Le pays des étranges pagodes : Ma Toc

Dernier ajout : 21 février 2008.

La visite des pagodes fait partie des incontournables du voyage vietnamien. Pourtant, notre bon goût occidental n’y trouve pas toujours son compte. Les couleurs, trop clinquantes... et ces Bouddhas, plus gras qu’un quinquagénaire en Floride. Tout au plus nous étonnons-nous de voir nos amis, apparatchiks ou fils d’apparatchiks, bons communistes ou fils de bons communistes, faire les prosternations rituelles avant d’enflammer leur brassée de bâtonnets d’encens. Le film de Boris Lojkine, "Les âmes errantes" nous a rappelé que la spiritualité est toujours restée vivante même chez les membres du parti les plus convaincus.

La pagode n’est pas, comme l’église, le lieu central où se réunissent les croyants pour écouter une vérité unique. Elle est généralement à l’écart de tout, souvent sur une éminence, ou accrochée dans le rocher, parfois associée à quelque activité festive comme un théâtre de marionnettes sur l’eau. La montagne, l’eau : les deux éléments forts de la spiritualité est-asiatique sont là. Elle ne fait pas partie du quotidien, elle témoigne d’une religiosité populaire, multiforme et vagabonde. On ne peut la comparer qu’à certains de ces pèlerinages qui, dans les campagnes françaises, honorent des saints improbables et dont l’institution ecclésiastique se méfie. Regardez mieux la pagode, regardez-la bien jusqu’à y trouver ce petit détail qui fait qu’elle ne ressemble pas aux autres... En voilà une, à Soc Trang, dans la région du Mékong.

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Connaissez vous le chauve-sourisier ?
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La tombe d’un noble ancêtre -cochon...

Dans cette région où vit une importante minorité cambodgienne, c’est une pagode khmère. Le site est merveilleux, abrité par de très grands arbres (Vú Sûa). Qui regorgent de grappes de gros fruits grisâtres. Un bruit : le ciel s’assombrit de centaines de battements d’ailes car oui, ce sont des chauves-souris qui par milliers ont choisi de camper ici.
Et puis, il y a les cochons. Ce ne sont pas les banals petits noirs mais de beaux et gros cochons roses pourvus... d’un doigt excédentaire. Aussi, honore-t-on les ancêtres de cette glorieuse lignée ; leurs tombes, décorées de peintures soigneusement entretenues, témoignent du miracle...
D’énormes pirogues qui serviront en octobre à une grande fête nautique portent à la proue, non pas, banalement, un œil, mais une chauve-souris...
Oui, ce serait un crime de manquer Ma Toc quand on passe par Càn Thò !

Anne Hugot Le Goff