C’est le village des herboristes. On y trouve toutes les herbes condimentaires et médicinales possibles et c’est une ressource inestimable tant pour la gastronomie que pour la médecine. Jusqu’à sa récente retraite Didier Courlou, le célèbre Chef breton de l’hôtel Métropole de Hanoi, avait coutume de s’y fournir. Les apothicaires gardiens de la tradition en sont les familiers car on y trouve toutes les plantes utiles.

C’est un vrai village, qui a gardé sa porte monumentale, sa maison communale, sa pagode et ses rues sinueuses bordées tantôt de maisons, tantôt de jardins tout petits : la culture des bonnes herbes se suffit de peu de place. Commerces en tous genres, école, crèches, rien n’y manque.

On flâne dans les ruelles sous le regard discrètement curieux des habitants : les touristes ne sont pas fréquents. Du haut d’un mur un dragon rampe , sans ses fruits : ce n’est pas la saison. On aboutit à un arroyo pestilentiel dont l’autre rive n’est que potagers d’herbes avec quelques arbustes, utiles aussi sans aucun doute. On traverse sur un pont fragile, une passerelle plutôt, en craignant de se faire gronder mais non : rien, pas de réprimande. Des dizaines yeux se devinent, qui surveillent l’intruse et s’assure qu’elle ne sort pas des sentiers.

On nous avait dit : il faut y aller le matin, c’est l’heure du marché. Marché ? Rien de tel. A l’angle des rues, des femmes souvent âgées, par groupe de deux ou trois, parfois accompagnées d’enfants, proposent dans un paniers ou sur le sol des bottes de plantes qu’on serait bien en peine de nommer. Il y faudrait la science de Vo Thi Thuong [1] . Des feuilles, des tiges, des baies, des bulbes. Tiens, du basilic ! Et là, de la coriandre ! Le vert domine mais il y a aussi du rouge, du jaune, du brun…

Mais les Temps Modernes sont cruels. Les terrains sont recherchés, achetés fort cher par des citadins qui se font construire d’énormes maisons de style colonial attardé. Les jardinets disparaissent. On nous confie, à regret, que bien des marchandes sont en réalité des revendeuses qui se fournissent maintenant aux halles centrales.

Le DinhLe village des herboristes n’est pas dans le delta, ni sur les Hauts Plateaux, il est en plein cœur de Hanoi, entre les rues Hoang Hoa Tham et Dôi Cân, à 2km du mausolée d’Ho Chi Minh. Le village des herboristes est menacé. Existera-t-il encore longtemps ?

M-H Lavallard

Notes

[1Vo Thi Thuong est l’auteur d’une thèse remarquable (à paraître) sur la médecine vietnamienne traditionnelle, dont elle recense et identifie la pharmacopée. Elle a organisé en 2003, dans les jardins du Musée d’Ethnographie de Hanoi dont elle est bibliothécaire, une exposition sur le village de Dai Yên, où les herboristes expliquaient aux touristes les usages des plantes grâce à l’aide d’étudiants botanistes et francophones.