Les cendres du général Bigeard aux Invalides ?
L’éventualité du transfert des cendres du général Bigeard aux Invalides a suscité de nombreuses réactions dans l’opinion publique. Notre Association, saisie de messages de certains de ses membres, n’a pas à se prononcer sur ce sujet mais pour l’information de nos lecteurs, « Perspectives » porte à leur connaissance le témoignage suivant reçu de Pierre Vermeulin : J’ai fait mon service militaire dans l’infanterie coloniale (elle s’appelait encore comme ça) dans les années 56-58. Des officiers et sous-officiers racontaient sans gêne aucune, comme vous raconteriez votre dernier week-end, leurs « exploits » vietnamiens, et pour certains leurs premières expériences algériennes. Tortures, massacres, je ne saurai tout rapporter. Dérapages individuels ? Certainement pas, tout paraissait bien organisé, assumé et dans la logique de cette guerre.
J’ai été dans les premiers à dire que dans l’association devaient se retrouver des gens qui s’intéressent au Vietnam pour des raisons fort différentes : des militants de ma génération qui ont lutté contre les guerres impérialistes et contre la guerre au Vietnam ; d’autres attirés surtout par ce pays, sa culture et sa population ; d’autres encore par son modèle de développement et ses contradictions. Tous mus par un sentiment d’amitié et de solidarité pour ce peuple qui s’est libéré par la lutte, dans la souffrance. Tous ces gens ont-ils un avis unanime sur Bigeard, son action et sa place dans l’Histoire ? Certainement pas. Mais il est, je pense, nécessaire de rappeler que nous construisons cette amitié franco vietnamienne contre les traces et les marques de cette politique coloniale française, que l’on essaie de dépasser mais surtout pas d’oublier. L’affaire des cendres de Bigeard, c’est souffler sur les braises. Et ça, je crois que l’on peut le dire en tant qu’association.
D’autre part dans un article paru par ailleurs, Alain Ruscio mentionne : Le 22 juin 2000, le quotidien Le Monde publie deux entretiens avec les généraux Massu et Bigeard. Le thème de l’usage de la torture durant la guerre d’Algérie défraie alors la chronique. Mais une précision, qui porte loin, passe alors inaperçue de l’opinion. La journaliste, Florence Beaugé, pose une question à Massu : « Et le général Bigeard, l’avez-vous vu pratiquer la torture ? ». Massu rétorque : « Quand je suis arrivé en Algérie, en 1955, je me souviens de l’avoir vu en train d’interroger un malheureux avec la gégène. Cela se passait dans l’Edough, un massif situé dans le nord du Constantinois. Je lui ai dit : « mais qu’est ce que vous faites là ? » Il m’a répondu : « On faisait déjà cela en Indochine, on ne va pas s’arrêter ici ! ».
Évidemment Bigeard démentit…
