Les âmes errantes

Dernier ajout : 25 juillet 2008.

Réalisation : Boris Lojkine. Images : Boris Lojkine. Son : Lê Tuan An
Montage : Gilles Volta. Production : Mani Mortazavi, 4A4 Productions.

« Les âmes errantes » a été diffusé au Vietnam (où il a été tourné) sur VTV 1. (1° chaîne) à 20 heures, le 24/07/06. L’audience a été estimée entre 15 et 20 millions de téléspectateurs.
La presse vietnamienne a consacré de très nombreux et très élogieux articles, à ce film qui sera distribué prochainement en France, en circuit commercial (Paris et province, janvier 2007).
On ne saurait trop recommander à tous les amis du Vietnam de ne pas manquer la sortie de cet excellent film. Parmi les mille raisons à cela, j’en retiendrai trois.-Trois paradoxes.-
1- D’abord, parce que ce film français est tellement « vietnamien » qu’on du mal à croire qu’il a été réalisé par un français. La seule bande son, déjà, nous a transportés : nous sommes là-bas ! Mais de plus, le réalisateur semble être en parfaite empathie avec ceux à qui il donne la parole : bien davantage qu’une « communication » , une véritable communion s’est installée, dans une réelle confiance réciproque entre ces gens-là ( le fait que Lojkine parle couramment leur langue n’est sans doute pas étranger à cela) Et surtout, il y a chez ce réalisateur français une connaissance profonde de ce que nous appellerons, -pour rester dans la terminologie du film et bien que ce terme soit un peu emphatique- l’âme vietnamienne. Le dialogue permanent entre les vivants et les morts, la présence naturelle du Merveilleux dans le quotidien banal, la vie des morts, le culte des ancêtres, la spiritualité comme une évidence, le hasard comme une nécessité : c’est toute la spiritualité du Vietnam que Lojkine nous restitue à travers ses images…

2- Ensuite, parce que ce film, un documentaire, est si vrai qu’on l’admire comme un film de fiction. Il n’y a pas de voix off plaquée sur des images, mais uniquement des personnages qui parlent, qui se parlent. Des personnages sans cesse en mouvement dont les paroles semblent avoir été écrites par un dialoguiste de talent et les gestes, prescrits par un metteur en scène minutieux. On pense qu’un décorateur a prévu cette natte, là par terre avec le plateau et les tasses de thé. Ou encore qu’un costumier a choisi les couleurs de telle tunique, qu’il a donné ce panier rouge en plastique comme bagage à Madame Tiep, qu’il a mis cet éventail dans les mains de la vieille dame. Rien ne paraît improvisé et pourtant, Lojkine n’a vraiment fait qu’accompagner Madame Tiep dans son long « voyage ». (Tout réside sans doute dans la qualité de l’accompagnement !) Quand on le complimente pour la scène du train, le réalisateur répond qu’il a eu de la chance car il n’y avait que des femmes dans le compartiment de Madame Tiep et que sans doute la présence d’un homme aurait modifié les comportements et les confidences échangées…Je lui laisse donc le mot de la fin :
« C’est tout l’intérêt du documentaire que de pouvoir être surpris par le réel »

3- Enfin, simplement parce que ce film est beau. Très beau. Un régal pour les cinéphiles. Mais surtout qu’ils n’imaginent pas que Lojkine y fait de l’esthétisme gratuit. Bien au contraire, on a l’impression qu’il a soigneusement évité de céder à la tentation du folklore, de l’exotisme, du cliché facile. Ce qu’il filme avec un rare talent c’est l’émotion à fleur de peau, c’est la douleur, ce sont les larmes mais aussi les sourires et les rires… la vie quoi ! Car –et ce sera mon troisième paradoxe- ce film sur les morts est un film sur la vie. La vraie.
Oui, vraiment. Que l’on soit intéressé ou non par le Vietnam, il faut absolument voir ce film dont certains plans semblent magiquement sortis d’un fim d’Ozu.

Janine GILLON oct. 2006