les choses sont à la hauteur
des ambitions et, en tout état de cause, l’amitié entre
les peuples, telle que la concevait Charles, est un feu
que l’on ne peut laisser s’éteindre.
Patrice Jorland